N° 393
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Tendance. Souriez, vous êtes filmé

Environnement. Animal, on est mal




Par Hicham Oulmouddane

Tendance. Souriez, vous êtes filmé
L'essor des caméras numériques
a boosté le marché. (AFP)

Boulevards, aéroports, galeries commerciales, banques…
la vidéosurveillance se développe sous couvert d’améliorer
la sécurité. Tour d’horizon d’un business florissant.


Depuis le 1er juillet, toutes les banques du royaume doivent disposer de caméras de surveillance. Accompagné d’alarme anti-intrusion et de vigiles, ce système vise à prévenir les braquages de banque, qui a explosé ces deux dernières années. La police traditionnelle ne semblant pas pouvoir répondre à cette demande de sécurité de proximité, la
solution a été recherchée dans le recours à des services de gardiennage et à la vidéosurveillance. Ainsi, en juin 2008, après une étude conjointe, le ministère de l’Intérieur et le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) ont signé une convention par laquelle les banques s’engagent à s’équiper, à leurs frais, de caméras de surveillance avant le 1er juillet 2009. Les premiers résultats ne se sont pas fait attendre : les braquages de banque ont connu une baisse très significative, mais la question de l’efficacité reste posée. “Certaines banques, dont certaines agences ont été fermées, ont équipé celles-ci avec un matériel qui ne répond pas aux normes”, assure ce fournisseur de matériel de vidéosurveillance. Et pour cause, l’équipement d’une agence bancaire avec des caméras coûte entre 40 et 50 000 dirhams. “Mais cela revient toujours moins cher que de tomber sous le coût d’une fermeture d’agence pour non-conformité”, explique notre source.

Au frais de l’Etat
Les grands boulevards et les aéroports sont aussi de plus en plus sous l’œil des caméras. Les premières ont été installées dans les grandes villes du royaume, en 1994, pour surveiller la circulation routière. Les effets post-11 septembre et du 16 mai 2003, couplés à l’obsession de la lutte contre le terrorisme, ont donné un coup d’accélérateur à la vidéosurveillance. Sans compter que Washington exige un dispositif drastique de sécurité dans les ports et les aéroports par lesquels transitent les marchandises et les personnes en partance pour les Etats-Unis. Des grands chantiers du royaume, comme Tanger Med et les projets offshore, seront donc équipés du nec plus ultra en matière de vidéosurveillance.
Plus récemment, les grandes villes du royaume ont lancé un projet ambitieux pour s’équiper de vidéosurveillance, histoire de suivre la congestion des avenues ou les mouvements de foule aux sorties des stades de foot. Pour ça, l’Etat, qui reste de loin le principal client de vidéosurveillance, est prêt à passer à la caisse. A Casablanca, par exemple, l’acquisition de 350 à 400 caméras-dômes, anti-vandales, mobiles et fonctionnant 24h/24, prévu par le Schéma directeur de prévention, de sûreté et de sécurité adopté en 2006 par la wilaya du Grand Casablanca, est en cours. Coût de l’opération : 20 millions de dirhams. Le reste du royaume ne devrait pas tarder à suivre. “Des caméras seront installées à Fès, dans le mois qui vient, et même dans l’ancienne médina, pour arriver à bout de la criminalité et des délits mineurs”, confirme Hamid Chabat, l’actuel maire de Fès, qui compte équiper sa ville avec 250 points pouvant abriter jusqu'à huit caméras, le tout centralisé dans la préfecture de police de la ville. Budget : 30 millions de dirhams. “Notre démarche est purement préventive. On ne gardera ces images que pendant un délai de 30 jours”, tempère le maire de Fès.

Optique 2000
Un pas vers la banalisation a également été franchi dans le privé. Les systèmes de vidéosurveillance se sont multipliés depuis 2000 dans le secteur industriel, les commerces et les lieux de travail. Objectif : sécurité. “La baisse des coûts et l'essor des caméras numériques ont boosté ce marché qui réalise une croissance annuelle de 15 à 20%”, lance Mehdi, directeur de l’antenne locale d’une firme française spécialisée en télésurveillance. Les professionnels sont confiants quant à l’avenir de ce secteur : les dernières technologies, plus performantes avec le passage de l'analogique au numérique, imposent le renouvellement du parc existant. Autre raison de l’optimisme des professionnels : le développement de nombreux logiciels de traitement et d’analyse de la vidéosurveillance, dont la commercialisation pourrait rapporter gros. La grande distribution, par exemple, déjà fortement équipée en caméras, serait demandeuse de programmes permettant d’analyser les taux d’affluence dans les rayons.
Dernier créneau de ce business florissant : les résidences “ghettoïsées” et ultrasécurisées, qui fleurissent dans le paysage urbain. La demande de surveillance privée est en effet en plein boom. “Actuellement, les clients préfèrent faire des économies sur la qualité du marbre, mais pas sur le matériel de vidéosurveillance”, jubile ce professionnel du secteur.

Zoom. Qui surveille qui ?
La mise en place de la vidéosurveillance dans les lieux publics, ou ouverts au public, n’est actuellement réglementée par aucun texte juridique. Pourtant, le décret du 21 mai dernier créant la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP) considère désormais que l'image et le son des personnes constituent des données personnelles au même titre que les données textuelles. De ce fait, il impose une batterie de règlements pour la collecte et le traitement des informations (et prévoit également l’obligation d'informer préalablement les personnes concernées), la sécurité des données, la loyauté des traitements ou la limitation de la durée de conservation de celles-ci. En attendant une réglementation en la matière et la nomination par le roi des 7 membres de la CNDP.

 
 
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