N° 393
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Wilcoume au plus beau pays du monde

Zakaria Boualem, on le savait, est un fainéant.
Il est en congé jusqu’en novembre. D’ici là,
Wilcoume prend le relais du Guercifi à tendance
paranoïaque. Lui est plutôt du genre schizo…


La révolution, tu vois…
Faire du rap est à la mode chez les jeunes. Tout le monde s’y met, au risque que ça tourne au pathétique. On a tous dans son entourage un Mc Philis, la vérole du rap marocain. Un artiste engagé, le mec qui dénonce les trucs graves dans la société, tu vois ? Avec sa crew, il clashe les groupes commerciaux tu vois, ceux qui sont pas restés underground, tu vois, ceux qui ont vendu le match pour une poignée de dirhams. Il envoie ses morceaux aux radios, mais tu vois, c'est tous des vendus khouya, ils comprennent pas les vrais messages. Mais c'est pas grave, Mc Philis dima dans la place, tu vois ? Yo man, on voit. Même qu’on entend, aussi. Hélas !

Visa de sortie
Poste-frontière de l’aéroport. Une dame, BCBG à en périr, se présente devant la police avec l’assurance que procure une noble ascendance et un compte secret en Suisse. Passeport, visa, billet, a priori tout est en règle. “Mais il vous manque un papier, lui lance la moustache derrière le box. Je vois que vous êtes mariée mais vous n’avez pas l’autorisation signée par votre conjoint pour quitter le territoire”. “C’est une blague? Nous sommes au 21ème siècle…”, s’indigne la Madame Tazi (en français). Eh non, tout faux ! La nouvelle Moudawana a arrangé pas mal de choses, mais elle a zappé la liberté de circulation pour les femmes mariées. Scandale, indignation, grandes envolées – en français toujours – sur les
droits de l’homme (le flic a envie de répondre que justement, c’est les droits de l’homme, pas de la femme, mais il s’abstient – va savoir qui est Monsieur Tazi et qui il “connaît”…) Au final, la dame passera quand même, avec un sourire du policier en prime. Appliquer la loi, il veut bien, mais de là à se retrouver planton à Assa Zag…

Mauvais joueurs
Notre sélection nationale s’est donc ramassée une grosse gamelle lors des qualifications pour la Coupe du Monde de foot. Ça y est, c’est fini, on est disqualifiés. Sauf que non, dit la Fédération, tout espoir n’est pas encore perdu. Car nous avons saisi le Tribunal arbitral du sport et la FIFA pour contester la participation d’un joueur togolais à la rencontre Maroc-Togo de juin dernier. Pourquoi ce joueur n’avait pas le droit d’être là ? On s’en fout, il n’avait pas le droit. Alors on va faire le pied de grue, arracher devant la justice ces 3 points qu’on n’a pas réussi à gagner sur le terrain à la sueur de nos pieds. Y a quand même des chances que ça marche, paraît-il. Mais franchement, honte à nous.

Règle-ment
Une mouqataâ de quartier, un jour de semaine ordinaire. Face à face entre un citoyen qui veut renouveler sa carte nationale et le fonctionnaire préposé aux cartes nationales. Ce dernier ouvre le duel, l’air faussement détaché : “Le moqaddem a mis “immigré” dans la case profession. Or vous ne vivez plus à l’étranger”. “C’est pas grave, inscrivez chômeur”, répond le citoyen, fataliste (de toute façon, ils lui avaient collé “MRE” comme métier, alors il n’est pas à ça près). “Ah non ! Il faut d’abord une enquête du moqaddem”, assène le fonctionnaire, qui visualise déjà le billet bleu. Le citoyen s’énerve un peu : “Avocat ou médecin, je comprends. Mais chômeur ?”. “Le règlement, c’est le règlement”, répond le fonctionnaire (qui visualise maintenant deux billets bleus). Le citoyen, haussant le ton : “Et on le prouve comment qu’on est chômeur ? On tient le mur ? On passe ses journées au café ? On remplit les mots fléchés du Matin du Sahara ?”. Et il s’énerve, en plus, c’est mon jour de chance, se dit le fonctionnaire qui lâche d’une traite : “J’en sais rien, je ne suis pas moqaddem, à chacun son règlement, ne me criez pas dessus, j’ai pas que ça à faire à Ssi !”. Un ange passe. Le citoyen ne sait plus quoi dire ; en fait, il a un peu envie de pleurer. Puis le fonctionnaire tranche sans même lever les yeux, l’air très affairé : “Revenez lundi”. C’est qu’il a besoin de temps pour réfléchir : trois billets bleus, c’est pas trop, pour un chômeur ? On a beau être mouwadaf, on n’est pas inhumain, quand même…

 
 
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