N° 394
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Retraites. L’année de toutes les réformes
L'ACTU ÉCONOMIE



Par Fadoua Ghannam

Retraites. L’année de toutes les réformes

De moins en moins d’actifs qui cotisent, de plus en plus de retraités... La pérennité financière du système des retraites n’est pas assurée (AIC PRESS)

Alors que les régimes de retraite battent de l’aile, le gouvernement planche sur un système généralisé assurant une pension minimum pour tous les salariés. Explications.


Dans quelques semaines, Ahmed aura 60 ans. Il devra alors quitter son poste de cadre au ministère de l’Equipement, après une quarantaine d’années de bons et loyaux services. Mais ce futur retraité ne se fait pas beaucoup de souci pour ses vieux jours. Sa pension équivaudra à son salaire net actuel, soit un peu moins de 15 000 DH. D’autres
n’auront pas cette chance. Les futurs retraités, salariés du privé et fonctionnaires de l’Etat, pourraient se retrouver, à moyen terme, sans aucun revenu versé par leur ancien employeur. Selon différentes études actuarielles, 2013 devrait sonner le glas des régimes tels qu’ils sont gérés aujourd’hui.

Fonctionnaires en péril
La première sonnette d’alarme avait été tirée en 2004. A l’époque, le gouvernement technocrate de Driss Jettou s’inquiète pour la viabilité financière des régimes de retraite. “Tout le monde savait que les caisses de retraite étaient au bord du gouffre. Mais c’est le Premier ministre qui a véritablement osé ouvrir le débat”, se souvient Abderrahmane Azzouzi, secrétaire général de la FDT (Fédération démocratique du travail). Dans la foulée, deux commissions, l’une nationale, la deuxième technique, ont été créées pour dresser un topo de la situation. Les comptes des quatre principales caisses de retraite sont passés au crible : CMR, RCAR, CNSS et CIMR. Deux années plus tard, le verdict tombe. Si les trois derniers régimes ne présentent pas de difficultés notables dans leur gestion dans le court et moyen termes, l’avenir de la Caisse marocaine des retraites est plus que compromis. Ce régime, qui compte près de 856 000 adhérents et paie les pensions de quelque 530 000 Marocains, devient un sujet de préoccupation alarmant.
Fathallah Oualalou, ministre des Finances de 1998 à 2007, commence par apurer le dû de la CMR auprès de l’Etat et des collectivités locales. En 2004, il verse près d’un milliard de DH à la Caisse. Une année plus tard, son département signe un contrat-programme pour une plus grande rationalisation des dépenses de retraite. Mais ces efforts sont anéantis par l’opération Intilaka des départs volontaires des fonctionnaires, menée par le gouvernement en 2005. En quelques mois, la CMR, qui avait déjà du mal à gérer son demi-million de retraités, est contrainte de supporter un fardeau supplémentaire de 39 000 personnes. Ainsi, en moins de dix ans, le ratio démographique de la CMR (déterminant la part des actifs par rapport aux pensionnaires) passe de 6 à 3,1 en 2008. “Ce ratio est d’une grande importance puisqu’il révèle le niveau de pérennité financière de tout le système de retraite. A titre de comparaison, ce ratio est de l’ordre de 8 chez la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale)“, explique un responsable de la CMR. La situation est encore plus délicate pour certains secteurs. Chez les militaires, le ratio démographique est de 1,6 à peine.

Régime unique salvateur
Pour certains, il y a péril en la demeure. “Les mesures de recouvrement et de rationalisation de la gestion ne sont que provisoires. Il est grand temps d’entamer la véritable réforme de la retraite dans notre pays”, explique Abderrahmane El Hachimi, syndicaliste et membre de la commission technique des retraites, créée en 2004, où siègent des représentants des Finances, de l’Emploi, des FAR, du patronat et des principales centrales syndicales. Mercredi 14 octobre, cette commission se réunissait après une trêve estivale. A l’ordre du jour, les différentes pistes de réformes envisagées par le bureau d’études en charge de ce dossier. Pendant près de dix mois, une flopée d’experts avaient établi un diagnostic de la situation financière et humaine des différentes caisses. Conclusion : le plus avantageux pour un pays comme le Maroc serait de disposer d’un seul et unique système de retraite rassemblant les salariés du privé, ceux des établissements publics et les fonctionnaires de l’Etat. “L’objectif principal est d’éviter les disparités qui existent actuellement entre les différents régimes”, souligne El Hachimi.
Ce système-cible, comme l’appellent les actuaires, devra reposer sur trois fondamentaux. Le premier ambitionne de mettre en place une pension minimale que toucheront tous les retraités marocains. “Certains régimes, comme celui de la CNSS, ont déjà anticipé la réforme en incluant cette disposition”, précise le membre de la commission technique. Le deuxième point consiste à étendre le système des retraites à tous les salariés, car actuellement, seuls 20 % de la population active du pays (estimée à 11 millions par le Haut commissariat au plan) peuvent prétendre à une pension de retraite. Enfin, et c’est là que le bât blesse, le projet devra assurer une pension équivalent à au moins 20% du dernier salaire perçu. C’est ce que les techniciens appellent taux de remplacement.
Difficile, selon les spécialistes, de parvenir à un équilibre financier, tout en prenant en compte toutes ces contraintes. “Plusieurs solutions sont actuellement à l’étude”, précise un cadre du ministère des Finances. “Il faudra trancher entre deux options. La première revient à élever le plafond des cotisations, aussi bien patronales que salariales, mais cette approche est très critiquée par la CGEM. La deuxième, rejetée en bloc par les syndicats, consiste à allonger la période de cotisation, en fixant l’âge de la retraite à 65 ans”. La commission tranchera en juin 2010.

RCAR. L’exception ne fait pas la règle
Dans la planète des régimes de retraite marocains, le RCAR (Régime collectif d’allocations de retraite) fait office d’exception. Alors que la CMR devra tout faire pour éviter la banqueroute en 2013, que la CNSS dispose d’un peu de répit (son système montrera ses limites en 2024), cette caisse de retraite affiche une santé financière hors du commun. Les études actuarielles ont mis en exergue une pérennité financière jusqu’en 2068 ! Et pourtant, le RCAR constitue, depuis de nombreuses années, une bouée de sauvetage pour de nombreux établissements publics qui ont externalisé leurs caisses internes. Le premier à avoir sauté le pas n’est autre que l’ONCF. Le processus, concrétisé en 2002, a coûté 5,86 milliards de DH à l’Office. En 2008, l’OCP externalise sa caisse auprès du même RCAR pour 33 milliards de DH. L’ONE s’apprête à lui emboîter le pas pour la bagatelle de 14 milliards de DH.

 
 
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