N° 394
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Politique. Tempête sur le RNI
Islam. La version du PJD
L'ACTU MAROC



Par Souleïman Bencheikh

Politique. Tempête sur le RNI

Le président du RNI, Mostafa Mansouri, mesure-t-il aujourd’hui la capacité de nuisance de Fouad
Ali El Himma ? (TNIOUNI)

Le Rassemblement national des indépendants, qui se réclame de centregauche, traverse une grave crise identitaire. Dans le camp des vainqueurs lors des élections législatives de 2007, il subit les effets d’un ouragan nommé PAM.


Jeudi 8 octobre, jour de la bataille. Terrain d’affrontement : l’hôtel Tour Hassan à Rabat. Les colombes se préparent à un combat qui s’annonce décisif. Née de la bataille des municipales et du marathon électoral qui s’en est suivi, la fronde au sein du RNI dure depuis déjà plusieurs mois.
Les bleus ont dû assister, impuissants, au raz de marée de leurs anciens camarades de groupe, les troupes de Fouad Ali El Himma et Mohamed Cheikh Biadillah raflant la mise aux élections communales, régionales et professionnelles. “Avec tous les atouts que nous avions (présidence des deux chambres, sept ministres, puis six, au gouvernement, ndlr) nous aurions dû nous classer premiers. Mansouri n’a pas été à la hauteur”, tempête un membre du comité exécutif du RNI. Peinant à trancher entre les candidats de son parti et repoussant les réunions des instances dirigeantes, il n’en fallait pas plus à Mostafa Mansouri, président du RNI, pour faire de nombreux mécontents. D’autant que le patron des indépendants s’était créé d’autres inimitiés, autrement plus inquiétantes. “A l’occasion de l’arrestation d’un ancien élu du RNI pour trafic de drogue, Mansouri a dénoncé des tentatives de déstabilisation de la part de gens qui en veulent au parti. Dans un cadre privé, il a même affirmé que le PAM allait ramener le RNI des années en arrière. Tout cela a joué contre lui”, affirme un cacique du parti.

Putsch réussi ?
Ce jeudi 8 octobre donc, les mécontents du RNI, emmenés par Salaheddine Mezouar, ministre des Finances, ont bien l’intention de mettre Mansouri devant ses responsabilités. Depuis plusieurs jours, les réunions de crise se suivent et se poursuivent tard dans la nuit. Mercredi, la majorité au sein du comité exécutif est acquise. Les partisans du “changement” décident alors de passer à l’attaque le lendemain et d’organiser une réunion clôturée par un point de presse. Le but en est rien moins que de rafler à Mansouri sa place de leader du parti. Pendant toute la matinée et une bonne partie de l’après-midi, ils battent le rappel des troupes. Finalement, même Mansouri, d’abord mis à l’écart, est convié. A 17 heures, la fine fleur du RNI est enfin réunie. Ministres, députés, conseillers, membres du comité exécutif, et même quelques anciens pontes, tout le monde est là. Le putsch peut enfin commencer…
A la tribune se succèdent les accusateurs de Mansouri : “Vous n’avez pas respecté le rythme de réunion des instances du parti”, “vous n’avez pas su gérer le dernier épisode électoral”, s’est entendu reprocher, en direct, le patron du RNI. Acculé mais courageux, le premier des indépendants accepte de prendre la parole. Mansouri se livre alors à un exercice inédit dans la vie politique marocaine : un mea culpa très digne, aux allures de capitulation sans bataille. Le désormais “numéro 1 théorique” du parti (seul un nouveau congrès peut le démettre officiellement) a opté pour l’unité du parti : refusant d’aller à l’affrontement, il a remis les clés des structures du RNI entre les mains de Salaheddine Mezouar, qui se voit chargé d’organiser un conseil national, lequel devrait se prononcer en décembre sur l’éventualité d’un congrès extraordinaire, et donc sur l’élection d’un nouveau président.
Pour autant, les carottes sont loin d’être cuites pour la présidence du RNI. Le précédent de 2007 est à ce propos très instructif. Mustapha Oukacha, président défunt de la Chambre des conseillers, avait alors mené une fronde contre l’inamovible Ahmed Osman, patron du RNI depuis sa fondation, en 1978. Mais le beau-frère de Hassan II avait réussi sa sortie : en se trouvant un dauphin en la personne de Mansouri et en parvenant à le faire élire à la tête du RNI, il sauvait aussi ses vieux jours et voyait s’éloigner les soupçons de mauvaise gestion des caisses du parti. Aujourd’hui, Mansouri, certes taxé de faiblesse, n’a peut-être pas dit son dernier mot. “Ceux qui l’accusent maintenant le font par pur intérêt. Objectivement, la situation du parti est bonne, ils n’ont aucune raison de se plaindre”, estime un élu rniste.
Mercredi 14 octobre, lors de la dernière réunion du comité exécutif, Mansouri a d’ailleurs haussé le ton, allant jusqu’à retirer à Mezouar les pouvoirs qu’il lui avait délégués. Une partie des bleus envisage même désormais de faire une cure de jouvence dans l’opposition. En tout état de cause, la succession du patron du RNI est loin d’être jouée. D’autres caciques pourraient se lancer dans la course. Pour Aziz Akhannouch, la double casquette d’homme d’affaires et de ministre est un atout non négligeable. En revanche, Maâti Benkaddour, président sortant de la Chambre des conseillers, semble avoir brûlé toutes ses cartouches en échouant à se faire réélire au petit perchoir. Mais, comme souvent, l’avenir du parti se dessine en dehors de ses membres.

Balle au centre
“Si les dissensions explosent à ce point, c’est que le parti traverse une grave crise existentielle”, analyse un membre historique du parti. En fait, partout au RNI, c’est le PAM qu’on a à l’esprit. Le Parti de l’ami de Mohammed VI (comment l’appeler autrement ?) fait figure de délicieux épouvantail : les colombes ne savent pas trop s’il faut le fuir ou lui succomber. Un Salaheddine Mezouar, membre du Mouvement pour tous les démocrates, est réputé proche du clan El Himma. Mais même lui n’ose pas trop se prononcer clairement sur un éventuel rapprochement avec le PAM : officiellement, c’est “priorité à la majorité parlementaire et gouvernementale”. C’est qu’au RNI, il ne fait pas bon clamer son amour pour le PAM. Non seulement le parti d’El Himma chasse sur le terrain idéologique du RNI (progressisme, démocratie sociale, libéralisme, citoyenneté), mais il a également semé la zizanie chez les bleus. Il y a un an, les groupes parlementaires Authenticité et modernité, à la Chambre des représentants et à la Chambre des conseillers, décidaient de s’allier aux groupes des indépendants. Ensemble, ils ont constitué pendant quelques mois la force la plus importante du parlement. Jusqu’à la décision unilatérale des camarades d’El Himma, à quelques jours des élections communales du 12 juin, d’entrer dans l’opposition. Entre-temps, le groupe parlementaire des amis de l’ami du roi était devenu un vrai parti, qui plus est vainqueur de tous les scrutins de l’été. Avouez que, pour un Rniste, il y a de quoi être frustré.
Surtout qu’à aucun moment les camarades de Mansouri, comme manquant de clairvoyance, n’ont semblé maîtriser le tempo politique. Un exemple significatif : “La rupture entre le RNI et le PAM est intervenue à l’occasion du débat sur le Code de la route présenté par Karim Ghellab. Le groupe RNI avait décidé de soutenir le projet de loi et les membres du PAM ont eux aussi accepté. L’un des leurs s’est même proposé pour lire la question qu’adresserait le groupe au ministre. Mais le jour de la séance, le député en question a tenu un discours complètement opposé. Pour nous, c’était la surprise totale”, se souvient un député rniste. Cerise sur le gâteau, même Mansouri n’a pas été prévenu du revirement du PAM. Entre PAM et RNI, le malaise est palpable : les indépendants optimistes veulent croire qu’“un petit parti (le PAM) ne peut pas manger un grand parti (le RNI)”. Quant aux esprits chagrins encore en activité, ils se remémorent le temps des technocrates et des intellectuels centristes, aujourd’hui remplacés par des “bouchkara qui ruinent le parti”.
Décidément, pour le RNI, première grande victime de la comète qui fait PAM, les temps s’annoncent durs.

Tendance. Au royaume des hommes d’affaires
Comme les autres partis, le RNI a vu son personnel politique évoluer. Il est loin le temps des Reghai, Ghissassi, Znined, Gharnit et consorts, tous fondateurs, stratèges et idéologues du parti. Place désormais à un comité exécutif (instance suprême du RNI) dominé par des hommes d’affaires aux réputations pas toujours reluisantes. Alami Tazi, membre fondateur du parti, célèbre pour ses terres agricoles, est désormais indéboulonnable dans la région de Meknès. Un autre Alami (Abdelhadi), lui aussi magnat des affaires et du RNI, règne sur Marrakech. Quant à Salama qui, il y a dix mois, avait failli disputer le petit perchoir à Benkaddour, il est l’heureux propriétaire d’une florissante société de transport. A Tanger, c’est la famille Arbain qui fait la pluie et le beau temps des rnistes. A Taounate, ce sont les Abbou père et fils, en guerre ouverte avec Mansouri, qui font parler d’eux. Dans chaque région, le RNI a su adouber de précieux pourvoyeurs de fonds “qui, se plaint un militant, n’organisent aucune vie partisane locale, mais se contentent d’appâter les électeurs”.

 
 
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