N° 394
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Palestine. L’impossible réconciliation
L'ACTU MONDE



Par Nina Hubinet,
correspondante au Caire

Palestine. L’impossible réconciliation

(AFP)

Le Fatah a approuvé unilatéralement un accord de réconciliation avec le Hamas. Au même moment, le mouvement islamiste annonçait la mort d’un de ses membres dans une prison égyptienne.


C’est ce qui s’appelle faire volte-face. Les débats sur le rapport Goldstone, accusant l’armée israélienne et les combattants du Hamas de crimes de guerre lors de l’offensive de décembre-janvier 2009 dans la bande de Gaza, devaient finalement reprendre jeudi au Conseil des
droits de l’homme de l’ONU. Le 2 octobre, Mahmoud Abbas avait pourtant accepté, probablement sous la pression des Etats-Unis, de reporter à mars 2010 le vote du Conseil sur une résolution condamnant Israël pour n'avoir pas coopéré avec la commission d'enquête internationale, dirigée par le magistrat sud-africain Richard Goldstone. Mais le tollé déclenché dans les territoires palestiniens par cette décision, qualifiée de “scandale” par le Hamas, a visiblement poussé l’Autorité palestinienne à revenir sur sa décision.

Un rapport qui fâche
“La décision de repousser le vote découle d'un consensus entre les différentes parties au sein du Conseil des droits de l'homme, afin d'assurer le plus large soutien à une résolution dans l'avenir”, déclarait Mahmoud Abbas, dimanche 11 octobre, lors d'une intervention télévisée, tentant de se justifier. Dans le même temps, il chargeait une commission d’enquêter pour savoir comment cette décision avait été prise par ses propres services. “Israël était le dos au mur et ces Palestiniens-là sont allés à son secours”, a aussitôt réagi Khaled Mechaal, le chef politique du Hamas, assurant que plus personne ne croyait en l’Autorité palestinienne. Le revirement spectaculaire d’Abou Mazen ne devrait pas suffire à effacer le désaveu provoqué par sa position initiale, qui a même atteint les rangs de son parti.
Dès la publication du rapport de 500 pages sur la guerre de Gaza, le gouvernement israélien l’a dénoncé comme “partial et ne prenant pas en compte la réalité qui avait conduit à l’intervention militaire”. Le juge Richard Goldstone y recommande notamment de “demander au Conseil de sécurité de saisir le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), si dans les six prochains mois aucun progrès n’est réalisé dans les enquêtes menées par les autorités israéliennes et l’Autorité palestinienne”. Or, Israël redoute plus que tout que ses militaires soient traduits devant la CPI. De son côté, l’administration Obama semble craindre que le rapport Goldstone n’entrave ses efforts pour relancer les pourparlers entre l’Autorité palestinienne et le gouvernement israélien, d’où les pressions subies par Mahmoud Abbas pour reporter l’examen du rapport. Mais il est possible que l’Egypte aussi n’ait pas intérêt à ce que ce rapport soit examiné de près par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU : il pourrait en effet révéler la complicité égyptienne dans l’attaque israélienne sur Gaza. Près de 1400 Palestiniens et 13 Israéliens ont été tués lors du conflit qui a suivi.

Torturé dans une prison égyptienne
Même si le Fatah a adopté mardi une attitude volontariste en signant – unilatéralement - l’accord de réconciliation proposé par l’Egypte, d’autres obstacles rendent difficile une réconciliation sincère entre les factions palestiniennes. Sami Abou Zuhri, un des porte-parole du Hamas, a annoncé le même jour à la presse que son frère, Youssef, 38 ans, était mort lundi dans sa cellule d’une prison d’Alexandrie, des suites d’une hémorragie interne. Youssef Abou Zuhri avait été arrêté en avril dernier dans le cadre de l’enquête sur les “cellules du Hezbollah” en Egypte. Selon son frère, l’hémorragie a été provoquée par les tortures infligées dans la prison égyptienne. “Ils ont transféré mon frère dans un hôpital (…) mais ils ont refusé de l’y laisser alors que l’hémorragie était toujours en cours”, a déclaré Sami Abou Zuhri. Les autorités égyptiennes affirment de leur côté que le décès est dû à des maladies antérieures. Quelles que soient les suites de cette affaire, elle semble compromettre un peu plus la signature de l’accord par le mouvement islamiste, qui déclarait mardi ne pas avoir pris de décision définitive. Initialement prévue début juillet, la date de la conclusion de l’accord inter-palestinien a déjà été reportée à deux reprises. En début de semaine, les Egyptiens espéraient convaincre le Hamas d’apposer sa signature le 15 octobre. L’accord, qui prévoit l’organisation de nouvelles élections législatives et présidentielles d’ici juin 2010, devait ensuite être paraphé par les autres factions palestiniennes le 20 octobre au plus tard.
Mais quelle sera la valeur d’un texte vite signé, dans une ambiance exécrable ? Pour ne rien arranger, les Américains auraient émis des réserves sur ce processus de réconciliation mené par Le Caire, d’après des sources sécuritaires citées par le quotidien égyptien Al Chorouq Al Gadid. Washington semble refuser un accord qui permettrait une réintégration du Hamas au sein du jeu politique palestinien, sans engagement de la part du mouvement islamiste de respecter les principes du Quartette, c’est-à-dire la reconnaissance d’Israël et le renoncement à la violence. Autrement dit, la réconciliation Hamas-Fatah, qui doit ouvrir la voie à la reconstruction de la bande de Gaza, à la tenue d’élections et à la relance d’un processus de paix avec Israël, est encore loin de voir le jour.

Tensions. Vers une troisième Intifada
La seconde Intifada a été déclenchée par la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem. Neuf ans après, la tension monte à nouveau autour de la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l'islam, qui surplombe le Mur des Lamentations, le site le plus sacré du judaïsme. Tout a commencé le 27 septembre : des fidèles jettent des pierres sur des visiteurs non musulmans. Des intégristes israéliens venus prier sur le site – interdit aux juifs - selon les Palestiniens, des touristes français dont la tenue aurait été jugée inconvenante selon la police israélienne. La situation s’envenime rapidement les jours suivants : un policier israélien est blessé par un coup de poignard, les affrontements entre les jeunes lanceurs de pierres et les forces de l’ordre se multiplient. Une dizaine d’entre eux sont blessés, une cinquantaine arrêtés. Le 6 octobre, les Israéliens bannissent de Jérusalem le cheikh Raëd Salah, chef de l'aile radicale du Mouvement islamique arabe israélien, qui appelle à défendre Al Aqsa. Les restrictions concernant l’accès au site sont maintenues : seuls les hommes musulmans âgés de plus de 50 ans, Arabes israéliens ou résidents palestiniens de Jérusalem-Est, ont le droit d’aller prier sur l'esplanade. Des mesures destinées à prévenir les débordements, mais qui provoquent, paradoxalement, la colère des Palestiniens. Le vendredi 9 octobre, plus de 2 500 membres des forces de sécurité israéliennes ont été déployés dans la vieille ville. La tension semblait cependant être retombée en début de semaine. Mais certains analystes évoquent déjà la possibilité d’une troisième Intifada”.

 
 
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