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Par Souleïman Bencheikh
Politique. Un ouragan nommé PAM
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Mohamed Cheikh
Biadillah, secrétaire
général du PAM. (TNIOUNI)
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L’élection du nouveau président de la Chambre des conseillers est symptomatique de l’état de nos partis politiques : après deux ans de gouvernement El Fassi, le PAM pousse, pousse, pendant que l’Istiqlal vacille, le RNI s’entretue et l’USFP doute.
On attendait cette rentrée politique avec impatience. Avant l’été, le gouvernement de Abbas El Fassi, affaibli par la défection des camarades de Fouad Ali El Himma, avait trouvé des renforts au MP. Trop contents de réparer “l’injustice” d’octobre 2007, Mohand Laenser, nouveau |
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ministre sans portefeuille, et Mohamed Ouzzine, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, avaient fait une entrée remarquée au gouvernement dans la foulée des élections du 12 juin. Les communales ont en effet été le point de départ d’un long feuilleton politique qui a vu les alliances se faire et se défaire, parfois en dépit du bon sens, et qui s’est achevé par un épisode très attendu : le renouvellement du tiers de la Chambre des conseillers et l’élection d’un nouveau président. C’est finalement Mohamed Cheikh Biadillah, secrétaire général du PAM, qui l’a emporté. L’opposition trône désormais au petit perchoir : du jamais vu dans la toute jeune histoire de la deuxième chambre.
Istiqlal
Majorité minoritaire
Produisant peu, siégeant peu et votant peu, jamais les parlementaires n’ont été à ce point décriés. Et jamais la chose politique n’a semblé autant tributaire de petites stratégies et de savants calculs. L’exemple le plus récent en est l’élection du président de la Chambre des conseillers, vibrante illustration du nomadisme politique et du manque de discipline interne dont souffrent les partis. Car, il faut bien l’avouer, l’élection du secrétaire général du PAM a fait mentir toutes les statistiques. Biadillah, membre de l’opposition (minoritaire par définition) l’a emporté par 140 voix, contre 100 au Rniste Maâti Benkaddour, candidat de la majorité de Abbas El Fassi (Istiqlal, RNI, USFP, PPS et MP). Le secrétaire général de l’Istiqlal avait pourtant pris les devants : la veille de l’élection, il réunissait les dirigeants des partis de la majorité pour leur assurer qu’il mettrait tout en œuvre pour que ses ouailles choisissent le candidat du RNI.
Manifestement, la consigne du premier des Istiqlaliens est passée inaperçue. Un temps pressenti pour se porter candidat à la présidence de la Chambre des conseillers au nom du parti de la balance, Mohamed Faouzi Ben Allal est en effet parvenu à convaincre nombre d’Istiqlaliens d’apporter leurs suffrages, non pas à Benkaddour, mais à Biadillah. Dont acte. La majorité gouvernementale est loin d’être unie. Mais de là à imaginer la chute du gouvernement El Fassi, il y a un pas que personne ne semble en mesure de franchir. Théoriquement, il faudrait qu’une motion de censure présentée par l’opposition à la Chambre des conseillers recueille les deux tiers des suffrages. Or, vu l’apathie de la classe politique, c’est tout simplement impensable. D’autant que le PAM, heureux vainqueur du petit perchoir, s’est empressé de rassurer Abbas El Fassi, fragile gardien d’une majorité qui se délite.
PAM
Attrape-moi si tu peux
Toujours plus loin, toujours plus haut. Telle pourrait bien être la devise du PAM. En deux ans, El Himma a tout simplement fait main basse sur le champ politique. Il a certes enregistré quelques déconvenues, notamment le cuisant échec de certains membres du Mouvement pour tous les démocrates aux législatives partielles de septembre 2008. Mais le PAM a bien vite lavé l’affront. Après avoir avalé et digéré cinq petits partis, il en a régurgité les très décriés dirigeants. Abdellah Kadiri et Najib Ouazzani, respectivement patrons du PND et d’Al Ahd, ont du coup été obligés de se créer de nouvelles chapelles, vides bien entendu. Depuis, le PAM vogue de succès en succès : un carton plein aux élections communales, six présidences de région sur seize et, désormais, la présidence de la Chambre des conseillers. Dans l’intervalle, le PAM a fait une victime de taille : le RNI. Au bout de sept mois d’alliance parlementaire entre les groupes des deux partis, le PAM a en effet unilatéralement décidé de faire cavalier seul, rejoignant l’opposition à quelques jours des communales.
Que comprendre de cette frénésie politique ? Pourquoi le Parti de l’Ami de Mohammed VI semble-t-il à chaque fois si sûr de son coup ? Serait-il béni de Dieu ? Que nenni, nous rétorque-t-on au PAM : “C’est notre nouvelle façon de faire de la politique qui fait la différence”. Au crédit des “authentiques modernistes”, on peut mettre une communication bien rodée et, surtout, très contrôlée. Dans l’entourage de Fouad Ali El Himma, c’est motus et bouche cousue : ne parle pas qui veut. Par contre, le PAM est toujours en première ligne lorsqu’il s’agit de se fendre d’un communiqué dénonciateur ou rassurant : premier pour attaquer les nihilistes adeptes de la liberté de la presse, premier pour dénoncer la connivence de “certains individus” avec l’Algérie des généraux, premier aussi à défendre (officiellement) le gouvernement El Fassi, tout en le sabordant (tout aussi officiellement).
RNI
Des bleus et des bosses
Tout avait très bien commencé pour le RNI. Aux élections législatives de septembre 2007, les bleus se classent troisièmes, derrière l’Istiqlal et le PJD, mais devant le MP et l’USFP. Un mois plus tard, profitant du désistement forcé du MP, ils obtiennent coup sur coup sept portefeuilles dans le gouvernement El Fassi, en sus de la présidence des deux chambres du parlement. Quand Mustapha Oukacha décède, c’est même un autre Rniste qui parvient à lui succéder au petit perchoir. Mais voilà que, depuis leur alliance ratée avec le PAM, les bleus enchaînent les déveines. La hache de guerre est déterrée à la suite d’un différend relatif au projet de Code de la route présenté en avril dernier par Karim Ghellab (que le RNI soutient, et que le PAM rejette). Et c’est Mansouri qui en fera les frais. Car, qu’on se le dise, au PAM, on n’aime pas les alliances à plusieurs variables : d’accord pour un accord avec le RNI, mais de là à soutenir le gouvernement contre vents et marées…
D’autant que l’occasion était belle de torpiller en rase campagne une des étoiles montantes de l’Istiqlal. Depuis, l’étoile de Ghellab a pâli. Non seulement son Code n’est pas passé mais le ministre des Transports a échoué à la tête de l’arrondissement de Sbata, malgré un joyeux festival, “Le Printemps de Sbata”, organisé par ses soins quelques mois avant les communales. Comme le très istiqlalien Ghellab, les bleus aimeraient bien panser leurs blessures. Mais un vent frondeur a vite fait de se lever. Aux communales, le parti se maintient bon an mal an et, lors de l’élection des présidents de région, il fait alliance avec le PJD pour remporter la seule grande ville qui tombe dans son escarcelle, Salé. Chemin faisant, Mansouri perd tous ses soutiens au parti : rechignant à réunir les instances du RNI, à trancher entre les candidats, et récoltant finalement des résultats électoraux médiocres (au regard du succès de septembre 2007), Mansouri a prêté le flanc aux critiques de ses adversaires. Mais, même symboliquement déposé par Salaheddine Mezouar, celui qui est encore le patron du RNI a encore, à l’heure où nous mettons sous presse, le dernier mot : “Non, le RNI ne rejoindra pas l’opposition”, a-t-il en substance
expliqué dans le dernier communiqué relayé par la MAP. Même s’il ne l’avait pas dit, on l’aurait volontiers cru.
USFP & co
Demain l’opposition ?
Tous les Ittihadis vous le diront : “La gauche ne serait pas la gauche si elle ne s’entre déchirait pas”. ça tombe bien, c’est exactement ce qui se passe à l’USFP. Après dix ans au gouvernement, les voix qui réclament le retour du parti dans l’opposition se font de plus en plus insistantes, jusqu’au sein du bureau exécutif du parti, encore divisé sur la question. Si le ministre de la Justice, Abdelouahed Radi, et le maire de Rabat, Fathallah Oualalou, soutiennent l’option gouvernementale, la jeune garde incarnée par Ali Bouabid réclame un retrait des ministres USFP. Quant à un éventuel chamboulement gouvernemental, on en est encore loin : le bureau exécutif doit d’abord accorder ses violons avant d’aller à un conseil national qui, seul, pourrait décider d’un retrait du gouvernement. En attendant, l’USFP soigne ses amis de la majorité, et réciproquement. Lors de l’élection du président de la Chambre des conseillers, seuls deux conseillers ittihadis ont ainsi fait défaut au Rniste Benkaddour. Ils s’en sont d’ailleurs expliqués devant leurs camarades du parti : à leurs yeux, la solidarité sahraouie et la fidélité à la “cause nationale” (n’oublions pas l’origine de Biadillah) étaient plus importantes que la logique partisane.
L’USFP n’est pas le seul parti à hésiter sur son camp. Juste à coté, le PPS s’agite. Là aussi, les ministres, en particulier l’inénarrable porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri, sont très critiqués. Depuis le rapprochement entre le PPS, le FFD et le PT, les ministres estampillés PPS sont plus isolés, et l’option d’un retour dans l’opposition semble prendre le dessus.
Et si la surprise venait du petit frère de l’USFP ? En tout cas, elle ne viendra pas du PJD. Droit dans ses bottes depuis qu’El Himma a débarqué dans le champ politique, le parti islamiste est, dans la sémantique du PAM, celui qui reçoit le plus de coups. Objectivement, le PJD est pourtant le parti qui, en apparence, souffre le moins de la vaste opération politico-stratégico-tactique engagée par El Himma. Le PJD était en effet moins concerné par les récentes élections : traditionnellement peu attendu aux communales, qui font la part belle aux communes rurales, le parti islamiste, toujours très présent en milieu urbain, n’a pas non plus déçu ses sympathisants, avec une honorable troisième place au scrutin du 12 juin. Quant à l’élection du président de la Chambre des conseillers, le PJD, absent de la deuxième chambre, n’a pas eu à s’en mêler. En fait, le vrai test du PJD aura lieu aux législatives 2012. D’ici là, bien malin celui qui peut dire si le parti ploie sous le PAM.
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Personnalités. Dans le viseur de Si Fouad
Depuis qu’il est entré en politique, Fouad Ali El Himma a indirectement
bouleversé le parcours de plusieurs personnalités politiques. Petit aperçu.
Abdellah Kadiri
Fondateur du PND (Parti national démocratique), issu d’une scission du RNI en 1981, Kadiri, classé à droite, a rallié le PAM à l’été 2008. Depuis, s’estimant floué par les stratèges du PAM, il a tenté de recouvrer son parti et entamé un bras de fer juridique avec les camarades d’El Himma, coupables à ses yeux d’avoir fait main basse sur les caisses de son parti.
Najib Ouazzani
Patron d’Al Ahd, il rejoint la bannière du PAM en août 2008. Moins de six mois plus tard, Ouazzani, mécontent, crée une nouvelle structure, Al Ahd Addimocrati. En chemin, il a perdu la plupart de ses (déjà) rares militants.
Maâti Benkaddour
Autre victime de taille de la stratégie du PAM. Celui qui fut, pendant dix mois, le président de la Chambre des conseillers a échoué à se faire réélire par la faute de Mohamed Cheikh Biadillah, secrétaire général du PAM et nouveau détenteur du petit perchoir.
Mostafa Mansouri
Celui qui est encore président du RNI paie le prix d’une alliance et, surtout, d’une rupture mal négociées avec le PAM. Avec les camarades d’El Himma, la brouille semble en tout cas durable.
Karim Ghellab
L’éminent ministre istiqlalien a buté en avril dernier sur l’échec de son projet de Code de la route. Et, devinez quoi, c’est le PAM, pourtant encore dans la majorité, qui l’a fait chuter en mars dernier en s’opposant, contre toute attente, à la réforme que proposait Ghellab. |
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