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Par Fadoua Ghannam
Textile. Tempête sur Atlantic
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Une belle aventure industrielle qui se termine par le licenciement de 1700 personnes.. (AFP)
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Fleuron de l’industrie textile, le groupe Atlantic a mis six de ses sociétés en redressement judiciaire, après avoir licencié 1700 salariés. Retour sur une success story qui a viré au cauchemar.
L’information a fait l’effet d’une bombe dans le microcosme financier marocain : le groupe Atlantic, l’un des “big three” du textile au Maroc, qui compte 5000 salariés, est à genoux. Le 30 septembre dernier, le tribunal de commerce de Rabat a déclaré six de ses 17 entreprises en redressement judiciaire. Le groupe en banqueroute croule sous les |
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dettes : quelque 1,2 milliard de dirhams d’emprunts bancaires, financés par un consortium de banques marocaines, auquel la BMCE Bank participe à hauteur de 800 millions de dirhams.
Un mauvais coton
La majeure partie de ces crédits avait permis, dès 2005, l’installation d’une usine pharaonique de denim dans la région de Skhirat. Trois ans plus tard, le complexe industriel entame sa production, alors que la crise économique mondiale commence à se faire sentir. “Nous nous sommes vite rendu compte qu’il nous serait très difficile d’atteindre nos objectifs commerciaux”, explique une source autorisée au sein du groupe. Au fil des mois, les stocks s’accumulent, tandis que les créanciers s’impatientent. Conséquence : le groupe, qui comptait début 2008, 6700 employés, est obligé de se délester de 1700 d’entre eux. Ce ne sera pas suffisant. Et pourtant, rien ne prédestinait cette entreprise, propriété de Badreddine Sennoussi, ancien ambassadeur du royaume à Téhéran, à sombrer si vite, si bas.
L’aventure commence en 1984. Le diplomate crée Atlantic Confection dans la zone industrielle de Salé. Une année plus tard, l’entreprise s’oriente vers le jean, et le succès est au rendez-vous. En 1990, une première unité de délavage est montée sur ce même site, puis une seconde, quelques années plus tard, dans la zone industrielle de Rabat. “A cette époque, notre portefeuille clients commençait à s’étoffer. Nous fournissions déjà des marques comme Levis, Ralph Lauren, Wrangler ou encore Marks & Spencer”, énumère une source interne.
Début des années 2000, l’entrée en vigueur de l’accord multifibres est imminente. Le groupe décide de se renforcer dans les filières en amont du textile. Sennoussi s’allie avec le spécialiste italien du jean Legler. Le grand complexe qui englobe les métiers de filature, teinture et délavage de jean s’étale sur 40 000 m2 de plancher pour une capacité de production de 24 millions de mètres de toile par an. Le projet, nécessitant un investissement de plus d’un milliard de dirhams, a séduit le gouvernement de Driss Jettou qui décide de donner un grand coup de pouce à ses initiateurs. L’Etat leur accorde ainsi un terrain à Skhirat à un prix préférentiel, prend en charge 20% des dépenses d’infrastructures et autant de frais de formation.
Braquage à l’italienne
Jusque-là, tout va bien pour Sennoussi. Mais en 2006, son partenaire transalpin commence à montrer des signes de fatigue. Le centenaire Legler est en proie à une grande crise financière. L’entreprise est alors reprise par le gouvernement de Sardaigne qui décide de mettre fin à tous les investissements de Legler à l’étranger. Sauf qu’au Maroc, la construction de l’usine de Skhirat est quasi bouclée, 700 millions de dirhams ayant déjà été déboursés. “Notre groupe a été confronté au choix difficile d’abandonner un projet phare. Finalement, nous avons décidé de continuer l’aventure”, précise notre source. Pour continuer de financer ses investissements et à faire tourner la machine, le groupe Atlantic a recours à un emprunt obligataire et à des lignes de crédits à court terme. Il engage des biens personnels comme garantie auprès de ces mêmes banques et ouvre en 2007 son capital, à hauteur de 20%, à Ajial, fonds d’investissement du CMKD (Consortium maroco-koweïtien pour le développement).
Mais ces solutions ne permettent pas au groupe de surmonter la crise. L’endettement s’aggrave, les débouchés sur les marchés internationaux, notamment américains, se raréfient, et le groupe se dirige vers la cessation de paiement. Ainsi, la semaine dernière, au lendemain de la grande annonce du redressement judiciaire, la Bourse de Casablanca réagit : le cours de BMCE Bank, principal partenaire bancaire du groupe Atlantic, plonge dans le rouge. Le comité de veille stratégique mis en place par le gouvernement pour contrer les effets de la crise est saisi d’urgence, puis, des pourparlers sont entamés avec les institutions financières.
Bouée gouvernementale ?
Pour le gouvernement, il s’agit avant tout de préserver les 5000 emplois d’Atlantic, comme l’a expliqué Salaheddine Mezouar, ministre des Finances, lors de la conférence de presse tenue en début de semaine. Comment faire ? Faudra-t-il reconvertir la dette en prise de participation dans les différentes filiales du groupe Atlantic ? Sans doute pas, car les quatre banques concernées (BMCE Bank, Attijariwafa bank, la Banque Populaire et Crédit du Maroc) y seraient réticentes. Deuxième option : procéder à une augmentation du capital des entreprises en difficulté à travers un renforcement du fonds Ajial du CMKD. Les négociations sont entamées, un accord final étant attendu. La troisième piste du gouvernement préconise un rapprochement stratégique entre les trois plus grandes entreprises du pays : Atlantic, les Espagnols de Settavex basés à Settat et les Américains de Fruit of the loom installés à Bouknadel.
En attendant, certaines voix crient au scandale, notamment au sein de l’opposition gouvernementale. “Nous ne comprenons pas comment le gouvernement a pu accorder une série d’avantages à un investisseur italien qui se trouvait, au moment de la signature de convention avec l’Etat, en grandes difficultés financières dans son pays”, s’interroge le député PJD Mohamed Zouiten, qui promet de ramener le débat dans l’hémicycle. A suivre ! |
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Tendance. Les crises se suivent…
Les textiliens ont l’habitude des crises économiques internationales. Au début des années 2000, le démantèlement tarifaire et la levée des quotas européens, pour les produits chinois, avaient pénalisé les entreprises marocaines, qui ont vu leurs commandes baisser drastiquement. En 2009, le scénario se répète. La faute cette fois à la crise économique mondiale, qui frappe les principaux marchés du textile marocain (Union Européenne, Etats-Unis). En 2009, quelque 20 000 emplois ont été détruits dans les régions de Casablanca, Rabat et Tanger. Catastrophique pour un secteur qui emploie près de 200 000 Marocains. Pour limiter les effets de la crise, le gouvernement a décrété en début d’année des mesures d’urgence (exonération des cotisations de la CNSS pendant six mois pour les textiliens, aides à la promotion et à la gestion financières). Mais, durant les six premiers mois de l’année, les exportations nationales de produits textiles ont baissé de plus de 14 %, et la tendance se poursuit au second semestre. |
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