N° 396
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Interview. “Sans presse libre, il n’y aura jamais de démocratie”

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Politique. Les trois font la gauche
L'ACTU MAROC



Par Souleïman Bencheikh

Politique. Les trois font la gauche

De gauche à droite, Ismaïl Alaoui (PPS), Abdelkrim Benatik (PT) et Thami Khyari (FFD), ensemble pour un baroud d’honneur. (TNIOUNI)

Ils l’avaient annoncé, ils l’ont fait. Trois partis de gauche (PPS, FFD, PT) ont entériné la création d’un pôle progressiste et moderniste. Simple effet d’annonce ou vrai rapprochement ? TelQuel fait le point.


Rabat, mardi 27 octobre. La salle de conférences de l’hôtel Rabat baigne dans une atmosphère bon enfant. A la tribune trônent Ismaïl Alaoui, Thami Khyari et Abdelkrim Benatik, respectivement leaders du PPS (Parti du progrès et du socialisme), du FFD (Front des forces
démocratiques) et du PT (Parti travailliste). Face à eux, un parterre de militants et de journalistes. Eu égard à la préséance que confère l’âge, c’est le secrétaire général du PPS que Benatik (qui préside les débats) charge d’ouvrir la séance. Le patron du PPS explique en substance : “Tirant les conclusions du processus électoral amorcé en septembre 2007, nos trois partis ont pris l’initiative de constituer un pôle politique de gauche et d’unifier leurs positions au sein du parlement, dans la perspective de constituer un mouvement politique ouvert à toutes les forces progressistes et modernistes”.

L’union fait la force
Une chose est sûre : presque tout le monde à gauche voit ce rapprochement d’un bon œil, même si beaucoup croient aussi que la tentative est vouée à l’échec. “La gauche est majoritaire en voix dans ce pays, le problème c’est qu’elle est toujours divisée”, explique Benatik (ndlr, aux élections de 2007, les partis qui se revendiquent de gauche ont obtenu plus de 25% des suffrages. L’Istiqlal est arrivé premier, avec un peu plus de 15%). Mais, oubliés les décomptes électoraux, les mines sont réjouies et les esprits sont à la fête. Nabil Benabdellah, ancien ministre de la Communication et membre éminent du PPS, arbore le sourire des grands jours. Depuis qu’il n’a plus de charge officielle, celui qui fut un éphémère ambassadeur à Rome a tout naturellement réinvesti le champ politique, avec l’aisance et le bagout qu’on lui connaît : “Une alliance politique, c’est comme un mariage. C’est toujours compliqué et plein de compromis”. Surtout lorsqu’il s’agit d’un mariage à trois !
Il reste que le principal bénéfice de cette alliance est arithmétique : le nouveau pôle progressiste et moderniste compte tout juste assez de députés pour former un groupe à la Chambre des représentants : 22 parlementaires, selon le dernier décompte, dont 10 pour le PPS, 5 pour le FFD et le PT, et deux élus venus d’Al Ahd Addimocrati. Au lendemain des élections législatives de 2007, PPS, FFD et PT comptaient, à trois, plus de 30 députés à la chambre basse. Le PPS et le FFD avaient même à eux seuls suffisamment d’élus pour former un groupe parlementaire (20 députés). C’est dire la saignée dont ont été victimes, de 2007 à aujourd’hui, les petits partis de gauche, grands pourvoyeurs de troupes aux camarades de Fouad Ali El Himma. Pourtant, le PAM n’est pas nommément visé par la création du nouveau pôle moderniste et progressiste. En tout cas, les stratèges de ce rapprochement s’en défendent. “Le PAM est un problème pour l’ensemble de la société marocaine, et pas seulement pour nous. Notre regroupement n’est pas dirigé contre eux”, estime Khyari.

Une alliance, pourquoi faire ?
Quid de la place de ce nouveau pôle de gauche sur l’échiquier politique ? Quelle attitude adoptera-t-il face au gouvernement ? Quels rapprochements futurs envisagera-t-il ? Pour l’heure, l’état-major des trois partis ne cache pas ses ambitions. Si l’option d’un retour à l’opposition n’est pas envisagée au plus haut niveau, l’objectif reste bien entendu de trouver un terrain d’entente avec l’USFP bien sûr, mais aussi avec l’Istiqlal, autre allié de la Koutla, et même avec tous ceux qui se réclament du modernisme et du progressisme. Mais la route de l’union est semée d’embûches. Il y a un an déjà, une première tentative de rapprochement (PPS, FFD, PT, PS, PSU et USFP) avortait. L’USFP, tout à ses dissensions internes, n’avait pas alors le cœur à s’allier, et le 8ème congrès du parti de la rose, convoqué après la démission de Mohamed Elyazghi, avait ajourné la création d’un pôle de gauche aujourd’hui réactualisé.
Historiquement, la gauche marocaine, elle-même souvent issue du mouvement national, a toujours navigué de scissions en retrouvailles, de disputes en (ef)fusions. Pour ne retenir que la période récente, en 1997, le FFD a officiellement intronisé au poste de secrétaire national, Thami Khyari, un ancien cadre du PPS. Abdelkrim Benatik a, quant à lui, fait ses armes à l’USFP, avant de lancer sa propre écurie en décembre 2005. Les deux hommes, aujourd’hui artisans du pôle moderniste et progressiste, ont pourtant essayé, aux débuts de leur aventure individuelle, de se démarquer de leurs partis d’origine. Aujourd’hui, le vent a tourné. La gauche conquérante des années 1990 a vu, dans les années 2000, son électorat se réduire comme peau de chagrin. Place donc aux actions communes en vue de se partager ce qui reste du gâteau. Bientôt, même l’USFP en sera peut-être réduite à se trouver des alliés pour se tailler un groupe parlementaire. En est-on
si loin ?

Pense-bête. Les petits partis de gauche
PPS. Héritier du PLS (Parti de la libération et du socialisme), interdit en 1969, et du PCM (Parti communiste marocain), interdit dix ans plus tôt, le PPS est légal depuis 1974. Longtemps parti d’opposition, il participe au gouvernement depuis l’alternance de 1998. Actuellement, il compte deux ministres au gouvernement.
FFD. Créé en 1997 par Thami El Khyari, le FFD, initié par d’anciens membres du PPS, accueille aussi des nouveaux venus de l’Istiqlal, de l’UC, du RNI. Présent au gouvernement de 1998 à 2002, à travers El Khyari, successivement ministre de la Pêche et de la Santé, le FFD a recueilli 3% des voix en 2007.
PT. Initié en 2005 par le jeune et médiatique Abdelkrim Benatik, un ancien de l’USFP, le Parti travailliste, qui s’est d’abord installé dans l’opposition est devenu un renfort indispensable pour le PPS et le FFD, alliés depuis 2007 : avec ses 5 députés, il leur permet de créer un groupe parlementaire.
PS. Issu d’une scission du CNI (Congrès national ittihadi), le Parti socialiste, créé en 2006 par Abdelmajid Bouzoubaâ à la suite de ses dissensions avec le syndicaliste Noubir Amaoui (leader officieux du CNI). Le PS ne compte aucun élu au parlement. Dommage pour lui : pour l’instant, il est exclu du nouveau pôle progressiste et moderniste.
PSU. Le Parti socialiste unifié, qui revendique l’héritage de l’OADP (Organisation de l’action démocratique et populaire), puis de la GSU (Gauche socialiste unifiée), a été officiellement créé en 1997. En 2007, il met en place avec le PADS (Parti de l’avant-garde démocratique et sociale) et le CNI, deux petits partis de gauche, un système de liste commune sur 75% des circonscriptions. Après les élections communales de juin 2009, la décision a été prise de développer cette alliance avec pour objectif ultime la fusion. Seul Annahj, ou la Voie démocratique, un parti de gauche qui n’a jamais pris part à aucune consultation électorale, est resté en dehors de cette alliance.

 
 
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