N° 396
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Histoires d’amour


Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)

Le président tunisien fait aussi bien que Rocky Balboa : il en est déjà au tome V. Et peut-être qu’il va falloir, un jour, penser à porter sa vie à l’écran. Exactement comme le petit boxeur devenu grand, imaginé par Sylvester Stallone. Zine El Abidine Ben Ali a été reconduit comme on pouvait s’y attendre pour un cinquième mandat par près de 90 % des électeurs tunisiens. Un score qui nous rappelle que la Tunisie, malgré ses énormes progrès économiques, reste bien un pays sous-développé. Même si, en suivant le reportage dédié par la télévision marocaine à ce pays ami, on apprend que les 90 % traduisent…l’histoire d’amour qui lie le président à son peuple. Bien sûr. Le pire, comme dirait l’autre, c’est
qu’il y a pire. En matière d’histoires d’amour qui ne se terminent jamais, on peut citer le raïss Hosni Moubarak, qui règne sur la “démocratie” égyptienne depuis 1981. Ou encore Mouammar Kadhafi, qui n’a pas besoin d’élections pour se maintenir à la tête de la Libye depuis 40 ans. Finalement, les seuls pays arabes à peu près démocratiques, politiquement parlant, restent l’Algérie et la Mauritanie. Mais à quel prix. L’Algérie a commencé par tuer sa démocratie naissante en embastillant pratiquement tous les islamistes du FIS, en tuant un président (Boudiaf), et en maintenant Bouteflika probablement jusqu’à ce que mort s’ensuive. Quant à la Mauritanie, eh bien franchement, qui est encore capable de savoir qui dirige ce pays dont la chronique est alimentée par les coups d’Etat qui se suivent et se ressemblent ? On le voit bien : le monde arabe continue de représenter une exception culturelle. Il résiste à la démocratie et ne croit pas à la liberté. Un petit monde fermé, oui. Qui pense stabilité au lieu de progrès et confond stabilité et immuabilité.

Docteur Julliard
Ce n’est pas l’incident diplomatique survenu cette semaine avec Reporters sans frontières qui nous fera quitter ces ambiances moroses. RSF a été traitée comme une bande de malpropres (lire article p.18), un peu comme l’était Amnesty à la grande époque hassanienne, quand le Maroc croulait sous les rapports accablants en matière de droits de l’homme. Le royaume, bien sûr, est un pays souverain qui peut traiter comme il veut qui il veut. Surtout quand il est mal à l’aise, comme en ce moment. Cela dit, on retiendra une phrase importante échappée du simulacre de conférence de presse de mardi dernier. A la question de savoir pourquoi le Pouvoir semble se crisper, brusquement, sur la question de la presse et de la liberté d’expression, le nouveau secrétaire général de RSF a eu cette réponse : “Le Pouvoir marocain avait besoin, en début de règne, de faire bonne figure à l’international, peut-être qu’il n’en a plus besoin aujourd’hui”. On ne le dira jamais assez fort, mais on souhaite vivement que M. Jean-François Julliard et ceux qui pensent la même chose se trompent dans leur diagnostic.

Elle l’a fait !
Le magazine Femmes du Maroc a dédié sa couverture du mois de novembre à Nadia Larguet. Qui y pose nue, enceinte de huit mois, dans un superbe cliché qui rappelle celui des Américains de Vanity Fair avec Demi Moore, il y a quelques années. Le plus beau, c’est que le nu de Larguet est humain, naturel, absolument pas choquant. Ce joli coup, pour lequel on félicite tant nos confrères que la jeune maman (et son “extraterrestre de mari”, comme elle l’appelle), est la preuve qu’une marge de liberté existe et continuera d’exister. Pour avoir éprouvé les rigueurs du “système” marocain, nous sommes bien placés pour dire que le harcèlement que nous subissons aujourd’hui, et qui est important, n’a d’égal que les espaces de liberté que nous avons si durement conquis au fil de ces dernières années. Cela relève presque du fait accompli, dans le sens où ce qui est pris n’est plus à prendre. Les coups reçus aujourd’hui feront que notre liberté, demain, sera plus grande. C’est une manière très positive de considérer les choses, mais, à bien y voir, elle n’est pas si irréaliste.

 
 
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