N° 397
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Chine-Afrique. L’empire contre-attaque
L'ACTU MONDE



Par Nina Hubinet,
correspondante en Egypte

Chine-Afrique. L’empire contre-attaque

La Chinafrique a remplacé la Françafrique. (AFP)

Le deuxième sommet Chine-Afrique s’ouvre dimanche à Charm El Cheikh, en Egypte. Preuve que l’histoire d’amour entre le géant asiatique et le continent noir ne fait que commencer.


Depuis une dizaine d’années, les Egyptiens ont pris l’habitude de voir des Chinois sonner à leur porte. Chargés de gros sacs, ils viennent jusque dans les villages les plus reculés vendre des vêtements et négocier âprement les prix avec seulement quelques mots d’arabe. “J’ai acheté tout ce dont j’avais besoin pour mon mariage à un Chinois”,
témoigne Marwa, 22 ans, qui habite la banlieue sud du Caire, arborant fièrement sa nouvelle lingerie.
Des histoires de Chinois, presque tous les pays d’Afrique en connaissent désormais. Du Soudan à la Zambie, de la République démocratique du Congo (RDC) à l’Algérie, des milliers de Chinois ont investi l’économie du continent, exploitant les forêts, les mines d’uranium et les puits de pétrole, construisant des routes ou des bâtiments officiels, et balayant au passage les restes de la “Françafrique”.

à l’assaut du continent
Arrivés dans les années 1990 en Afrique, les Chinois sont d’abord venus y chercher des ressources naturelles pour alimenter leur croissance économique exponentielle. En contrepartie des juteux contrats pétroliers ou gaziers accordés par les dirigeants africains, ils ont commencé à construire des routes, des bâtiments. Le Soudan est un exemple-type : le pays fournit 10 % des importations en pétrole de la Chine, qui remet à neuf ses infrastructures. En échange de quoi, Pékin prend systématiquement la défense de Khartoum sur le dossier du Darfour.
En quelques années, le continent est devenu le nouvel eldorado de “l’Empire du milieu”, que seuls les Américains concurrencent aujourd’hui dans la course aux achats de matières premières. Entre 2000 et 2006, les échanges commerciaux sino-africains sont ainsi passés de 10 à 55 milliards d’euros. Quelque 500 000 Chinois vivraient aujourd’hui en Afrique, contre environ 100 000 Français. Une “invasion” vue d’un bon œil par beaucoup de dirigeants africains, qui vantent le pragmatisme des nouveaux venus. “Les Chinois nous offrent du concret et l’Occident, des valeurs intangibles. Mais ça sert à quoi la transparence, la gouvernance, si les gens n’ont pas d’électricité, pas de travail ? La démocratie, ça ne se mange pas”, rappelle Serge Mombouli, conseiller à la présidence du Congo Brazaville, cité en exergue du livre de Michel Beuret et Serge Michel, La Chinafrique (Grasset, 2008).
Le sommet Chine-Afrique, qui se déroule les 8 et 9 novembre à Charm El Cheikh, en Egypte, devrait glorifier cette nouvelle relation “Sud-Sud”, profitable aux deux parties, à l’opposé des colonisations successives. Des dizaines de ministres et des centaines d’hommes d’affaires des deux continents seront présents. Le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, sera aux côtés du raïs égyptien, Hosni Moubarak, pour inaugurer cette réunion, qui suit un sommet du même type tenu en novembre 2006 à Pékin.

Quelques faux pas…
Le boom économique “made in China” de l’Afrique a pourtant ses revers. Souvent, les entrepreneurs chinois rechignent à travailler avec la main d’œuvre locale, jugée moins performante. S’ils embauchent des travailleurs africains, ils les paient souvent une misère. Certains chantiers n’ont jamais été terminés, comme celui de la principale ligne ferroviaire d’Angola, victime d’une dispute entre les dirigeants du pays et le holding chinois qui devait la remettre à neuf. Des scandales de corruption commencent aussi à émailler le parcours des entreprises chinoises en Afrique. A Alger, des bagarres ont éclaté en août dernier entre autochtones et commerçants chinois, dans le quartier de Bab Ezzouar, où s’est formé un petit “Chinatown”.
Mais ces “faux pas” sont encore loin d’entraver la progression de la Chine en Afrique. Le sommet de Charm El Cheikh devrait d’ailleurs marquer une nouvelle étape : les Chinois aspirent désormais à produire directement en Afrique, pour diminuer les coûts de transport vers les marchés européen, américain et africain. Cinq Zones économiques spéciales (ZES) doivent ainsi voir le jour sur le continent dans les années qui viennent. L’Egypte devrait bientôt accueillir une de ces ZES conçues sur le modèle chinois. “Nous ne pouvons pas stopper l’arrivée des Chinois, donc autant essayer de tirer profit de leur savoir-faire”, commente Ahmed Zoheir, du ministère de l’Investissement égyptien. Située au bord de la Mer Rouge, cette zone économique “chinoise” doit accueillir des usines textile, automobiles ou d’informatique, et devrait permettre de créer des centaines d’emplois, promettent les dirigeants égyptiens.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés