N° 397
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Hillary


Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)

“Alors, elle l’a fait ? Elle l’a vu ? Elle lui a dit ?”. De passage cette semaine au Maroc, la secrétaire d’Etat américaine, qui a eu un entretien particulier avec le roi, était attendue comme le messie. Au-delà du Forum pour l’Avenir, pour lequel elle s’est officiellement déplacée, la moitié de Bill Clinton était censée “toucher un mot”, au moins un, au souverain. Au sujet, bien entendu, de la liberté d’expression dont l’actualité marocaine n’est pas réjouissante : un journaliste croule depuis quelques semaines en prison, deux autres viennent d’être lourdement condamnés à 4 ans de prison avec sursis et près de 4 millions de dirhams en dommages et intérêts, etc. Alors, comme
n’arrêtent pas de nous le demander tous les épris de liberté : “elle” l’a fait ? Ben, en privé, on ne sait pas. Peut-être… Madame Clinton a juste affirmé, en public, tel que cela a été relayé par l’AFP, qu’il est “parfois difficile de rapporter les faits et de rester objectif” et que la liberté de la presse est un “contre-pouvoir utile”. En plus clair, la responsable américaine a préféré couper la poire en deux : il est possible que la presse dérape, mais il faut la respecter. Les optimistes y voient un soutien légèrement voilé aux journalistes en difficulté, et une charge très mesurée à l’encontre du pouvoir. Les autres, pessimistes, ont décrypté un message subliminal à travers les petites phrases très diplomatiques de Hillary Clinton : “Réglez vos problèmes entre vous, il n’y a pas de quoi nous déranger”.

Le malaise de l’étranger
Une petite idée nous a tous traversé l’esprit quand Reporters sans frontières a interpellé Hillary Clinton la semaine dernière, l’invitant à “parler au roi”. On s’est forcément dit : “Mais, n’est-ce pas dégradant, ou au moins décevant, pour nous, Etat souverain et gens adultes, d’attendre qu’une diplomate américaine nous aide à recouvrer nos droits et notre quiétude ?”. Bonne question. Que les thuriféraires de la pensée makhzénienne détournent à leur manière, étriquée, pour brandir l’étendard du “linge sale qui se lave en famille”. Voire, en version plus dure : “Faire appel à l’Autre, à l’étranger, qui plus est occidental, est l’arme des faibles et anti-patriotes”. Bon, il vaut mieux laisser de côté ce genre de réflexes pour pouvoir avancer. Notre question est évidemment plus complexe. Elle est humaine et il faut être idiot pour ne pas en saisir la légitimité. Alors, comment peut-on y répondre ? Difficile… Le plus évident, en tout cas le plus immédiat, est de se rappeler que la fin justifie parfois les moyens. Ce qu’on peut appeler la pression de l’étranger a permis de libérer des journalistes et des détenus d’opinion. Elle a accéléré la fermeture des bagnes secrets de l’ancien régime. C’est elle, et bien elle, par le biais d’organismes économiques ou d’institutions humanitaires et politiques, qui pousse le royaume à lutter contre l’analphabétisme, la pauvreté, la mortalité infantile, la corruption, etc. En un mot, à se développer et à se démocratiser. Pourquoi ? Parce que le royaume n’est pas un pays développé, économiquement et surtout politiquement. Il le serait (développé, démocratisé) qu’il n’y aurait plus besoin de faire appel à une quelconque “pression de l’étranger”.

That’s it
Si vous souhaitez échapper à la tempête This is it, le film posthume de Michael Jackson, essayez donc un produit marocain, lui aussi en salles cette semaine. Malgré son titre anodin, qui ne renvoie strictement à rien, Tu te souviens d’Adil ? s’attaque à quelque chose d’intéressant : le processus qui peut conduire à la fabrication de bombes humaines. Oui, le terrorisme. Artistiquement, le terrain est vierge. Nous sommes donc invités à suivre le cheminement d’un petit loubard (Omar Lotfi, aussi bon que dans Casanegra), l’un de ces paumés du petit matin, perdu entre une vie personnelle compliquée et des rêves d’ailleurs. La suite, à vous de la découvrir en allant voir ce deuxième film de Mohamed Zineddaine (après un premier, L’Eveil, largement inaperçu), d’une facture honnête, riche en extérieurs, un film plutôt intelligent puisqu’il suggère plus qu’il n’explique.

 
 
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