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Documentaire. Michael, la dernière danse
Sortie. Romance, violence et cinéma
LE MAG CULTURE



Par Cerise Maréchaud

Documentaire. Michael, la dernière danse

(DR)

Film posthume sur les dernières répétitions de Michael Jackson, This is it portraitise l’artiste génial et l’homme fragile.


"On repousse les limites, car c’est ça, Michael”. En coulisses, un costumier explique comment des diodes luminescentes vont être incrustées dans les tenues de Michael Jackson pour This is it, ultime show de 50 dates londoniennes à guichets fermés. Le King of pop, rock and soul tirait sa révérence et la voulait vertigineuse. Le 25 juin, jour de sa mort, toute son équipe et lui étaient à huit jours de
s’envoler vers la capitale britannique pour les dernières répétitions générales, après quatre mois de travail acharné au creux du Staples Center de Los Angeles et au Forum d’Inglewood, en Californie, avec pour seul public les artistes et les techniciens.
C’est à partir des centaines d’heures d’images filmées durant cette préparation que le documentaire éponyme et posthume This is it ressuscite le spectacle enterré avec le chanteur. Pas d’inédits, mais un best of dantesque, sur la base des titres choisis par les internautes, qui renoue avec les plus grands moments de Michael Jackson, après dix ans loin de la scène, l’image noircie et l’âme meurtrie par les scandales judiciaires et les déboires personnels.
En 1h52, Kenny Ortega, ami de longue date de Michael Jackson et concepteur de ses tournées “History” et “Dangerous” (et réalisateur de la série de Disney High School Musical) parvient à révéler l’essence d’une performance et à esquisser le portrait d’un artiste au travail, sans tomber dans le pathos et l’hagiographie, si ce n’est l’ouverture du film : lors des auditions, de jeunes danseurs évoquent Michael Jackson de façon si poignante qu’on les croirait interviewés juste après sa mort.

Montage virtuose
Passé ces minutes proches du recueillement, le film, grâce à un montage virtuose, nous plonge au cœur du processus de création avec, quasi omniprésent, un “MJ” alternant tenues mythiques qui ont fait de son allure une signature (pantalon noir ou pailleté trop court sur chaussettes blanches, perfecto de jean et borsalino) et, parfois, un accoutrement plus décontracté mais toujours stylé (bomber sur tee-shirt XXL, cravate et bas de survêtement). Entre deux répétitions de chorégraphies, Michael rejoint le monde virtuel des effets spéciaux : pour le clip d’introduction de Smooth criminal, il est téléporté dans un film noir et blanc des années 1940 aux côté de Rita Hayworth et de Humphrey Bogart ; pour celui de They don’t really care about us, la dizaine de danseurs qui l’accompagnent sont clonés par milliers ; et une nouvelle scène de zombie, inspirée du célèbre clip de John Landis, a été tournée en 3D pour Thriller.
Mais à aucun moment l’intérêt pour les prouesses technologiques ne prend le pas sur la fascination qu’inspire le personnage. Tant a été dit et écrit sur ses souffrances, ses déséquilibres et ses déraillements qu’il est salutaire (et on y devine le but du documentaire au-delà de son objectif commercial) de voir un tel document de travail sur l’artiste génial et l’immense professionnel qu’il fut, qu’il était toujours à 50 ans. L’homme fragile n’est pas occulté. Méticuleux, exigeant, impliqué, déterminé, enthousiaste, Michael Jackson apparaît aussi en proie au doute, parfois las ou crispé, le visage émacié derrière ses lunettes de soleil, amaigri. Certains mouvements sont non aboutis, presque mous.

Hors normes et normal
Des réserves sur le film ? Certes, on craint au début du film d’être embarqué dans un délire post-mortem glauque, on guette le moindre moment de faiblesse ou de malaise comme autant de signes annonciateurs. Mais ce soupçon de voyeurisme s’évanouit tant on a la sensation intime et privilégiée d’être au pied de la scène et non devant un écran, tant l’inaccessible génie paraît soudain si proche, hors normes et normal
à la fois.
Lui-même ne cache pas son souci de s’économiser. “Ne me poussez pas, j’essaie de préserver ma gorge”, insiste-t-il presque honteusement après le final de I just can’t stop loving you. Une indulgence qu’il sait réserver aussi à son équipe : “D’où les répètes”, sourit-il lors d’une chorégraphie hésitante, avant de murmurer des “God bless you” en fin de séance. Tension et ironie n’en sont pas moins palpables dans certains échanges, par exemple lorsqu’il insiste auprès d’un musicien pour qu’il respecte un tempo particulier sur The way you make me feel, ou qu’une oreillette lui fait mal aux tympans. Mais le ton est toujours doux et courtois envers ceux qui -c’est frappant- le ménagent, lui parlent gentiment et de façon très articulée comme pour ne pas le froisser ou l’embrouiller. A l’écoute, il n’en tient pas moins à être le centre de chaque tableau.
Ces séquences visiblement équilibrées sur sa manière de composer avec son équipe sont les plus intéressantes du film, dont le principal bémol est sa piètre qualité esthétique (lumières crues et cadrages souvent approximatifs). Bien que filmées en vidéo haute définition, les images du documentaire étaient destinées à l’usage personnel de Michael Jackson ainsi que pour le making of du spectacle.
Mais plus qu’un brouillon, This is it est à prendre comme un précieux testament, épilogue exceptionnel d’une œuvre exceptionnelle. “Je ne m’attendais pas à le voir si impliqué, énergique, proche de son équipe. C’est ces images-là que je suis venu garder de lui”, confie Salim, à la sortie du Mégarama de Casa le soir du dimanche 1er novembre. “A la fin du film, on s’attend à le voir sortir de l’écran”, soupire Karim. Dur de quitter la salle.

Distribution. Combien ça coûte ?
Non, le King of pop n’a jamais tenu de concert dans le royaume, lui préférant la Tunisie en 1996. Mais le Maroc fait bien partie des 99 pays où This is it est sorti simultanément en salles le mercredi 28 octobre. Une distribution mondiale voulue bien particulière, puisque limitant initialement la durée d’exploitation à deux semaines (certains pays dont le Maroc ont vu cette durée prolongée à quatre semaines). “Les héritiers de Michael Jackson ont voulu attirer le plus de monde en peu de temps, c’est une logique de concert. En France, plus de 90 000 entrées ont été vendues avant la sortie. C’est une première”, explique Hassan Belghiti, de la société casablancaise Maghreb Modern Film (MMF). Distributeur exclusif au Maroc pour Sony Pictures, MMF a pu acheter trois copies, à hauteur de 30 000 DH environ chacune, de This is it, projeté au Rialto de Casa et aux Mégarama de Casa et Marrakech. Mais Hassan Belghiti reste silencieux sur le prix que MMF a déboursé pour les droits du film, qui viennent s’ajouter au prix de la copie. “Cher. A peu près le même prix qu’une grosse production comme Terminator ou James Bond”, évalue le distributeur. “Nous sommes actuellement en négociation pour obtenir trois nouvelles copies et faire tourner le film dans le reste du Maroc, en espérant qu’il ne sera pas piraté trop vite”. Pour l’heure, MMF rentre dans ses frais, vu le bon démarrage de This is it - 6000 entrées en 5 jours au Mégarama de Casa. “Mais avec les films, on ne sait jamais, c’est comme le poker. On aimerait avoir plus de soutien des télés et radios, comme dans les autres pays”. En un mot, hâtez-vous : This is it est en salles jusqu’à fin novembre.

 
 
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