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Par Youssef Aït Akdim
Arafat. Remember MR Palestine
Disparu il y a cinq ans, Yasser Arafat a été le symbole
des aspirations du peuple palestinien. Aujourd'hui, elles ne sont toujours pas concrétisées.
Yasser Arafat est officiellement mort le 11 novembre 2004, à l'hôpital militaire de Percy à Clamart, au sud de Paris. Comme un clin d'œil de l'histoire, l'anniversaire de sa mort coïncide donc avec les commémorations de l'armistice de la Première guerre mondiale. Et comme pour ajouter à son aura de résistant, Jacques Chirac avait |
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tenu à ce que lui soit rendu un hommage militaire, avant le transfert de sa dépouille au Caire, puis à Ramallah où il est enterré.
Cinq ans plus tard, son successeur Mahmoud Abbas a rendu hommage à son compagnon de route et premier président de l'Autorité palestinienne. La référence à Abou Ammar (son nom de lutte) est devenue incontournable à chaque crise. Symbole de l'aspiration nationale de son peuple et de la lutte pour l'indépendance de son vivant, Arafat n'est décidément pas mort en 2004. Il continue de vivre dans les têtes et les cœurs de millions de Palestiniens et d'Arabes.
Révolutionnaire
Yasser Arafat, c'est d'abord un look inimitable, comme Castro ou le Che. Une personnification de l'ethos révolutionnaire. Même les guérilleros ont un dress-code : treillis olive, lunettes de soleil et pendant longtemps la Kalach sur l'épaule. L'image du chef militaire a contribué à donner de la visibilité à la lutte armée de tout un peuple. Tout un symbole : Arafat n'abandonnera pas son treillis après les accords d'Oslo et l'installation de l'Autorité palestinienne en 1994. Le testament vestimentaire de Arafat écume les rues, de Seattle à Madrid, de Berlin à Djakarta. Le leader palestinien est indissociable du légendaire keffieh adopté par des militants altermondialistes trop jeunes pour se souvenir des accords de Washington et de sa poignée de main historique avec Yitzhak Rabin, le 13 septembre 1993.
Si le morceau d'étoffe, tenue traditionnelle dans plusieurs pays de la région, est devenu un des signes ostensibles de soutien à la Palestine, c'est grâce à Arafat. Il paraît que ce dernier en avait arrangé les plis pour reproduire la forme géographique de la Palestine historique. En 1974, le chef de l'OLP, organisation cataloguée “terroriste” par la majorité des puissances occidentales, donne un discours à l'Assemblée Générale de l'ONU. C'est une victoire de la diplomatie arabe, qui a joué de l'arme économique pour obtenir cette tribune pour les Palestiniens. Arafat goûte son heure de gloire. Il a accepté de laisser son pistolet au vestiaire, mais il a gardé son holster bien visible. Devant une AG acquise, Israël boycottant la séance, il tance la communauté internationale: “Je suis venu porteur d’un rameau d’olivier et d’un fusil de révolutionnaire, ne laissez pas tomber le rameau de ma main”.
Équilibriste
Médiatique, jouant des photographes comme une star de cinéma, Arafat était aussi un as de la tactique sur le terrain politique. Le louvoiement, le double jeu, Abou Ammar pratiquait sans rechigner. L’ex-Unfpéiste Mohamed Louma se souvient de sa rencontre avec Arafat dans la région d’Al Arkoub en 1969. La résistance palestinienne s’était installée au sud du Liban, pour mener des actions armées contre Israël. Le compagnon de Fqih Basri était à l’époque engagé dans la lutte armée aux côtés de Georges Habache, le leader du Front populaire de libérartion de la Palestine. Arafat n’avait pas alors la réputation qu’il acquiert ensuite. “Il était commandant en chef, mais en réalité il disposait d’une Jeep et de quatre hommes”, lâche Louma. En somme, “un personnage banal, pas un grand penseur mais un fin tacticien”. Hypocrite, Arafat ? “A l'époque déjà, on l'appelait la ventouse, parce qu'il embrassait beaucoup”.
Pour Louma, Arafat a été, dès le départ, “l'homme des Egyptiens”. Né au Caire, sixième enfant d'une famille gazaouie, Mohamad Abdel Raouf Arafat Al Koudoua Al Husseini décroche son diplôme d’ingénieur à l’université Aïn Chams. Très actif au sein de l’Union des étudiants palestiniens d’Egypte, il fricote un temps avec les Frères musulmans. Une proximité avec les islamistes qui sera un des atouts d’Abou Ammar quand il s’agira d’unir les rangs palestiniens. “En réalité, sous des dehors révolutionnaires, Arafat était un conservateur”, tranche Khalid Jamaï, qui a connu et fréquenté Arafat. Ce que les Occidentaux taxeront de duplicité fut la condition même de la synthèse nationale palestinienne. Au Maroc, la kadiya fait l'unanimité des forces politiques, nationalistes, gauchistes et islamistes compris.
Manipulateur
Trait de caractère ou simple instinct de survie, l'homme a toujours navigué à vue. Signant des accords pour les dénoncer quelques jours plus tard, reniant des promesses sans rougir, Arafat savait jouer la montre et le timing. Le roi Hussein de Jordanie, tour à tour rival et confident, en fait les frais lors du soulèvement de l’OLP à Amman. Ce sera Septembre noir. Chassé de Jordanie, Arafat trouve en Hassan II un allié précieux. Le souverain marocain vient d'échapper à deux tentatives de coup d'Etat et cherche à regagner une légitimité entachée au Moyen-Orient. Lors de la guerre du Kippour, en 1973, “Hassan II frappe un coup de maître en envoyant plusieurs milliers de soldats marocains dans le Golan et dans le Sinaï. Ils ont libéré la ville syrienne de Kuneitra”, raconte ce journaliste. Fort de ces faits d’armes, Hassan II obtient, au sommet de Rabat de 1974, de son cousin hachémite le roi Hussein la reconnaissance de l'OLP de Arafat comme “seul et légitime représentant du peuple palestinien”.
Rassuré par le soutien des régimes arabes qui le traitent enfin en égal, Arafat sait que le roi du Maroc peut lui ouvrir des canaux avec l'Occident : rencontre avec le pape Jean-Paul II, visite à Paris en 1983. “Hassan II était la voix d'Arafat”, résume Mahmoud Maârouf, chef du bureau de Rabat du quotidien panarabe Al Qods Al Arabi. La complicité réelle n'empêche pas les moments de crispation. En 1988, le conseil national palestinien se tient à Alger. Mohamed Abdelaziz, chef du Polisario, est invité à la tribune officielle. “Arafat nous a piégés”, raconte ce membre de la délégation marocaine. Hassan II ne tolère pas l'affront. Résultat: un discours royal violent qui fait siffler les oreilles jusqu'à Tunis où siège l'OLP. Une maladresse, d'autant que Hassan II n'a jamais joué sur les divisions entre factions palestiniennes.
Irréductible
En dépit de ses erreurs de parcours, Abou Ammar sait rebondir. La biographie magistrale que lui a consacrée le journaliste israélien Amnon Kapeliouk (Yasser Arafat, l’irréductible, Fayard, 2004) regorge d’anecdotes sur les dizaines de tentatives d'assassinat auxquelles a survécu celui qu'on surnommait "le Sphinx". Pendant la guerre civile libanaise, il change d'abri tous les deux jours. Tous ses proches collaborateurs sont assassinés, mais Arafat a la baraka. En 1985, à Tunis, il échappe de peu à un attentat israélien. En avril 1992, son avion s’écrase dans le désert libyen. Pendant quelques heures, on le croit disparu, Abou Ammar en sort miraculeusement indemne.
Après l'échec des négociations de Camp David en 2000, les mauvais coups s'enchaînent. En se rendant en septembre de la même année sur l'Esplanade des mosquées, Ariel Sharon provoque le déclenchement de la seconde Intifada. Les brigades des martyrs d’Al-Aqsa montent des attentats en Israël sans que Arafat empêche les militants du Fatah de poursuivre les attaques. “Arafat a cru qu’il pouvait rejouer la carte du terrorisme, analyse cet historien, mais il a été piégé par la guerre de Bush contre le terrorisme”.
Isolé
Arafat devient une victime expiatoire du 11-septembre. Après avoir refusé de se désolidariser du terrorisme (la première Intifada avait remis en selle une OLP exilée à Tunis), le président doit subir la foudre de Tsahal. Isolé, privé de déplacements, menacé d'élimination physique, Arafat est réduit au silence. Il attend que l'orage passe, comme à Amman en 1970, Beyrouth en 1982, Tripoli en 1983. Mais le vent a tourné et ses interlocuteurs ne semblent pas comprendre qu'il n'a plus rien à lâcher. Ni à perdre. Pas plus que celles de Bill Clinton, les pressions de George W. Bush ne forcent la paix des braves.
Abou Ammar est mort sans réaliser son rêve de prier, un jour, sur l'Esplanade des mosquées dans la capitale de l'Etat palestinien, il a légué à son peuple une lutte d'indépendance inachevée et un gouvernement affaibli par des années de gabegie, mais son bilan ne peut être celui d'un homme d'Etat ordinaire. Chef d'un mouvement de libération nationale, son plus grand mérite est d'avoir arraché par les armes et la diplomatie une place pour une nation qui aurait pu sortir de l'histoire. Pas tout à fait une place au soleil, mais déjà mieux que les souterrains de l'oubli. |
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Demain. Après Abbas ?
En annonçant il y a quelques semaines son intention de ne pas se présenter aux élections prévues fin janvier prochain, le président de l'Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a révélé au grand jour la crise ouverte au sein du Fatah, la principale mouvance du nationalisme palestinien. Depuis 2007, les islamistes du Hamas ont évincé le Fatah de Gaza. Ce qui reste de l'Autorité palestinienne, assiégée en Cisjordanie, a mal réagi lorsque Tsahal a lancé son opération “plomb durci” contre Gaza, fin 2008. Depuis, la confiance entre Hamas et Fatah semble impossible à reconstruire malgré plusieurs médiations arabes plus ou moins partiales (Egypte, Arabie Saoudite, Qatar). Malgré la division, l’AP connaît quelques timides avancées. Son Premier ministre, Salam Fayyad, satisfait les bailleurs de fonds internationaux. Ce technocrate a entamé la reconstruction des infrastructures du futur Etat palestinien, méthodiquement détruites depuis 2002. Si l’AP démissionnait (comme l’annonce une récente rumeur), Israël n’aurait d’autre choix qu'un retour à l'occupation pure et simple. Personne, pas même le Hamas, ne le souhaite vraiment. Seule figure populaire du Fatah, Marwan Barghouti purge une quintuple peine de prison à perpétuité. Et si l'ancien chef de la branche armée du Fatah devenait le Mandela palestinien ? |
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