|
Par Karim Boukhari
|
Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)
|
Foot & nif
Le football, c’est bête. Mais il se trouve que, en dehors de Dieu, c’est la religion la plus consommée dans le monde. Ce n’est plus, comme on pouvait le croire, un phénomène de pauvres, propre à nous autres, citoyens du Tiers-Monde. En France, pays qui vient d’arracher in extremis son billet pour le Mondial, Sarkozy s’est cru obligé d’y aller de son petit mot : “Ça s’est fait dans la douleur, on est content d’y être parce que c’est très important d’y être”. Tout à fait le genre de déclaration à sortir au lendemain de la signature d’un traité de |
|
non-prolifération nucléaire ou de l’arrivée d’une délégation d’hommes politiques sur la lune. Le foot, c’est fou mais ça fait réagir tout le monde, même le pape. En Irlande, où les officiels et les buveurs de bière sont mécontents parce que l’Eire vient de se faire éliminer sur un but litigieux, c’est le ministre…de la Justice qui sort de ses gonds pour demander : “Il faut faire rejouer le match”. Eh oui, il faut rejouer et tenter de gagner. Sinon… Ben, sinon, on ne sait pas. Tout est possible. Le risque est tellement gros qu’il faut être une grande, grande démocratie, et s’appeler la Suède ou le Danemark pour ne pas basculer dans l’insurrection générale et craindre un coup d’Etat suite à un match de foot perdu. C’est ce qui a failli se produire chez nos voisins algériens. Avant de gagner son match barrage contre l’Egypte, l’Algérie est descendue dans les rues pour réclamer justice…et demander la tête de Bouteflika. Carrément. Pour une histoire de “nif”, comme on dit : l’équipe d’Algérie a été très mal reçue en Egypte, ses joueurs et son public ont été traités comme des chiens galeux par leurs “frères” égyptiens. Bouteflika dans tout cela ? On lui reproche vaguement “de n’avoir rien fait” (pour protéger ses compatriotes malmenés). Il aurait pu déclarer la guerre ouverte à l’Egypte ou, au moins, rappeler son ambassadeur au Caire, que sa cote de popularité serait montée en flèche. Allez savoir s’il ne l’a pas envisagé, d’ailleurs. Dans tous les cas, on voit bien, aujourd’hui que l’Algérie a fini par gagner son ticket au paradis, c'est-à-dire au Mondial, que Bouteflika a toutes les chances d’être porté en triomphe, lui qui a failli perdre son trône, pardon son fauteuil présidentiel, pour un ballon de foot et une histoire de nif.
Maintenant, allez savoir comment nos amis égyptiens vont encaisser la défaite, eux qui en ont déjà marre d’être dirigés à vie par le Raïss Moubarak.
Viva Djazaïr
La guerre du foot, c’est de cela qu’il s’agit, nous intéresse évidemment autant que la planète entière. Car le foot, ça a beau être bête, c’est la vérité. La bataille Algérie -Egypte a au moins montré deux choses : Algériens et Egyptiens ne s’aiment pas du tout, mais Algériens et Marocains si. La “guerre” qui vient d’être gagnée par les protégés de Rabah Saâdane a été fêtée dans tout le Maroc. Les buveurs de lait ont offert des tournées générales et les gamins des rues ont couru et sautillé de joie. C’est drôle, parce que cela nous rappelle que la fraternité, non pas arabe ou maghrébine, mais simplement maroco-algérienne est une réalité. Heureusement.
Clopinettes
Tenez, même le premier tome des mémoires de Jacques Chirac (Chaque pas doit être un but, Nil Editions) renvoie au foot. Il renvoie aussi à un concept très américain : la culture de la gagne. Chirac nous raconte en 400 pages comment il a joué et gagné, parfois sans marquer de but. Il a simplement gagné en étant là où il faut, quand il faut. Pour revenir au langage du foot, celui qui a inspiré il y a quelques années un bouquin au titre surprenant (Majesté, je dois beaucoup à votre père, Ed. Albin Michel) est un homme de grands consensus et de petites concessions, quelqu’un qui sait encaisser des buts. Pour ne pas froisser son jeune public, et ne pas tomber sous le coup de la loi anti-tabac, il a accepté sous la pression de ses conseillers de censurer la couverture de son livre, une vieille photo où il posait avec une cigarette entre les doigts. Chirac fumeur, même moralement, ça fait pas propre. Surtout quand on sait que ce même Chirac, champion de la lutte anti-tabac, a fumé comme une locomotive jusqu’à la fin des années 1980. Aujourd’hui, pour continuer de marquer des buts, comme il dit, il vaut mieux ne pas afficher son addiction à la nicotine. Ça aussi, c’est très américain. |
|