N° 399
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Portrait. My name is Bey
Sortie. Il faut se souvenir du soldat Adil
Abdou Filali-Ansary. “Comment garder la foi dans la raison”
Hommage. Regraguia ou le choix du beau
LE MAG CULTURE



Pages coordonnées par Maria Daif



à Agadir, on apprécie le plaisir
du cinéma en plein air. (DR)

Festival. Education civique au Fida Doc
Du 10 au 14 novembre, le 2ème Festival international du film documentaire d’Agadir a ouvert une fenêtre engagée et émouvante sur le monde.

Le documentaire peut-il aider à construire un monde meilleur ? Au Fida Doc Souss, on assure que oui. Dans une ambiance conviviale, le 2ème Festival international du film documentaire a rassemblé une quarantaine de cinéastes et de nombreux spectateurs gadiris devant des films à l’écriture inégale, mais répondant aux problématiques
citoyennes que sont les droits de l’homme, la mondialisation et le développement durable. La création d’une réserve écologique par des “comuneros” péruviens, les destins de deux Kurdes à Istanbul, la dette d’un mineur indien immigré en France, le commerce inéquitable des fleurs au Kenya, une campagne politique rurale au Brésil, la poésie des artistes de rue en Inde… Autant d’histoires découvertes par un cinéma “qui nous rappelle que les valeurs humaines sont les mêmes dans le monde”, témoigne Lahcen Aounil, étudiant présent aux ateliers tenus pendant le Fida Doc, qui promeut le rôle “d’éducation civique et d’émancipation sociale” du documentaire, rappelle la directrice Nouzha Drissi. C’est La Pépinière du désert de Laurent Chevallier, sur les efforts de deux amis marocains pour faire revivre un village, qui a remporté le Prix du Jury, le Grand Prix revenant à La Campagne de Sao José, de Marie-Pierre Brêtas, le Prix du Public à King of India de Arvind Sinha, en plus d’une mention spéciale pour Shadi, de Myriam Khakipour, sur le combat d’une comédienne iranienne. Cerise Maréchaud


Danse. Bouchra et ses femmes
Bouchra Ouizguen se faisait désirer. Entre ciel et terre car souvent en tournée dans le monde, on se demandait si Madame Plaza, son spectacle de danse contemporaine, allait un jour atterrir au Maroc. Ce sera chose faite le 19 décembre prochain aux Abattoirs de Casablanca. Madame Plaza, c’est Bouchra et quatre cheikhate dans un vieux cabaret, après sa fermeture. Elles y chantent, et disent avec leurs corps leur sensualité et leur soif de liberté : “Ma démarche a été de les convaincre de danser avec moi autre chose…Quant à moi, je refais le chemin de l’apprentissage de la danse : je suis partie à des milliers de kilomètres pour apprendre, alors qu’à côté de moi, d’autres femmes pouvaient me transmettre quelque chose de si évident : le chemin de la liberté du corps”, explique Bouchra. Le spectacle, construit autour des quatre divas de la aïta, est non seulement une initiative artistique audacieuse, mais aussi une belle ode à la féminité. M.D.


Exposition. Le retour du Marseillais
Depuis près de trente années, Bouchaïb Maoual a choisi Marseille pour terre d’adoption. L’artiste-peintre y vit et peint, et s’est fait sans conteste une place et une carrière dans le paysage plastique du sud de l’Hexagone. Au Maroc, au détour d’expositions rares mais remarquées (à la galerie Delacroix de Tanger en 2007, à l’Institut français de Rabat en 2008), on découvre un artiste inventif, allant sans complexe de la peinture à la gravure en passant par la sculpture ou le travail des matériaux de récupération. L’art de Bouchaïb Maoual est animé par un perpétuel questionnement de la tragédie humaine, regorge de signes et de symboles forts, et est définitivement ancré à la fois dans la tradition africaine et dans l’art contemporain. M.D.
Il expose ses dernières œuvres à la galerie Bab El Kébir à Rabat, jusqu’au 12 décembre.


Cinéma. ça tourne Barons
Succès surprise au Plat pays : projeté depuis le 4 novembre dans une dizaine de salles en Wallonie comme en Flandre, Les Barons, premier long-métrage du Belgo-marocain Nabil Ben Yassir (remarqué avec son court Sortie de clown), a raflé 20 000 entrées en deux semaines et se cale en 9ème place du box-office, un exploit pour un film belge. C’est l’histoire d’une bande de jeunes immigrés marocains de Molenbeek, quartier pauvre de Bruxelles, qui tiennent le mur en ne faisant pas grand-chose, si ce n’est espérer échapper à leur destin tout tracé : devenir chauffeurs de bus. L’un d’entre eux se verrait plutôt en haut de l’affiche, en acteur comique… Réunissant les comédiens belges Nader Boussandel et Mourad Zeguendi, le Français Edouard Baer et l’Algérien Fellag, Les Barons “évite les pièges du communautarisme angélique ou revendicatif”, écrit La Libre Belgique. Une sortie au Maroc au mois de février est en cours de négociation. C.M.


Photographie. Lamia Naji y était
“Quand avez-vous vécu pour la dernière fois une expérience unique ?”. A cette question, posée (comme thème) par le prestigieux Prix BMW-Paris Photo, Lamia Naji a répondu par un cliché. “Are you there ?”, hommage à son amour perdu, a fait partie des vingt photographies exposées au Carrousel du Louvre du 19 au 22 novembre, et est en lice pour le prix BMW-Paris Photo. Depuis six ans, ce prix récompense le travail d'un photographe contemporain, présenté par des galeries participantes. Pour Lamia Naji, ce sera la galerie El Marsa (basée en Tunisie) et celle d’Abu Dhabi Art qui ont montré son travail. La photo en compétition a été tirée de Vertigo, “série personnelle et universelle”, résume Lilia Ben Salah de la galerie Marsa, qui a soufflé l'idée du concours à la photographe. Une jolie consécration pour l'artiste, qui a figé son deuil sur ses pellicules. Ayla Mrabet


FIFM. Rentrée de (master) classe
Cette année au Festival du Film de Marrakech, les désormais traditionnels master class font dans l’artillerie lourde.

C’était en 2005. 8 jeunes Marocains, férus de cinéma, bénéficiaient de la première master class du Festival International du Film de Marrakech. Ils s’en souviennent encore et racontent des étoiles dans les yeux leur rencontre avec leurs “profs”, l’Iranien Abbas Kiarostami et Martin Scorsese. Les prestigieux ateliers furent possibles, grâce à un partenariat avec Tribeca, le non moins prestigieux festival de cinéma new-yorkais. Restées dans les annales du Festival, les master class reviennent en force. Pour rééditer l’exploit, la Fondation du Festival a fait appel pour sa 8ème édition à des poids-lourds du cinéma mondial. Le 7 décembre dans la Salle des Ambassadeurs du Palais des Congrès, étudiants, professionnels du cinéma et journalistes pourront boire les paroles du chef opérateur australien Christopher Doyle (Paranoid Park de Gus Van Sant) puis ceux d’Emir Kusturica le 8 décembre (Underground, Le temps des gitans). Le jour suivant, ils écouteront religieusement l’excellentissime Jim Jarmush (Ghost Dog, Down by Low, La voie du Samouraï), et le bal des grands sera clôturé le lendemain par l’intervention du mexicain Alfonso Cuaron, scénariste de Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban. Y en a qui ont de la chance. Hicham Oulmoudane


Spectacle. Love Story
Une nouvelle version pour le moins improbable de Roméo et Juliette sera bientôt en tournée au Maroc. Sur scène : 7 danseurs hip hop, 1 circassien (entendez acrobate) et 1 acteur. Roméo et Juliette version 21ème siècle met en scène neuf artistes en baskets et fait revivre l’histoire d’amour mythique sur une bande-son mêlant musique classique, sons électroniques et jazz. Le spectacle revisite les scènes emblématiques de la pièce de Shakespeare : le bal, la bataille des Capulet et des Montaigu, le balcon, jusqu’au dénouement tragique. Le tout avec l’énergie d’une danse née dans la rue et la fraîcheur des arts du cirque. La version de la compagnie française Trafic de Styles est loin des collerettes, des robes poussiéreuses et des décors figés. Après tout, c’est de disputes entre bandes de jeunes, d’amours interdites et de promesses d’adolescents qu’il s’agit. On ne peut plus intemporel. Fatym Layachi
Le 2 décembre à l’Institut français de Meknès Le 5 décembre au Théâtre National Mohammed V (Rabat)
Le 8 décembre au Théâtre Mohammed VI (Casablanca)


Carnet noir. Révérences
La scène culturelle marocaine a perdu trois grands artistes. Mardi 10 novembre, l’artiste-peintre Regraguia Benhila s’est éteinte, à l'âge de 69 ans, aux environs d’Essaouira. Autodidacte, elle avait commencé à peindre dans les années 1980, et était considérée comme l’une des figures-phares de l’art naïf marocain (lire p.78). Mercredi 11 novembre, l’artiste plasticien Mekki Megara est décédé, à l’âge de 73 ans, des suites d’une longue maladie. Né en 1933 à Tétouan, ses œuvres avaient fait le tour du monde. Depuis le samedi 14 novembre, c’est le théâtre marocain qui est en deuil, après la disparition du dramaturge et metteur en scène Abbas Brahim. Il était à l'origine de la création d'un cours d'art dramatique au Théâtre Mohammed V, et avait eu comme étudiants Rachid El Ouali, Mouna Fettou ou encore Mohamed Khouyi. Meryem Saadi


Musique de film
Dernière ligne droite pour le film Ahmed Gassiaux, du Belgo-marocain Ismaël Saidi. C’est Rabie Kati, repéré il y a quatre ans dans Heaven’s Doors des frères Noury, qui partagera l’affiche avec Sanaa Akroud (héroïne du téléfilm Douiba), dans cette épopée historique sur le destin d’un jeune berbère orphelin recueilli par un officier du protectorat. Le film entre bientôt en mixage à Bruxelles, avant une sortie en salles espérée début 2010. Pour se plonger dans l’ambiance d’ici-là, sa BO, une musique lyrique et délicate signée par le compositeur Youssef Guezoum, est à découvrir sur Facebook.

Nomination
Le documentaire Les damnés de la mer, signé par le Belgo-marocain Jawad Rhalib, sera en compétition aux European Film Academy, dont la 22ème cérémonie est prévue le 12 décembre à Bochum, en Allemagne. L'excellent documentaire, qui témoigne de la misère des pêcheurs de Dakhla face à la concurrence des chalutiers européens et asiatiques, a déjà raflé plusieurs prix (Festival du film panafricain de Cannes, prix du public à Visions du réel de Nyon, meilleur documentaire à Envirofilm 2009 en Slovaquie, Prix Spécial Prince Rainier III) et figure parmi les dix films de la catégorie EFA documentaire 2009 – Prix Arte.

 
 
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