|
Par Meryem Saadi
Portrait. My name is Bey
Après plusieurs années de vaches maigres, Saïd Bey, 39 ans, brille désormais partout : télévision, cinéma, théâtre. Son prochain film, The Man who sold the world, pourrait être la révélation du prochain Festival de Marrakech.
A chaque fois qu’il s’installe au café de la salle du 7ème art à Rabat, Saïd Bey passe son temps à dire bonjour aux gens autour de lui. Comme tout acteur marocain qui apparaît régulièrement à la télé, il s’est habitué à sourire ou à saluer ces personnes qu’il ne connaît pas, |
|
mais qui l’appellent par son prénom. “Mon rôle dans la sitcom Lalla Fatima a dû beaucoup marquer les esprits, les gens m’en parlent très souvent”. Mais Saïd Bey (à ne surtout pas confondre avec son homonyme, chanteur de raï) n’est pas l’homme d’une seule série. Il a déjà joué dans une quarantaine de téléfilms et de sitcoms, en plus d’une quinzaine de longs-métrages et de quelques courts bien choisis, dont l’emblématique Harash de Ismaïl El Iraqi. Un vrai boulimique.
“Le plus important pour moi ce n’est pas d’avoir le premier rôle, mais de camper des personnages forts, qui ne passent pas inaperçus”, explique l’acteur, fier de la nouvelle tournure prise par sa carrière. Sa filmographie semble lui donner raison. Saïd Bey sera très bientôt à l’affiche de Aoulad Lblad, le nouveau film de Mohamed Ismaïl (Et après, Adieu mères), et surtout de The man who sold the world des frères Noury (Heaven’s door), retenu dans le très attendu Festival de cinéma de Marrakech, en décembre, et dont les échos sont déjà enthousiasmants.
La seule constante, finalement, dans le parcours de l’acteur s’appelle la diversification. Et l’implication, dans le sens physique du terme, dans les personnages et les rôles.
Adolescence à la campagne
C’est à Aïn Taoujtate, un patelin situé entre Fès et Meknès, que le jeune Saïd voit le jour. Son père, instituteur dans le seul établissement du village, l’encourage à monter sur les planches. A l’occasion de chaque fête nationale, il monte de petites pièces de théâtre avec ses camarades de classe. A l’époque, il n’y a quasiment aucun événement culturel à Ain Taoujtate. Au lycée, Saïd décide de créer une association avec ses amis, pour faire bouger les choses. “Nous ne savions même pas par quoi commencer, alors, pour avoir des idées, nous sommes allés acheter des livres à Meknès, vu qu’il n’y avait ni librairie ni bibliothèque dans notre village”, se rappelle le futur acteur. De lecture en lecture, le jeune homme se prend au jeu (du théâtre), et, bac en poche en 1991, il décide d’intégrer l’ISADAC (Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle) à Rabat. Au grand dam de son père, qui souhaitait le voir faire carrière dans l’enseignement. Le jeune Saïd quitte son village avec quelques dirhams en poche, en direction de la capitale, pour passer secrètement le concours de l’ISADAC. Séquence souvenir : “Je ne savais pas que le concours durait plusieurs jours. J’ai donc été très vite à court d’argent, ce qui m’a obligé à passer la nuit dans un jardin en face du théâtre Mohammed V”. Au final, l’étudiant parvient à faire partie des 20 chanceux qui décrochent chaque année le ticket d’entrée de l’école.
Etudes et désillusions
De retour à Aïn Taoujtate, son père lui donne sa bénédiction, et l’aide financièrement à s’installer à Rabat. Pour la première fois, le jeune homme vit dans une grande ville, et découvre cet autre Maroc qu’il ignorait. “C’était une nouvelle vie pour moi, et même entrer au Théâtre Mohammed V me paraissait incroyable”. Pendant ses quatre années d’études, Saïd Bey découvre le monde du théâtre, le cinéma, la vie. Lorsqu’il obtient son diplôme en 1996, il veut d’abord se faire un nom sur le petit écran. Mais très vite, c’est la désillusion, il réalise que ce n’est pas si facile de percer. “Heureusement que mon père continuait de me soutenir, me permettant de m’accrocher à mes rêves. C’était une période très difficile, où j’ai réalisé que les cachets n’allaient peut-être pas me permettre de vivre correctement”. Il dépose son CV dans toutes les boîtes de production casablancaises, et arrive à décrocher quelques petits rôles dans des téléfilms ou des séries, pour des cachets inférieurs à 2000 dirhams. Mais la chance commence à lui sourire lorsqu’il fait la connaissance de Mohamed Ismaïl, qui lui offre un petit rôle de harrag en instance de départ dans Et après. Saïd a trente ans, c’était en 2000. Le réalisateur, très satisfait du résultat, lui redonne sa chance quelques mois plus tard dans le téléfilm Les vagues du rivage, où il interprète pour la première fois un personnage central. “C’est certainement un tournant dans ma carrière”, nous confie l’acteur.
Ecran total
Grâce au téléfilm diffusé sur 2M, les portes s’ouvrent devant Saïry, Adil Fadili, Saâd Chraïbi ou encore Noureddine Lakhmari le contactent pour des productions télévisuelles. “Je m’implique toujours au maximum sur le plateau, même si parfois mon rôle ne consiste qu’à donner quelques répliques. Je pense que cela rassure les réalisateurs de voir que je m’implique à fond”, explique-t-il. Mais son premier rôle dans un long-métrage marocain, il l’aura en 2006, dans Parfum de mer, de Abdelhay Laraki. Dans ce drame social, il incarne Fadil, un jeune homme qui va bouleverser le quotidien d’un paisible village de pêcheurs. “Pendant toute la durée du tournage, je n’arrivais pas à me défaire du personnage. J’avais l’impression d’être lui, même en dehors du plateau”, se rappelle l’acteur. Idem lors du tournage du court mais essentiel Harash ou The man who sold the world.
Dans le nouveau film de Swel et Imad Noury, Saïd Bey, les cheveux blond platine, a encore plus de mal à se dissocier de son personnage. “Le fait d’avoir changé physiquement pour les besoins du rôle a rendu les choses encore plus étranges. A chaque fois que je sortais dans la rue, je n’avais pas l’impression d’être moi, les gens me regardaient bizarrement”. En attendant la sortie du film, ainsi que celle de Aoulad Lblad de Mohamed Ismaïl, Saïd Bey se concentre sur le théâtre (lire encadré), et profite de son temps libre pour s’occuper de son fils Chahid, âgé de 6 ans. “Il vient souvent me voir pendant les répétitions, il adore ça”. De là à croire que Bey junior marche sur les traces de papa, il n’y a qu’un pas. Que Saïd ne franchit pas. “Mon gosse a déjà compris que pour être acteur au Maroc, il faut être passionné, sinon cela tourne au cauchemar. Du coup, il n’a qu’une envie pour le moment : devenir ingénieur pour gagner plus d’argent que moi.” Bien dit, papa. |
 |
Théâtre. Sa drogue, sa vie
“J’ai régulièrement besoin d’une dose de théâtre dans mon quotidien, autrement j’ai l’impression que quelque chose manque ou ne tourne pas rond chez moi”. Pour Saïd Bey, c’est clair, le théâtre c’est la vie. Lorsqu’il organise son planning, l’acteur essaie toujours de libérer un peu de temps pour pouvoir remonter sur les planches. Depuis ses débuts, il n’a jamais tourné le dos à sa passion première. “Ce que j’aime dans le théâtre, c’est que l’on ressent la réaction du public sur place. Il y a donc beaucoup plus d’émotions que sur le tournage d’un film”. L’acteur travaille très souvent sur les pièces de son ami et acteur Driss Roukhe (auteur de Bladi mon pays et de Fallouja) avec qui il a le sentiment “d’être sur la même longueur d’ondes”. Séduit par le concept de “théâtre citoyen”, Saïd Bey a rejoint également la compagnie Dabateatr dirigée par Jaouad Essounani et Driss Ksikes. “Je les considère vraiment comme ma troupe, et même si je sais que je ne pourrai pas tout le temps jouer avec eux, je me sens totalement impliqué”. |
|
|