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par Driss Bennani
Intérieur. Le mystérieux Monsieur Hassar
Saâd Hassar est un homme réservé, presque secret. On le présente pourtant comme l’homme fort du ministère de l’Intérieur. Qu’en est-il vraiment ?
Au ministère de l’Intérieur, on croirait que les responsables se sont tous passé le mot pour répéter en chœur que le dernier homme fort du département était Fouad Ali El Himma. Depuis le départ de l’ami intime de Mohammed VI, dit-on, le ministère est en effet équitablement géré par le tandem Benmoussa - Hassar. Les deux hommes, qui se |
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connaissent depuis longtemps, ont très vite trouvé leurs marques. “En fait, confie ce cadre au ministère, nous ne sommes même pas en mesure de deviner la nature de leur relation”. Il faut dire que les deux hommes font attention aux moindres détails. Leurs bureaux ne sont ni trop proches ni trop éloignés, leurs places de parking ne révèlent rien de particulier, ils ont rarement affiché (publiquement ou pas) d’éventuels désaccords et leurs contacts sont vraisemblablement limités au cadre strictement professionnel. “On serait même tenté de croire qu’ils évitent d’apparaître ensemble en public”, fait remarquer un observateur politique. Comment expliquer une telle discrétion ? “Je crois que la consigne a été donnée pour humaniser et normaliser l’image de l’Intérieur. Le temps de "la mère des ministères" est révolu. Aujourd’hui, le département se recentre sur ses missions territoriales, administratives et sécuritaires et essaie de moderniser ses outils de travail”, explique notre observateur, qui poursuit: “il en va de même pour les hommes qui le dirigent. Le départ de Basri puis celui d’El Himma ont constitué de véritables séismes politiques. Dorénavant, et c’est l’objectif, le départ de Benmoussa ou de Hassar passerait plus facilement”, conclut-il. D’ailleurs, à l’occasion de la formation du gouvernement El Fassi, une hypothèse (crédible de l’avis de plusieurs) donnait Chakib Benmoussa au cabinet royal et Saâd Hassar à la tête de l’Intérieur. Aujourd’hui encore, on dit que les chances de ce dernier restent intactes pour 2012. Pour les défenseurs de cette thèse (qui ne déprécient pas le travail de Benmoussa pour autant), Hassar est certes un homme de l’ombre, mais il reste un apparatchik puissant et efficace avec lequel il faut compter.
Filiation positive
Plusieurs éléments contribuent à forger cette image. Il y a d’abord la filiation familiale. Saâd Hassar est en effet systématiquement présenté comme le neveu du tout-puissant général Housni Benslimane. Il a grandi dans une famille “makhzénienne”, proche du Palais et alliée à d’autres grandes familles comme les Khatib, les Boucetta ou les Laraki. “De cette filiation, il a gardé une sorte de flegme, de détachement. Il est par exemple rarement affecté par ce qui se dit ou ce qui s’écrit sur lui. Parfois, il donne même l’impression de se considérer au-dessus de la mêlée sans être méprisant pour autant”, dit de lui un collaborateur. Depuis qu’il a décroché le portefeuille de l’Intérieur, en 2002, Saâd Hassar cultive une discrétion maladive. Très peu de photos circulent de lui dans les rédactions, il n’a presque jamais donné d’interview et ses apparitions en public se limitent à quelques cérémonies officielles. “C’est un visage familier mais qu’on ne reconnaît pas de suite”, résume à raison un cadre à l’Intérieur.
Dans la vie de tous les jours, Hassar est pourtant un homme affable, voire un peu paternaliste. “Il écoute beaucoup et n’hésite pas à vous tapoter l’épaule ou demander de vos nouvelles”, confie un collaborateur. Travailleur acharné, il est aujourd’hui présenté comme l’un des cadres les plus imprégnés de la culture maison. Etrange, puisque Saâd Hassar boucle à peine sa septième année au ministère de l’Intérieur. “Vous oubliez qu’il y a eu beaucoup de nettoyage depuis 1999. Et puis Saâd Hassar a, depuis longtemps, servi dans l’administration publique et dans le cabinet royal. C’est un pur produit du Makhzen”, nous fait remarquer un observateur.
Administration toutes!
La carrière du jeune Saâd Hassar commence en effet dès 1975. A seulement 21 ans, il est nommé chef de service à l’inspection générale du ministère des Travaux publics. Diplômé de la prestigieuse Ecole spéciale des travaux publics à Paris (ESTP), il ne tarde pas à décrocher son premier poste de responsabilité en 1980, en tant que directeur de développement de l’ODEP (Office d’exploitation des ports). Son mentor porte alors le nom de Abdelaziz Meziane Belfqih, conseiller très écouté de Hassan II. Et son oncle, Housni Benslimane, est, déjà à l’époque, commandant de la Gendarmerie royale. On ignore d’ailleurs lequel des deux hommes le recommande, au milieu des années 1980, pour intégrer le cabinet royal. Le jeune ingénieur y supervise des projets qui tiennent particulièrement au cœur du monarque défunt, comme l’université Al Akhawayn à Ifrane ou le projet de “Sala Al Jadida”, première ville nouvelle du Maroc indépendant. En 1998, sa nomination à la tête de l'Administration de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie, grand corps de l’Etat, ne suscite guère l’étonnement. Il y fait son apprentissage du terrain. “Au Cadastre, on apprend à qui appartient véritablement le Maroc. On y est sensibilisé aux questions tribales, aux richesses de chaque région et leur potentiel de développement. C’est un passage formateur”, affirme un ancien de la maison. Avec l’accession au trône de Mohammed VI, Saâd Hassar fait donc déjà partie de cette caste d’ingénieurs gestionnaires, chargés d’appliquer le fameux “nouveau concept de l’autorité”.
Le passage de Saâd Hassar à l’Intérieur se fait donc tout naturellement en 2002. Mais l’homme est directement propulsé wali directeur général des collectivités locales, de nouveau un poste stratégique. Hassar y supervise l’action de l’ensemble des gouverneurs et walis du pays. Rapidement, il devient incollable sur les équilibres politiques dans les grands centres urbains, ce qui lui permet notamment de juger du poids dont y bénéficient les islamistes. Rien ne lui échappe jusqu’aux querelles entre notables même dans les régions les plus reculées du royaume. “Cela explique d’ailleurs son implication grandissante dans la nomination de responsables de l’administration territoriale”, note une source en interne.
Complémentarité exemplaire ?
A quoi ressemblent ses relations avec Fouad Ali El Himma à cette époque ? “RAS”, répondent en chœur les responsables du ministère. En 2006, Hassar est nommé secrétaire général du ministère de l’Intérieur, autant dire le numéro 3 du département. Une année plus tard, il hérite du poste de Si Fouad et intègre, pour la première fois, une équipe gouvernementale. Il ne déroge pas à sa légendaire réserve pour autant. Avec Chakib Benmoussa, le partage des tâches s’impose presque de lui-même. “Pour faire court, disons que Benmoussa est le stratège, là où Saâd Hassar est le patron exécutif”, résume une source qui a travaillé avec les deux hommes. Exemples parmi d’autres : quand Chakib Benmoussa vend le projet d’autonomie à l’international et mobilise les partis politiques, Saâd Hassar, lui, s’occupe des équilibres entre les tribus et prête une oreille attentive aux “chioukh” les plus influents. Quand le ministre de l’Intérieur met en place une stratégie pour combattre la criminalité (carte biométrique, réduction de la pauvreté, réforme des prisons, etc.), son ministre délégué coordonne avec les différents corps de sûreté pour gérer les pics de criminalité, installer des barrages, etc. Au sein du département, Hassar passe également pour un as du découpage électoral et de gestion des collectivités locales. Grâce à cette apparente complémentarité, les deux hommes ont réussi un pari impossible : ne pas créer de clans autour d’eux. Du moins pour l’instant… |
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Zoom. Le cas Mounir Chraïbi
Tous les observateurs se sont arrêtés sur le même détail : la commission d’enquête sur les élections communales de 2007 à Marrakech ne fera pas dans la dentelle puisque présidée par Saâd Hassar en personne. Quand le ministre délégué à l’Intérieur (et véritable architecte des cartes électorales) débarque dans la ville ocre, il ne perd pas de temps et assiste à toutes les auditions. “Il était systématiquement à l’heure alors que Chraïbi se permettait d’arriver en retard”, raconte une source en interne. Au terme de quelques jours d’enquête, la sentence est sévère. Mounir Chraïbi, pourtant brillant technocrate, est sèchement relevé de ses fonctions. La commission d’enquête lui a notamment reproché de ne pas avoir signalé la disparition de bulletins de vote. La version officielle parlera également de “dysfonctionnements dans l’organisation de la wilaya”. “En fait, explique notre source, Hassar a reproché à Chraïbi son manque de réactivité et de technicité territoriale. Il n’était pas suffisamment imprégné par la culture maison. Et cela ne pardonne pas avec Saâd Hassar, véritable gardien du temple depuis le départ d’El Himma “, conclut notre source. |
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