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Par Wafaa Lrhezzioui
Rencontre. L’auberge tangéroise
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L’ex-ministre israélienne Tzipi Livni, à la tribune des MEDays. (AFP)
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Les deuxièmes MEDays, forum de diplomatie internationale organisé par le fils du ministre des Affaires étrangères marocain, ont été marqués par la participation, longtemps en suspens, de l’Israélienne Tzipi Livni. Reportage..
Une image marquera particulièrement la deuxième édition des MEDays de Tanger. Au premier plan, Tzipi Livni et Rafiq Hussaini tout sourire. L’ex-ministre des Affaires étrangères israélienne et le chef de cabinet du |
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président palestinien Mahmoud Abbas se serrent la main devant l’inévitable inscription “Sous le haut patronage de Sa Majesté Mohammed VI”. Tout un symbole. Les responsables de l’Institut Amadeus, organisateur de ce forum méditerranéen, ne pouvaient rêver meilleure publicité. Brahim Fassi Fihri, fils du ministre des Affaires étrangères, et ses deux acolytes, Mekki Lahlou et Younès Slaoui, semblent, de fait, à l’aise entre les agents du Mossad et les personnalités de haut rang qui ont envahi, du 19 au 21 novembre, l’hôtel Mövenpick sur le cap de Malabata, réquisitionné pour cette grand-messe. Ce qui n’est qu’une énième poignée de main, entre des dirigeants israélien et palestinien, représente tout de même une réussite pour ce think tank, créé il y a moins de 18 mois. Et tant pis pour ceux qui crient à la trahison. En élargissant le champ, on prend la mesure d’un événement qui échappe aux trois mousquetaires fraîchement diplômés dans leurs costumes bien taillés. La main de Rabat ne saurait être étrangère au déroulé de ces rencontres qui augurent d’une évolution des relations diplomatiques avec Israël.
Diplomatie parallèle
Ce rapprochement de l’initiative, officiellement privée, de l’Institut Amadeus et de la diplomatie du royaume, les organisateurs eux-mêmes ne la réfutent pas. “Le Maroc a développé une politique de la main tendue pour débloquer le conflit israélo-palestinien et MEDays va dans ce sens”, arguent-ils, en substance, face aux critiques. Amadeus, think tank “indépendant” donc, comme tient à le préciser la MAP, s’est rallié à la position officielle. “Cette invitation s’est faite en accord avec la délégation palestinienne présente. Les deux parties étaient demandeuses d’une rencontre dans un pays arabe”, affirme Younès Slaoui, vice-président de l’Institut. “Cette posture d’écoute des Palestiniens est une constante dans la gestion par Rabat de son rôle de négociateur dans le conflit au Moyen-Orient”, commente un fin connaisseur de ce dossier.
Certains parlent de diplomatie parallèle, d’autres de diplomatie héréditaire. Ce sera d’autant plus flagrant que la Déclaration de Tanger, document final lu en clôture par Brahim Fassi Fihri, prônant la coexistence de “deux Etats souverains” avec “un État palestinien ayant pour capitale Jérusalem-Est”, ainsi qu’“un retour aux frontières de 1967 et l’arrêt immédiat des colonisations”, fera écho au discours prononcé, lors de l’ouverture du forum, par son père, chef de la diplomatie de son état, reprenant la solution défendue par la nouvelle feuille de route américaine. Au cours de cette cérémonie, les organisateurs avaient attribué le Grand prix MEDays à George Mitchell, envoyé spécial du président Obama au Proche-Orient, et le Prix de l’environnement au roi Mohammed VI. Le ton était donné…
Taïeb Fassi Fihri a profité de la présence dans le royaume de ses homologues étrangers pour multiplier les entretiens. Il aura ainsi l’occasion d’évoquer, de manière plus informelle, les grands dossiers de la diplomatie marocaine (statut avancé, relations avec l’Afrique, Sahara, Proche-Orient, etc.).
Davos du Sud
Officiellement, les rencontres MEDays avaient d’abord pour objectif de traiter des différentes problématiques du “co-développement”. Au menu, une vingtaine de thèmes ont été débattus : la crise économique, la lutte contre le terrorisme, l’immigration ou encore la santé et les questions énergétiques. Dans les salles du chapiteau, prévu à cet effet, près de 1000 participants, experts, membres de centres de recherche étrangers, hommes d’affaires et étudiants enchaînent les conférences. L’Institut Amadeus s’est donné les moyens pour représenter le “Davos du Sud”. C’est en tout cas l’ambition affichée des organisateurs de MEDays qui ont voulu donner la parole à des personnalités variées. La députée européenne Rachida Dati est venue défendre le projet, rappelons-le sarkozyste, d’Union pour la Méditerranée, affirmant à cette occasion que le Maroc n’avait rien à gagner d’une intégration à l’Europe. Notre ministre de l’Industrie, Ahmed Reda Chami, a, lui, prôné une union économique avec le voisin algérien. Et le ministre colombien de l’Intérieur est venu témoigner de l’expérience de son pays dans le domaine de la lutte antidrogue.
Près de 170 intervenants ont donné de la voix pendant trois jours, pour cette deuxième édition des MEDays, qui a nécessité une logistique impressionnante : des centaines de personnes à pied d’œuvre et quatre sociétés sous-traitantes. Le forum brasse un budget de 10 millions de dirhams. Mais Amadeus peut se le permettre. L’OCP, dont le dirigeant Mustapha Terrab est le co-président du comité scientifique d’Amadeus, sponsorise l’événement, aux côtés de la BMCE, Attijariwafa bank et autres généreux mécènes.
Amadeus et les MEDays, c’est un peu l’histoire d’une start-up devenue multinationale. L’association Amadeus, fondée en 2005, est transformée en juin 2008 en Institut. “C’était un défi, explique Younès Slaoui. Mais on a eu la chance de venir combler un vide. Et, au Maroc, comme dans de nombreux pays en développement, une grande chance est donnée aux jeunes”. Les plus médisants ajouteront : surtout quand on est fils de… |
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Zoom. Tzipi Livni en guest star
Contrairement à ce qui a été annoncé, Livni a bien effectué le déplacement à Tanger. Jeudi 19 novembre, tenus à bonne distance de l’hôtel Mövenpick par un important dispositif de sécurité, près de 250 personnes, dont des sympathisants du PJD, scandent leur opposition à la venue de celle qu’ils considèrent comme une une “criminelle de guerre”. Les membres du Collectif d'action nationale pour le soutien au peuple palestinien et à l'Irak accusent l’ex-ministre des Affaires étrangères d’être responsable de l’offensive israélienne sur la bande de Gaza, lancée en décembre 2008. L’Institut Amadeus se contente de confirmer la présence de Livni, invitée comme “leader de l’opposition”. Cette colombe du parti de centre-droit Kadima a, de nouveau, défendu la solution des deux Etats distincts à Tanger. “Je suis d'accord avec la création d’un Etat palestinien, mais pas avec le terrorisme”, a t-elle déclaré. En réaction à sa visite, trois autres invités ont annulé leur participation. Livni, elle, aura passé moins de 24 heures à Tanger. Selon un quotidien arabophone, l’ex-ministre aurait ensuite rejoint Marrakech puis Casablanca, où elle aurait dîné avec Serge Berdugo, secrétaire général du Conseil de la communauté juive du Maroc. Ce dernier n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. |
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