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Par Nina Hubinet,
correspondante au Caire
Egypte-Algérie. Football sur terrain… diplomatique
Les querelles égypto-algériennes en marge des matchs de qualification pour la Coupe du Monde de football ont provoqué une véritable crise diplomatique entre les deux pays. Décryptage.
Ils doivent savoir qu’ils ont commis une grave erreur contre un grand pays, et qu’ils vont subir les conséquences de la colère de l’Egypte”. C’est par ces propos menaçants, tenus lundi lors d’une interview |
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télévisée, que Gamal Moubarak, le fils du président égyptien, a mis en garde ceux “qui ont planifié, facilité ou provoqué les agressions” contre les supporters égyptiens lors du match d’appui Algérie - Egypte du 18 novembre à Khartoum. La veille, son père avait déjà lancé l’offensive contre l’Algérie tout en prenant soin de ne pas citer directement le pays lors du discours inaugurant la cession 2009-2010 du parlement égyptien. Après le rappel de l’ambassadeur égyptien en Algérie le 19 novembre, ces déclarations officielles confirment que ce qui a commencé comme une banale querelle footbalistique entre l’Egypte et l’Algérie, s’est transformé en un imbroglio médiatico-diplomatique.
Kadhafi médiateur
Pour tenter de résoudre ce différend, l’Egypte et l’Algérie ont accepté mardi la médiation proposée par le guide libyen, Mouammar Kadhafi. Un dernier épisode qui ne manquera pas de faire sourire à l’étranger. Mais en Egypte, on est loin de prendre cette histoire à la légère. “Ce qui se passe n’a plus rien à voir avec le football. Ce que les Algériens ont fait à Khartoum est très grave”, assure Faïza, une Cairote de 21 ans. Que s’est-il passé à Khartoum, avant et après le match d’appui Algérie-Egypte ? D’après les autorités soudanaises, quatre personnes ont été blessées dans des affrontements entre supporters. Le ministre de la Santé égyptien, Hatem El Gabali, a fait état de 21 Egyptiens “légèrement blessés”, notamment lorsque les bus transportant des supporters égyptiens de retour du stade ont été caillassés.
Mais dans les médias égyptiens, la version est tout autre: une véritable chasse à l’homme aurait eu lieu dans les rues de Khartoum, des hordes d’Algériens armés de couteaux et de machettes poursuivant les Egyptiens terrorisés. Mohamed Fouad, un chanteur populaire qui avait fait le déplacement au Soudan, a ainsi appelé une émission de télévision pour raconter en direct qu’il était poursuivi par une bande d’Algériens et décrire un “bain de sang” autour de lui. Plusieurs chaînes de télévision ont annoncé, sans aucune preuve, que des Egyptiens étaient morts à Khartoum, une information démentie ensuite par les autorités égyptiennes. Sur Internet, des images amateurs de soi-disant supporters algériens brandissant des couteaux (semble-t-il tournées quelques années auparavant en Algérie) ont été vues par des milliers d’Egyptiens. “Le gouvernement algérien a libéré des criminels pour les envoyer par avion au Soudan et leur a fourni des armes”, soutient Marwan, un chef d’entreprise d’une quarantaine d’années, reprenant l’une des rumeurs diffusées par la presse égyptienne. En conséquence, des centaines de personnes ont manifesté les 19 et 20 novembre, devant l’ambassade algérienne au Caire. Les affrontements avec les forces de l’ordre ont fait 35 blessés, dont 11 policiers. “Si les footballeurs égyptiens ont mal joué à Khartoum, c’était pour protéger leurs concitoyens présents à Khartoum”, affirme de son côté Amr Adib, un présentateur télé proche du régime et très populaire, qui a été l’un des premiers à lancer l’offensive médiatique contre les Algériens.
Car l’ambiance électrique qui a entouré la première rencontre au Caire, le 14 novembre, n’est pas apparue du jour au lendemain. Pendant des semaines, les fans de foot égyptiens et algériens se sont insultés par forums Internet interposés. En diabolisant l’adversaire, les médias ont attisé une rivalité ancienne. Les deux équipes se sont en effet affrontées plusieurs fois pour une place en Coupe du Monde. Un match de qualification similaire avait donné lieu à des émeutes en 1989, au Caire.
Sur le plan politique aussi, les deux pays-phares du “socialisme arabe” entretiennent une relation d’amour-haine : l’Egypte de Nasser a fourni des armes au FLN lors de la guerre d’indépendance algérienne, gagnant ainsi une position de “grand frère” par rapport aux Algériens. Mais ceux-ci ont ensuite reproché aux Egyptiens d’avoir signé la paix avec Israël… Et chaque pays dénonce l’arrogance de l’autre. “Vous nous parlez d’arabité mais vous dites en français ‘L’Algérie’”, se moque un rappeur égyptien dans une chanson composée juste avant le match.
Emballement médiatique
Dans ce contexte, le caillassage du bus des joueurs algériens, à leur arrivée au Caire le 12 novembre, a mis le feu aux poudres. “Ils ont cassé les vitres de l’intérieur, c’était un coup monté pour faire annuler le match”, affirmait ainsi Mohamed, un étudiant en droit, peu avant la rencontre. Cette version a été adoptée par les médias égyptiens et la population comme une évidence. “Les Egyptiens sont sympathiques et chaleureux. Mais depuis un mois la télévision répète que les Algériens détestent les Egyptiens, qu’ils sont racistes… Donc, ce qui s’est passé n’est pas étonnant”, se désole Azzi, 28 ans, un Algérien qui fait des études de sciences politiques au Caire et travaille dans un centre d’appels. Après le match, remporté 2-0 par les Pharaons, quatre bus de supporters algériens ont été caillassés, et des affrontements ont éclaté entre les deux camps, faisant une trentaine de blessés. Ensuite, la machine médiatique s’est emballée : plusieurs journaux algériens ont affirmé que des supporters des Fennecs étaient morts dans ces affrontements. En Algérie, des groupes de jeunes ont alors saccagé les locaux d’Egypt Air et de Djezzy, une filiale du groupe égyptien Orascom, causant des millions d’euros de dégâts. Depuis, des centaines d’Egyptiens vivant en Algérie ont quitté le pays, tandis que le climat devient détestable pour les Algériens résidant en Egypte. “Quand je parle français au téléphone, on me demande tout de suite si je suis Algérien. Quand je réponds que je suis français, ça ne fait aucune différence, je me fais systématiquement insulter”, raconte Karim, un Français d’origine algérienne qui travaille dans une entreprise française au Caire.
Tandis qu’une minorité d’Egyptiens tente de calmer les choses (lire encadré), le gouvernement suit le déchaînement médiatique en promettant de défendre la dignité des Egyptiens attaqués. Le regain de patriotisme occasionné par cette querelle est tout à son avantage. Le fils aîné du Raïs, Alaa Moubarak, est ainsi devenu subitement populaire en traitant les supporters algériens de “terroristes”. “L’instrumentalisation politique du football est universelle, parce que c’est un langage qui parle à tout le monde”, analyse Christian Bromberger, professeur d’anthropologie à l’université d’Aix-en-Provence et spécialiste du football. “Mais ces élans patriotiques sont éphémères : les gens ne sont pas idiots, une fois revenus à leur quotidien, ils voient bien que ce n’est pas à coups de victoires sur un terrain de football que les problèmes peuvent être résolus”. |
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Appels. Le match des intellectuels
L’initiative a été lancée mardi par Gamal Fahmy, l’éditorialiste de l’hebdomadaire nassériste Al Araby : quelques dizaines d’artistes et d’intellectuels égyptiens ont décidé de lancer un “Appel à la rationalité et à la conscience” pour combattre ce qu’ils perçoivent comme un détournement du sentiment national. Les écrivains Alaa Al Aswany et Sonallah Ibrahim, ou encore le sociologue Galal Amin sont signataires de cet appel, qui espère mettre un terme à la querelle diplomatique qui a éclaté entre l’Egypte et l’Algérie. “Il faut commencer par faire preuve de retenue et d’honnêteté, notamment de la part des médias égyptiens”, souligne Gamal Fahmy. Le même jour, un groupe de cinéastes et d’acteurs égyptiens, dont le célèbre Omar Sharif, se sont rassemblés au pied des pyramides de Gizeh pour annoncer, au contraire, leur décision de boycotter l’Algérie. Le match entre les intellectuels ne fait que commencer… |
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