N° 400
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari



Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)

Les 400 coups
Cela fait très exactement 400 numéros que TelQuel existe. Qui l’aurait cru ? A sa naissance, votre journal préféré a été hâtivement catalogué fanzine, ou mag pour ados attardés. La vérité, c’est que TelQuel est resté ce fanzine et ce mag de boutonneux, tout en se développant pour s’ouvrir à bien d’autres choses. Une manière d’avoir le beurre et l’argent du beurre, parler des rêves de gosse et de l’archaïsme de la construction du pouvoir, combiner entre la dernière ou la future tendance de petite consommation et la complexité de l’identité
marocaine, mixer Bigg, Dieu et le brushing qui fait fureur. Mais dans le même élan, avec un bonheur égal, la même grille de lecture, de la rigueur et du fun, du sérieux et du talent, et toujours, toujours, une vraie liberté de ton. C’est que les gens qui font ce magazine ont pris de la bouteille et ont eu le temps de voir venir, en accusant 8 ans de plus au marquoir. Hier ils avaient 20, 30 ans. Aujourd’hui, c’est des quadras bon teint, ou des trentenaires à qui on ne la fait pas, en tout des gars endurcis par les épreuves et le temps qui passe. Changer n’est pas le mot. Evoluer, voilà. Ce magazine l’a fait. Il a évolué, au fil des saisons, au gré de l’actualité et de l’état de forme ô combien versatile de ce pays, le nôtre. Et c’est très bien comme ça. Au fond, TelQuel n’est que le produit d’une époque et d’un contexte. Une affaire que l’on a voulu purement marocaine. Les gens qui composent ce journal reflètent bien la mosaïque socio-culturelle du pays : il y a un peu de tout, l’ancien ceci côtoie le futur cela, il y a l’anar, la fille de bonne famille, l’intello, le rock‘n’roll, l’universitaire. Tous tirent dans le même sens et obéissent à la même règle. Celle du travail de pro, réfléchi, bien fait, nickel. S’il y a une devise à laquelle nous croyons, en plus de la laïcité, de la modernité et de la citoyenneté, c’est bien celle du travail.

La rupture, camarades
Il faut croire que ceux qui nous aiment et nous font confiance sont plus nombreux que les autres. Les autres ? Ben oui. Aujourd’hui encore, certains trouvent le moyen de nous taxer de “sionistes” ou de “monarchistes” pour justifier le succès de cette publication. C’est plus amusant qu’autre chose. En même temps, cela renvoie à une mentalité de sous-développés qui considère que le succès d’une personne ou d’une entreprise ne peut pas reposer sur le travail. Quand notre magazine a poussé lentement mais sûrement jusqu’à devenir l’indiscutable numéro 1 de la place, on a “justifié” sa réussite par son prétendu “sensationnalisme” ou, tenez-vous bien, par sa “proximité avec le Palais”. Ainsi, lorsque TelQuel est condamné par un tribunal, saisi et détruit par la police, ou boycotté par des annonceurs institutionnels, avec d’énormes pertes à la clé, cela reste “un coup de pub savamment orchestré” ou “un trompe-l’œil perpétré par ceux-là mêmes qui défendent ce journal”. Bon, bon. Le ridicule n’a jamais tué personne. Et l’essentiel a toujours été ailleurs. Dans le travail, bien entendu. Nous, produits de Descartes, Lyautey, mais aussi de l’école marocaine, de la Scouila et du Msid, nous, donc, collectif (et non collection) d’individualités adultes et vaccinées, n’avons jamais eu la prétention d’inventer la poudre. Mais simplement l’ambition de chercher les clés pour comprendre, avec vous et pour vous, le Maroc, celui d’hier et d’aujourd’hui. Nous n’avons pas hésité à explorer les zones d’ombre de notre marocanité, ses tabous. Nous avons démonté des mythes et des légendes comme des prisonniers brisent leurs chaînes : pour s’affranchir et respirer. Pour être libres. C’est cette démarche qui nous a poussés, avant les autres, ou plus, ou mieux que les autres, à vous parler de ce qui vous intéresse : la fameuse triade Dieu - le roi - le sexe, mais aussi l’amazighité, le kif, la schizophrénie sociale, l’homosexualité, le célibat, la Moudawana, le cinéma, la littérature, la Nayda, le Moi, etc. Précurseurs, ou démineurs, ou simplement décrypteurs, nous avons été et restons fidèles à la tradition de “lire” notre époque et notre monde, et à confectionner un journal qui nous ressemble et vous ressemble. Comme François Truffaut dans son genre et à son époque, nous avons fait nos 400 coups et nous n’avons aucun complexe à vous en parler. Après, on peut appeler cela nouvelle vague ou y voir simplement des relents de “sionisme” ou de “monarchisme”. Vous le savez bien : on s’en fout un peu.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés