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Par Cerise Maréchaud
Audiovisuel. Films sans fil
Démocratiser la création et repérer les jeunes talents de l’ère 2.0 : tels sont les objectifs du Mobile Film Festival, concours de films d’une minute tournés avec un téléphone portable.
Et si le téléphone portable était la caméra Super8 du 21ème siècle ? C’est le pari de Mobile Film Festival, un concours qui sélectionne les meilleurs films d’une minute tournés avec un téléphone mobile… accessoire devenu aujourd’hui quasi indispensable à plus d’un Marocain |
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sur deux. “Et au Maghreb, le Maroc est leader dans les nouvelles technologies et la cinématographie”, avance Clotaire Thomazo, directeur de Art Up, jeune agence rbatie née en 2008 et visant la production de jeunes talents. “A l’ère du 2.0 (le Web interactif et participatif), le Mobile Film Festival Maroc se veut un espace d’expression et de promotion de la création par l’image”, dans un pays qui sent grandir le potentiel de son secteur audiovisuel.
Liberté sans limites
“Dans l’histoire du cinéma, ce sont les révolutions techniques qui ont influencé la création, explique Bruno Smadja, concepteur en 2006 de cet évènement né en France avant d’être décliné en Allemagne, puis à Tahiti et sous nos cieux. Le 16mm a permis la Nouvelle vague et sa liberté d’image, la steadycam a rendu possibles les travellings délirants de Stanley Kubrick dans Shining, l’arrivée de la vidéo a donné naissance à Dogma (ndlr : mouvement fondé par le Danois Lars Von Trier et prônant un cinéma sans artifice)… Le téléphone mobile nous est apparu comme le prolongement de cette évolution”. Avec sa petite taille, son côté passe-partout, “la liberté de la caméra devient sans limites”, ajoute-t-il. “De plus en plus de réalisateurs utilisent eux-mêmes le téléphone portable en repérages”, poursuit Bruno Smadja, qui a vu en quatre ans son évènement prendre du galon, la preuve par l’édition 2009 : “335 000 visiteurs uniques sur le site en un mois, 300 films postés et 51 sélectionnés, et Claude Lelouch en président du jury”.
A la tête du jury marocain, Noureddine Lakhmari. Le réalisateur de Casanegra a la cote et sied parfaitement à la “génération YouTube” que vise le MFF, ces 15-34 ans qui ont “un rapport désacralisé, non intellectualisé à l’image”, analyse Bruno Smadja. L’objectif premier de MFF n’en est pas moins la création : il ne s’agit pas de faire croire que n’importe qui peut faire un film, mais d’“abattre les frontières technologiques et économiques, de démocratiser l’accès au cinéma, un art qui coûte très cher, explique Clotaire Thomazo. D’autant que la qualité des outils a beaucoup augmenté avec les mobiles 3G”, En France, en 2008, un long-métrage tourné avec un téléphone portable (J’aimerais partager le printemps avec quelqu’un de Joseph Morder) a été distribué pour la première fois en salles.
Ecrire un scénario
Mais pour l’heure, l’idée du MFF n’est pas de faire du cinéma sur mobile une fin en soi, mais de jouer son rôle de pépinière, de tremplin. “Le Maroc est un vivier de talents. Le cinéma, avant la technique, c’est avoir un œil. Et dans le MFF, les règles du cinéma sont respectées, il faut écrire un scénario, ce n’est pas du reportage. D’où cette contrainte d’une minute qui oblige à la créativité”. Si le MFF se veut accessible à tous, ses lauréats (en France) ont déjà un fort rapport à l’image, ils sont techniciens, artistes, assistants-réalisateurs, étudiants en audiovisuel, et certains ont commencé à se faire un nom, comme le Comité de la claque ou la bande de Placieux Production (avec la Web-série Hors Forfait).
“C’est un très bon exercice. Même si tu tournes avec tes pieds, si ton histoire est bien bouclée le film est bon”, assure Issam Kounda, 26 ans. Ce diplômé des Beaux-Arts de Bordeaux et d’une école de design et d’architecture, aujourd’hui chef décorateur pour un court-métrage, est en préparation pour son “Mobile Film” d’une minute. “L’histoire n’est qu’un prétexte pour exprimer ce que j’ai envie d’apprendre”. Loin de prendre la chose à la légère, Issam réfléchit à son casting et a élaboré son synopsis à partir d’une citation d’Alfred Hitchcock : “Il n’y a pas de terreur dans un coup de fusil, seulement dans son anticipation”, récite Issam qui, dans son “Mobile Film” Ah ! Ce n’est que ça !, veut exploiter cette “attente dans laquelle s’engouffrent toutes les projections”. Khalil Mounji, 22 ans, lauréat d’une école de communication et aujourd’hui responsable multimédias, a voulu tester la technique du “stop motion”, ou “image par image” : le résultat, Gnawi Motion est un bel effet d’optique sur “comment la musique donne vie aux humains”. “Je voulais aussi faire quelque chose de différent par rapport à ce qui a déjà été posté”, poursuit l’apprenti cinéaste.
Flingues, courses-poursuites et coups de couteau
De fait, sur la vingtaine de vidéos présélectionnées sur le site du MFF Maroc, une majorité reproduit les clichés des films de guerre, de caïds ou de mafia, avec force flingues, courses-poursuites et coups de couteau, où la violence et la mort tiennent lieu de dramaturgie (Mafia X de Khalid El Widadi, Kehal fel kehal et Malik Shayaten de Reda El Bouadli, Lhogra de Saïd El Widadi, …). “J’associe ça à la culture hip hop au sens large. Certes il n’y a pas de scénario, mais la technique est très prometteuse !”, avance Clotaire Thomazo. Manque de créativité ? “Les candidats ont en tout cas implicitement compris qu’il s’agit de cinéma et non de reportage ou de vidéogag”, poursuit-il.
En France, les lauréats de MFF 2009 ont misé sur le rêve, le bizarre ou l’humour : dans Faire le mur de Baptiste Kasprowicz, prix du meilleur plan séquence, un homme marche le long d’un couloir et défie les lois de la gravité sans effets spéciaux, grâce au seul mouvement de caméra. Le prix spécial du public, Menace II Mobile de Dembele Soun, invente une conversation de gangsters à la Tarantino avec un seul et même acteur campant les quatre personnages grâce à un astucieux montage. Dans Mon quart d’heure, de Yohann Delozier, prix du jury, un jeune banlieusard se raconte à la première personne entre fantasme et réalité, avec l’ironie et le décalage pour seul effet de style. Clotaire Thomazo, lui, ne désespère pas de recevoir des films un peu plus originaux. “Comme en France, les trois-quarts des vidéos vont être postées dans les dix derniers jours avant la clôture”.
Comment ça marche ?
Depuis le 5 octobre et jusqu’au 5 décembre, les cinéastes 2.0, amateurs ou professionnels, peuvent envoyer leurs films d’une minute maximum, tournés exclusivement avec un téléphone mobile et préalablement montés, sur le site du festival (www.maroc.mobilefilmfestival.com). La cérémonie de clôture se tiendra au Théâtre Mohammed VI de Casablanca le 17 décembre, avec remise des prix. Au prix du jury, le sponsor Maroc Telecom offre un PC portable ; le gagnant du prix du meilleur scénario (car il s’agit bien de cinéma) empoche la somme de 2000 DH ; le vainqueur du prix du public (les votes se font par Internet sur le site du festival) remporte une formation à l’école d’audiovisuel Studio 2M à Casa ; quant au lauréat du prix du meilleur film des écoles de cinéma, il est d’office promu stagiaire sur le prochain tournage de Noureddine Lakhmari, président du jury. |
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