N° 400
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

ZB vous prévient : Facebook va se transformer en entreprise de chantage à grande échelle

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria.
né en 1976 à guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque.


Zakaria Boualem fait régulièrement face à la question suivante : mais qu’a-t-il donc fait pendant les quatre mois de son absence ? La réponse tient en un mot : Facebook. Il faut savoir que cet étonnant outil, conçu à la base pour rapprocher les gens, a coupé le bon Boualem de toute vie sociale. Comment en est-il arrivé là ? Il a commencé, comme tout le monde, par créer son profil. De façon assez inexplicable, il a assez rapidement disposé de 243 amis tous prêts à écouter ses jérémiades, voire à y répondre. Il a trouvé ça formidable, lui qui n’a jamais eu plus de trois amis dans la vraie vie. Il s’est alors mis à informer ses 243 amis de ses moindres faits et gestes et ce plusieurs fois par jour. Exemple concret : le 25 juin 2009, fait rare, Zakaria Boualem se réveille le matin en pleine forme. Il se jette sur Facebook pour en informer le reste du monde. Il écrit donc “10 heures de sommeil” dans son statut Facebook, et ses 243 amis sont
aussitôt informés. Ils répondent à cette non-information avec des non-commentaires. ça va du classique “b’saha” au très subtil “héhéhéhé, j’espère que t’as pas fait que dormir dans ton lit, LOL, hahaha”. Il est à signaler que l’amateur de Facebook, lorsqu’il fait de l’humour, tient à le préciser en ajoutant ce fameux LOL. C’est une très bonne idée parce que, sans cet artifice de style, l’humour n’est pas toujours décelable à l’œil nu. Très rapidement, les commentaires sur la nuit de sommeil de Zakaria Boualem se transforment en commentaires sur les commentaires sur la nuit de Zakaria Boualem. On se retrouve ainsi rapidement avec des masses d’octets de textes creux et vains. Si Facebook avait été créé sur papier, les seuls Marocains auraient rasé la forêt de la Maâmora et attaqué une bonne partie de l’Amazonie.
Zakaria Boualem, rapidement, se retrouve à filmer et à photographier ses moindres faits et gestes. S’il passe une journée à la plage, la photo n’est plus un souvenir mais l’objectif de l’expédition. D’ailleurs, il ne voit rien de la plage qui ne soit perçu à travers son écran de portable photographique. Encore une fois, cette masse de gigaoctets sacrifiés sur l’autel de l’ego est effrayante. Zakaria Boualem a pris conscience de la pauvreté de sa vie lorsqu’il s’est retrouvé à contempler les photos de mariage d’un ami Facebook qu’il n’avait jamais vu. Lui qui hait les mariages et qui n’y va jamais, il s’est retrouvé à commenter d’affreuses photos de 3ammaria en tentant de faire de l’humour, LOL. Il a réalisé subitement que le fait de passer douze heures par jour devant son ordinateur, sans même être payé pour le faire, était un mode de vie inacceptable pour un adulte non handicapé. C’est ainsi qu’un beau jour de septembre, il a détruit sa page Facebook et abandonné soudain ses 243 amis virtuels à leurs commentaires sur les commentaires d’un commentaire au sujet de quelque chose que tout le monde a oublié. Il pensait en avoir fini avec cette affaire de Facebook. Pas du tout. Il a découvert que sa page, celle qu’il pensait avoir détruite, était en fait quelque part, suspendue à sa décision de revenir un jour l’activer à nouveau. Elle flottait dans une sorte de no man’s land virtuel, entre la vie et la mort. Autrement dit, rien n’était détruit, jamais. Et c’est là que Zakaria Boualem s’est précipité vers TelQuel pour vous prévenir tous : tout ce que vous écrivez sur Facebook est conservé. Les photos compromettantes, les commentaires douteux, votre emploi du temps quotidien avec les heures de sommeil qui vont avec, vos temps de connexion, absolument tout. Pour Zakaria Boualem, les choses sont claires : dans quelques années, Facebook va se transformer en entreprise de chantage à grande échelle. Maintenant que vous le savez, débrouillez-vous…

 
 
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