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Par Nina Hubinet
Dubaï. La fête est finie
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Dubaï est aujourd’hui au
bord de la faillite... (AFP)
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Il y a seulement un an, Dubaï était le symbole de la démesure du capitalisme. Frappé de plein fouet par la crise financière internationale, l’émirat a annoncé le 25 novembre qu’il n’était, pour l’instant, pas en mesure d’honorer ses dettes, provoquant une onde de choc sur les marchés financiers.
Des îles artificielles en forme de palmiers, une piste de ski au milieu du désert, une tour d’un kilomètre de haut… aucun projet n’était trop fou pour Dubaï et les investisseurs du monde entier, qui se sont prêtés au |
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jeu. Dépourvu de pétrole, l’émirat a bâti son développement sur son image, lançant des projets immobiliers pharaoniques. Mais depuis le début de la crise financière, il y a un an et demi, les grues de Dubaï ont dû ralentir leur rythme effréné. “Il n’y a plus rien à faire là-bas”, déclarait déjà un Egyptien de retour de Dubaï en avril. Il venait de perdre son emploi dans une entreprise de restauration où il avait travaillé pendant 15 ans.
Le coup de grâce est arrivé mercredi 25 novembre, alors que certains investisseurs voyaient déjà la crise derrière eux : les autorités de Dubaï ont annoncé un moratoire de six mois sur le remboursement des 59 milliards de dollars de dettes du conglomérat public Dubaï World. Avec au total 80 milliards de dollars de dettes, qui représentent 70% de son PIB, Dubaï est en fait au bord de la faillite.
Le moment de l’annonce avait été choisi avec soin : juste avant les congés de l’Aïd El Kébir et de Thanksgiving, histoire d’étouffer la panique des investisseurs dans le silence des Bourses. Mais dès jeudi ou vendredi, les places européennes, américaines et asiatiques ont réagi, avant que l’onde de choc ne se fasse sentir sur les marchés arabes lors de leur réouverture lundi. Au Caire, l’indice de référence EGX-30 a ainsi dégringolé de 7,9%, enregistrant sa plus forte baisse en une journée depuis plus d’un an. “L’économie et les institutions égyptiennes ne sont pas directement exposées à Dubaï World”, s’empressait d’annoncer le ministre égyptien des investissements, Mahmoud Mohiedin.
Les autorités de l’émirat, de leur côté, ont multiplié les déclarations rassurantes : Dubaï World et sa filiale Nakheel vont subir des restructurations portant sur environ 26 milliards de dollars. Les investisseurs n’ont pas été vraiment convaincus par ces annonces, puisque les Bourses de Dubaï, d’Abu Dhabi et du Qatar ont continué leur chute mardi.
Abu Dhabi paiera, sous conditions
Pour Dubaï, le salut passe par l’aide de son riche voisin. Troisième producteur de pétrole au monde, Abu Dhabi a renfloué plus d’une fois les caisses de son “petit frère” dépensier depuis le début de la crise financière. Mais cette fois, l’émirat pétrolier ne compte pas signer un chèque en blanc : il exige que Dubaï fasse le ménage parmi ses projets démesurés. “Si Dubaï a annoncé ce moratoire, c’est justement parce qu’Abu Dhabi a décidé de ne pas éponger l’intégralité de ses dettes”, estime Simon Kitchen, économiste chez EFG-Hermes, la première banque d’investissement égyptienne. La restructuration de Dubaï World est donc une étape obligée.
Dans ce dernier épisode de la crise financière, c’est tout un système de développement qui s’effondre. Son instigateur, le cheikh Mohamed Ben Rachid Al Maktoum, à la tête de la cité-Etat, est aujourd’hui fortement discrédité. Dans un livre intitulé Ma vision, il présentait Dubaï comme un modèle de développement pour les autres pays arabes. Interrogé par Reuters, l’observateur du monde arabe Ayman Ali estime que l’erreur de Dubaï a été de confondre gestion d'entreprise et gestion d'un pays. “Au début, il s'agissait d'éliminer la bureaucratie. Cela a marché, mais lorsqu'on développe un pays, on ne peut pas le gérer comme une entreprise”.
Au-delà des Emirats Arabes Unis, la crise de Dubaï porte un nouveau coup à l’économie mondiale, et notamment aux pays arabes. Les investissements en provenance des Emirats, qui ont financé ces dernières années de nombreux projets immobiliers et touristiques au Moyen-Orient et au Maghreb, devraient être revus la baisse dans les mois qui viennent. “Certains investisseurs présents à Dubaï vont se replier sur Abu Dhabi, le Qatar, mais aussi l’Egypte, le Liban, le Maroc”, prévoit Simon Kitchen. “Mais l’impact global pour la région Maghreb - Moyen-Orient sera probablement négatif : les investisseurs vont considérer que ce n’est pas une zone sûre pour leur argent”, nuance-t-il. C’est donc toute une région qui va souffrir de la chute de Dubaï. |
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