N° 401
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari



Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)

Jamais sans ma voiture
Il est le fils de Noureddine Ayouch, homme de pub et de communication(s) que l’on ne présente plus. Il est aussi le frère de Nabil Ayouch, cinéaste qui a donné le jour à Mektoub ou Ali Zaoua. Vous avez peut-être deviné : on vous parle de Hicham Ayouch. Lui aussi fait des films, puisqu’il a tourné Les arêtes du cœur, un petit film entre la vidéo et le cinéma réalisé dans le cadre de la Film Industry. Il vient de mettre en chantier son deuxième long, Fissures, qui sera présenté dans la section coup de cœur du Festival de cinéma de Marrakech la semaine prochaine. Hicham Ayouch, donc, est depuis deux, trois jours,
un jeune homme quelque peu paumé. Quand il vous parle, il ne sait plus par quoi commencer. Il est stressé, voilà. Parce que, en plus d’un film (dur et intéressant, réalisé avec des bouts de ficelle et pratiquement caméra à l’épaule) sur les bras, il a aussi…une voiture à défendre. Eh oui ! Cela fait 6 mois que Nabil circule dans les rues de Casablanca avec une Siena fièrement peinturlurée. Sa voiture est une œuvre d’art et peut-être bien que vous l’avez croisée un jour… Sur le capot de la Siena, on peut plus ou moins lire “Taourat Al-Houmouss” ou, littéralement, “La révolte des pois chiches”. Sur les flancs de la voiture à gimmicks, on peut également lire des inscriptions comme “3Aich Ana (Vive moi)” ou “Politique République”. En début de semaine, le cinéaste de bonne famille a reçu la visite surprise d’une trentaine de policiers. 30 bonhommes, les civils et les en tenue, entre RG, espions et agents de la police scientifique. Tout un monde bardé d’armes et de talkies-walkies pour réquisitionner la drôle de Siena, emmenée aux fourrières de Casablanca, et crucifier le pauvre Hicham de questions philosophiques sur le pourquoi du comment de ses gimmicks. Florilège : “Pourquoi République, alors que le Maroc est une monarchie ? Est-ce que la révolte des pois chiches est en relation avec le terrorisme du moment que lorsqu’on consomme des pois chiches on peut péter, c'est-à-dire exploser, après ? Pourquoi Vive moi alors que la formule consacrée est plutôt Vive le roi ?”. On a aussi demandé au jeune homme stressé s’il était de nationalité marocaine ou burkinabée. Cuisiné, lessivé, Hicham Ayouch risque au moins trois choses. La première : perdre définitivement sa Siena ou la récupérer repeinte d’une couleur unie. La deuxième : être poursuivi dans le cadre d’une quelconque loi anti-quelque chose. La troisième : rallier Marrakech en taxi blanc ou en train, lui qui a l’obligation de présenter son très bon film en smoking. Maintenant, Hicham Ayouch n’est pas le seul stressé dans cette affaire puisque nous aussi. On ne sait plus quoi défendre : sa voiture ou son film, sachant que les deux sont aussi originaux qu’intéressants. Courage, on y arrivera.

Marrakech Plus
Restons dans le cinéma pour dire un petit mot sur la 9ème édition du Festival de Marrakech, qui s’ouvre ce week-end. Le FIFM, comme on l’appelle, a longtemps vacillé, un peu malgré lui, entre paillettes, franchouillardise et auteurisme. Né dans les suites du 11 septembre 2001, ce qui l’a tout de suite privé de l’arrivage d’un bon paquet de stars hollywoodiennes, le Festival a subi plusieurs mues et continuera sans doute. Il a souffert du départ forcé de l’un de ses principaux fondateurs, Daniel Toscan du Plantier, par ailleurs grand patron du cinéma français, décédé en 2003. Il a pâti aussi, depuis, de l’émergence du Festival de Dubaï, beaucoup plus opulent, qui a détourné une bonne partie de sa clientèle (films et invités). Recadré d’année en année, le FIFM se cherche aujourd’hui plus et mieux qu’une identité : une utilité. On souhaite vivement qu’il puisse la trouver. Déjà, contribuer au rayonnement et au prestige du royaume, malgré l’emballage pompeux de la formule, n’est pas inutile. Cela sert toujours à quelque chose. Mais cela ne suffit plus. Marrakech doit et peut servir à plus. Pourquoi pas du moment que Marrakech a enfin compris qu’il ne sert plus à rien de se référer à Cannes ou Dubaï. Messieurs, on oublie tout, on recommence.

 
 
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