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Par karim Boukhari
“Je n’ai pas peur de finir comme Mandari”
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Mohamed Reda Taoujni
Président de l’Association du
sahara Marocain (TNIOUNI)
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Antécédents
| 1967. |
Voit le jour à Casablanca |
| 1985. |
Obtient le bac à Agadir |
| 1991- 1992. |
Organise deux courses de voitures à Agadir |
| 1994. |
Crée l’Association marocaine des courses de dromadaires |
| 1999. |
Transforme son association en ASM (Association du Sahara marocain) |
| 2003. |
S’exile à Malaga, en Espagne
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| 2006. |
Rentre au Maroc et s’installe à Casablanca |
| Depuis 2008. |
Continue de revendiquer la marocanité du Sahara, cette fois à partir d’Agadir |
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Le PV
Quand Réda Taoujni vous raconte ses histoires, toutes ses histoires, vous en arrivez à vous dire : “Mais oui, bien sûr, je suis enfin en présence du James Bond marocain”. Et comme avec le célèbre agent de Sa Majesté (britannique), vous vous dites encore : “Mais, à la fin, avec tout cela, est-ce que je suis obligé de le croire ?”. Un personnage fascinant, vraiment. A force de rouler, ou de donner l’impression de rouler pour tout le monde (DST, DGED, etc.), Taoujni, qui a longtemps roulé des mécaniques (les voitures, les dromadaires, les caravanes, etc), vous apparaît finalement sous son vrai jour. Enfin, peut-être. Un type qui affiche un sourire d’enfant aussi large que possible, qui saute du coq à l’âne, qui prétend tout maîtriser mais reste à la merci de la moindre pique. Demandez-lui après son père, mort d’une crise de diabète non maîtrisée, demandez-lui après sa petite famille ou ses beaux-parents, ses enfants, tout son “monde” ébranlé à la moindre secousse liée à son super-activisme pour la cause du Sahara (marocain, oui). Là, vous verrez : l’enfant baisse les yeux et ne dit plus rien. Humain le Taoujni, beaucoup et trop par moments.
Smyet bak ?
Bachir Benabdellah.
Smyet Mok ?
Naïma Bent Mohamed.
Nimirou d’la carte ?
J 258 409
Monsieur Taoujni, quand vos deux enfants sont invités à remplir la case “profession du père”, à la rentrée des classes, que rédigent-ils ?
Ils rédigent “gérant de société”, c’est ce que je suis.
Développez, svp ?
Je possède une société d’informatique et suis associé dans deux autres affaires de bâtiment et
d’import-export.
Vous avez commencé par organiser des courses de voitures, puis de dromadaires, avant de créer l’Association du Sahara marocain. Avec vous, le dromadaire fait de la politique, c’est ça ?
Oui, c’est ça. La culture, le sport et le reste, je me suis servi de tout cela à des fins politiques.
Vous êtes un enfant de Casablanca, votre père aussi. Qu’est-ce qui vous a amené à militer au Sahara, qui n’est pas votre terre natale ?
Le Sahara fait partie de mon pays, et il se trouve que j’ai très vite pris connaissance des problèmes liés à cette région, par l’entremise de certaines connaissances, voilà tout. On n’est pas obligé d’être né sur un sol pour le défendre.
Le Sahara, c’est l’affaire de votre vie ?
J’ai quand même d’autres “affaires” de ma vie, à la tête desquelles je place ma famille avant tout. Je suis comme tout le monde.
Vous avez vécu à Casablanca, Agadir et Malaga. Si on vous invite à rayer la mention inutile, ou à chasser l’intrus, que cochez-vous ?
Casablanca. C’était un pied-à-terre dans mon cursus, rien de plus.
Votre petite famille n’en a-t-elle pas marre de vos déménagements incessants ?
Si, si. Surtout ma femme. Mais elle est fière de moi. Et elle milite, elle aussi, au sein de l’ASM.
Un mot sur l’ASM, justement. On a l’impression que l’Association n’a pas d’autres membres que vous…
Vous avez tort. L’ASM a pignon sur rue, son siège est à Agadir, elle compte très exactement 415 adhérents et 11 bureaux régionaux.
D’où vient, alors, l’impression que tous ses “membres” sont fantômes ?
C’est probablement dû au fait que l’Association travaille sur un terrain très sensible. Nous ne cherchons pas à nous exposer. Cela dit, ce ne sont pas des fantômes qui sont souvent malmenés par la police des frontières, mais bien des êtres humains, membres de notre Association.
Qui vous finance ?
Nos membres, nos amis personnels, dont beaucoup sont des hommes d’affaires riches et prospères. Mais je ne vous dévoilerai pas leurs noms, confidentialité oblige.
Vous vous déplacez toujours en “caravane” ?
En camping-car, oui. C’est plus confortable qu’une break familiale, vous pouvez me croire. Parfois, sur la route, mon camping-car me sert aussi de maison.
On dit que vous vous promenez avec un flingue dans les poches. Est-ce vrai ?
C’est vrai et c’est faux. Je m’explique : quand j’étais en Espagne (2004-2006), ma vie était en danger, j’ai reçu plusieurs menaces de mort et on a plusieurs fois essayé d’attenter à ma vie. Alors oui, je me suis procuré une arme que je portais. Mais légalement, hein !
Qui a tenté d’attenter à votre vie, comme vous dites ?
Je n’ai jamais rien pu prouver. Mais je sais que des services de renseignement, notamment ceux d’un pays voisin et frère, ont été derrière certains de mes soucis. Des ennemis, j’en ai eu par moments beaucoup, à l’intérieur et à l’extérieur du Maroc.
Comment vous êtes-vous retrouvé parmi les personnes (rudement) interrogées suite à l’assassinat de Hicham Mandari, le faux-fils de Hassan II, tué en Espagne en août 2004 ?
C’est une longue histoire. Pour résumer, je n’ai rien à voir avec Mandari. Je me trouvais à un moment donné dans la région de Malaga, comme lui. Et certaines personnes tenaient absolument à me mouiller dans son histoire à lui.
Qui a cherché à vous impliquer dans l’affaire Mandari ?
Tout ce que je peux vous dire, c’est que je n’ai pas que des amis. On m’a longtemps combattu. J’ai d’abord eu affaire à Driss Basri, ensuite à Hamidou Laânigri, pour ne citer que ceux-là. Tous ces gens ont cherché à me récupérer ou, à défaut, à me détruire. Mais ils ne m’ont pas eu.
Vous n’avez pas peur de finir comme Mandari ?
Non, je n’ai rien à voir avec ce monsieur.
Vous citez volontiers le général Laânigri parmi vos “ennemis”. Comment envisagez-vous l’éventualité de le retrouver, maintenant que vous êtes installé à Agadir, et lui aussi (Laânigri dirige les Mroud à partie du QG établi à Agadir) ?
Laânigri, si je le croise un jour, je ne lui serre même pas la main.
Votre casier judiciaire affiche plusieurs séjours en prison. Pourquoi ?
Pour de sombres histoires de soi-disant chèques sans provisions, liées aux événements (courses de voitures et de dromadaires) que j’ai organisés. On m’a tendu des pièges, on a cherché à m’impliquer coûte que coûte dans des tas d’histoires.
Pourquoi donc ?
Parce que j’ai mis les pieds, jeune, dans un terrain, le Sahara, extrêmement glissant, avec beaucoup de règlements de compte et de peaux de banane entre les différents services de renseignement. Mon action a dû perturber le confort de beaucoup de monde.
Monsieur Taoujni, êtes-vous un homme riche ?
Je ne suis pas pauvre. J’ai ce qu’il me faut, hamdoullah. L’argent, c’est important, mais ce n’est pas ce qui me fait courir.
Vous êtes plutôt bien né, vous avez des amitiés solides au Maroc et ailleurs. Quand on examine vos états de service, on se dit : “Mais pourquoi se donne-t-il tant de peine ? Malou 3ala Haltou ?”
Je me le demande aussi. Je suis un peu au croisement des mécènes, des bénévoles, des résistants et…
Et ?
Et des patriotes, surtout.
Qu’est-ce qui vous lie au défunt Moulay Ahmed Alaoui, que vous présentez comme votre mentor ?
C’est le hasard qui me l’a fait connaître. Et l’amour des voitures de course, une passion commune. Moulay Ahmed, de son vivant, m’a souvent aidé, protégé et même inspiré. Je lui dois beaucoup.
C’est lui qui vous a inoculé la cause du Sahara dans les veines ?
On peut le dire, oui. Pour l’anecdote, c’est chez Moulay Ahmed, à l’intérieur de sa maison, qu’a été créée l’ASM.
Entre nous, le pèlerinage pour Tifariti, que vous avez plusieurs fois annoncé sans jamais tenir, c’est une plaisanterie ?
Non, c’était et cela reste sérieux. L’idée n’est pas abandonnée. Je ne fais pas de propagande mais du lobbying, à ne pas confondre, svp. |
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