N° 401
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Marrakech. Parlons cinéma svp !
Sortie. Abdelwahab Meddeb : La maladie de l’islam
LE MAG CULTURE



Par Meryem Saadi

Marrakech. Parlons cinéma svp !

Marrakech compte bien se débarrasser de son étiquette de “festival élitiste”. (TNIOUNI)

La 9ème édition du Festival international du film de Marrakech (FIFM), qui s’ouvre ce week-end, promet d’être raisonnablement glamour : de bons films, de grands réalisateurs et pas trop de paillettes.


RENCONTRES
Jarmusch et Kusturica donnent la leçon
C’est une belle brochette de réalisateurs étrangers qui fera le déplacement à Marrakech. La bonne nouvelle, c’est que certains ne se
contenteront pas seulement de fouler le tapis rouge menant au Palais des congrès, ou de remettre des prix lors de la cérémonie de clôture. Cette année, les organisateurs ont décidé de mettre en place plusieurs master classes, sorte de leçons de cinéma, animées par quatre grands réalisateurs aux univers et aux parcours très différents. Après Martin Scorsese et Abbas Kiarostami en 2007, c’est donc au tour du Bosniaque Emir Kusturica (Arizona Dream, La vie est un miracle), de l’Américain Jim Jarmusch (Stranger than Paradise, Coffee and cigarettes), de l’Australien Christopher Doyle (Paris, I love you) et du Mexicain Alfonso Cuaron (Harry Potter et le prisonnier d’Azkabar) de faire part de leurs expériences respectives. Emir Kusturica et Jim Jarmusch ont par ailleurs été acteurs dans plusieurs films, alors qu’Alfonso Cuaron est également scénariste et producteur. De quoi donner de la transversalité à leurs master classes. Autre bonne nouvelle, ces rencontres ne sont pas destinées exclusivement aux étudiants d’écoles de cinéma. Tous les professionnels du secteur (réalisateurs, acteurs, caméramans, techniciens, scénaristes …), présents lors du Festival, pourront assister à cette série de rencontres, animées par le célèbre critique français Jean-pierre Lavoignat, ancien de Première et fondateur de Studio Magazine. Du beau monde.

JURY
Kiarostami président
Quatre ans après sa première venue en guest-star au Festival, le réalisateur Abbas Kiarostami est de retour dans la ville ocre en tant que président du jury. En 2005, le cinéaste iranien, qui affiche plus de quarante films au compteur, a été récompensé pour l’ensemble de son œuvre. Lors de la cérémonie de clôture, c’est Martin Scorsese himself qui avait tenu à lui remettre son trophée, louant “la pureté de son travail”. C’est que le cinéma de Kiarostami a depuis longtemps traversé les frontières de son pays. Des films comme Le goût de la cerise (1997) ou Le vent l’emportera (1999) ont d’ailleurs été récompensés dans les plus grands festivals du monde, comme Cannes ou la Mostra de Venise. Pour cette 9ème édition, Kiarostami succède donc à Barry Levinson, Milos Forman ou encore Jean-Jacques Annaud à la tête du jury du Festival. Il sera entouré par le talentueux cinéaste palestinien Elia Suleiman (Intervention divine, Le temps qu’il reste), la comédienne française Fanny Ardant, l’actrice et réalisatrice indienne Nandita Das (membre du jury du Festival de Cannes en 2005), ou encore le réalisateur marocain Lahcen Zinoun. Un jury très éclectique, composé de membres venant des cinq continents, qui devra faire son choix parmi les 15 films en compétition officielle.


COMPÉTITION
Roulez jeunesse !
Le Festival de Marrakech a décidé de miser sur les premiers films de réalisateurs encore inconnus. La preuve ? Sur les 15 films en compétition officielle, 8 sont des “premières œuvres”. Le Festival table par ailleurs sur les films catalogués “grand public” mais réalisés par de jeunes cinéastes, là où il privilégiait par le passé les films d’auteur réalisés par des cinéastes reconnus. C’est ce que nous a confirmé une source proche du comité d’organisation. Idéal pour se débarrasser de l’étiquette de “festival élitiste”, qui a longtemps collé à Marrakech. Mais les films en lice les plus attendus par le public marocain restent sans aucun doute The man who sold the world de Swel et Imad Noury (une adaptation de Dostoïevski, avec à l’affiche Saïd Bey, Fehd Benchemsi et Latifa Ahrare) et Les Barons du Belgo-marocain Nabil Ben Yadir. En compétition officielle également au Festival du film de Dubaï, le deuxième long-métrage des frères Noury est l’un des films marocains les plus attendus pour l’année 2010. Les Barons, lui, raconte le quotidien d’un groupe de jeunes Bruxellois d’origine marocaine. Le film est déjà un phénomène en Belgique où il a explosé le box-office en attirant 35 000 spectateurs les deux premières semaines après sa sortie.

PEOPLE
Christopher Walken et Sarah Jessica Parker en guest
Pas de Leonardo DiCaprio, Colin Farrell ou de Monica Belluci à l’horizon. Les stars invitées cette année sont plutôt connues pour leur discrétion que pour leur côté glamour. Mais cela n’enlève rien à la valeur du Festival, bien au contraire. Parmi les acteurs invités, le Britannique Ben Kingsley (Ghandi) auquel les organisateurs du Festival ont décidé de rendre un hommage. Récompensé par un Oscar en 1982 pour son interprétation du leader indien, Sir Ben Kingsley est un acteur respecté par les cinéphiles du monde entier. Au programme également, un hommage à Saïd Taghmaoui, l’un des rares acteurs marocains à s’exporter à l’étranger. Autre célébrité attendue : le cutlissime Christopher Walken, célèbre pour ses rôles dans Voyage au bout de l’enfer, Pulp Fiction ou Sleepy Hollow. A 66 ans, sa filmographie solide et diversifiée en fait une des valeurs sûres du cinéma américain. La petite touche glamour sera assurée, pour finir, par Sarah Jessica Parker, l’héroïne de la série Sex and the City, sollicitée par les organisateurs pour faire une apparition pendant le Festival. Logique, la star séjourne déjà à Marrakech depuis plus d’un mois, pour le tournage du deuxième volet du film issu de la série.

Concurrence. Dans l’ombre de Dubaï ?
Les dirigeants du Festival de Marrakech ont t-ils compris qu’il était difficile, voire impossible, de concurrencer le Festival international du film de Dubaï, qui se tiendra presque en même temps (du 9 au 16 décembre) ? Il semble que oui. Cela expliquerait le changement d’orientation du Festival, dont la 9ème édition va sûrement en dérouter plus d’un. Exit strass et paillettes, place à un événement où les professionnels du cinéma venant du Maroc et de l’étranger prendront réellement le temps de dialoguer. Tout en découvrant des films intéressants, accessibles à tous et, surtout, nouveaux, inédits. Une alternative intelligente, pour éviter d’être comparé au Festival de Dubaï, qui va sans aucun doute marquer les esprits cette année. Rien que pour sa cérémonie d’ouverture, Dubaï attend Nicole Kidman, Penélope Cruz, Marion Cotillard, Kate Hudson et Sophia Loren. Rien que ça. En plus, deux superproductions américaines y seront projetées en avant-première : Nine de Rob Marshall (Chicago, Mémoires d’une Geisha) et Avatar de James Cameron (Titanic). Excusez du peu. C’est que Dubaï a de gros, gros moyens financiers. En tout cas sans commune mesure avec Marrakech. Tant mieux, finalement, puisque cela permettra (obligera ?) à Marrakech de se forger une identité propre, en se démarquant une fois pour toutes de Dubaï.

 
 
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