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Par Mohammed Boudarham
Politique. Pourquoi l’USFP va mal
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Abdelouahed Radi, secrétaire général du parti. (DR)
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Si les socialistes, qui viennent de tenir leur conseil national, donnent l’impression d’être à l’arrêt, c’est que leurs points forts traditionnels (syndicat, presse, Chabiba) ne sont plus ce qu’ils étaient.
Après onze ans au gouvernement, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) a au moins appris une chose : le pouvoir use. Aujourd’hui, le parti de la rose semble avoir dilapidé un grand capital de sympathie et de légitimité, arraché de haute lutte. En poussant ses
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meilleurs cadres vers la sortie et en acceptant toutes les concessions au nom de la raison d’Etat, l’USFP n’est plus que l’ombre de lui-même. Un parti sclérosé, où chacun tente de préserver ses acquis personnels au détriment de l’image et de la popularité du parti.
“Nous vivons une crise politique profonde et pratiquement sans issue. On ne fait que bricoler pour répondre à la conjoncture”, nous résume un responsable ittihadi. Selon notre interlocuteur, les leaders qui se sont succédés à la tête de l’USFP depuis 1998 assument tous une part de responsabilité. “L’USFP est un parti de leaders. Et chacun a forcément laissé une empreinte dans la trajectoire du parti. Depuis quelques années, force est de constater que nous ne sommes pas gâtés”.
De Bouabid à Radi : Le “niveau” a baissé
“Si l’USFP a longtemps tenu la route, c’est grâce à Abderrahim Bouabid”, tranche un membre dirigeant du parti. Artisan du sommet extraordinaire de 1975, Abderrahim Bouabid a su gérer les divergences entre socialistes et composer avec les célèbres exilés qu’étaient Abderrahmane Youssoufi et Mohamed Fqih Basri. En interne, Abderrahim Bouabid a su gérer un autre poids lourd dans la nomenclature ittihadie : Noubir Amaoui, numéro 1 de la CDT, bras syndical de l’USFP. Bouabid, qui n’avait pas froid aux yeux, ne tenait pas sa langue dans la poche. En septembre 1981, il dit par exemple à Hassan II tout le mal qu’il pense de l’idée, royale, d’organiser un référendum au Sahara. Ce qui lui vaut d’être envoyé en résidence surveillée à Missour. Le leader historique des socialistes ne perdait jamais de vue l’essentiel, qu’il a toujours revendiqué haut et fort : la nécessité des réformes institutionnelles. Quand il décède en 1992, Bouabid laisse derrière lui un parti pacifié et bien ancré dans la société marocaine. Il a logiquement eu droit à des funérailles nationales, restées dans les annales. La suite a été moins glorieuse. Les successeurs potentiels se disputent le leadership. Mohamed Elyazghi prend le relais en tant que premier secrétaire-adjoint d’un Youssoufi qui ne rentre de France qu’en 1994. Il restera aux commandes jusqu’en 2003. Remplacé par Driss Jettou à la Primature, Youssoufi pique une colère bleue et retourne couler des jours plus tranquilles à Cannes, en France. Elyazghi, quant à lui, trouve d’énormes difficultés à reprendre le poste. Il n’y est d’ailleurs confirmé qu’en 2005, lors du 7ème congrès. En décembre 2007, il subit une terrible humiliation lorsqu’il est sèchement débarqué de la direction à cause des mauvais scores de l’USFP lors des élections législatives de septembre 2007 (5ème, alors qu’il était 1er en 2001). En juin, Abdelouahed Radi prend enfin les rênes d’un parti essoufflé et débordé de toutes parts. Un chef docile et conciliant, plus attendu sur la réforme de la Justice que sur le renouveau de l’USFP.
La FDT ne pèse rien face à la CDT
En 2001, un premier séisme pouvait pourtant réveiller les Ittihadis de leur ivresse du pouvoir. Le syndicat du parti, la fameuse CDT, claque bruyamment la porte, privant le parti de l’une de ses plus fortes composantes. Créée en 1979, la Confédération démocratique du travail (CDT) était censée donner un nouveau souffle à l’USFP. Des secteurs entiers tombaient alors dans son escarcelle, ce qui a fait d’elle la première centrale du pays. Les troubles sociaux du début des années 1980 donnent davantage de visibilité (et d’épaisseur) à ses principaux chefs, à leur tête Noubir Amaoui. Aussi, quand le parti accède au pouvoir, les attentes de l’aile syndicale sont forcément grandes, parfois même démesurées. Le clash est inévitable. Lors du 6ème congrès, Amaoui se retire avec les siens. “Amaoui, comme d’autres cadres de l’USFP, ne se sont pas retrouvés dans l’expérience de l’Alternance. Certains appelaient même à un retour à l’opposition. Il ne faut pas, non plus, oublier que Amaoui avait l’ambition de contrôler l’ensemble du parti, ce qui était exclu”, analyse un observateur. L’USFP sans la CDT devait trouver une échappatoire syndicale. La FDT (Fédération démocratique du travail) voit le jour, mais peine à se frayer son chemin. Aujourd’hui, malgré un comportement globalement honorable, la nouvelle centrale cherche toujours une place au soleil. Les répercussions sur la popularité du parti sont conséquentes. Même si Abdelhamid Jmahri, membre du bureau politique de l’USFP, relativise : “Donnez-nous le nom d’un seul parti au monde qui n’a pas pâti de sa participation au gouvernement !”. “Au dernier congrès (le 8ème), explique un autre responsable USFP, nous avions un congressiste pour 50 militants”, affirme un membre de la direction. Avec 2000 congressistes, cela fait un total théorique de 100 000 militants. Pas mal. Mais cela reste loin des 250 000 militants, objectif annoncé des socialistes.
Al Moharrir, où es-tu ?
Un parti qui marche, c’est aussi une presse qui mobilise et donne de la voix. Les socialistes ont créé Al Moharrir en 1975. Libération, première version en hebdo, suivra en 1976. Les critiques contre le régime sont le pain quotidien de la presse USFP. Un grand réseau de correspondants est alors mis en place. “Tout le monde était volontaire et donnait de son temps, voire de sa personne, pour les journaux”, se souvient un vétéran de la presse USFP. En plus de moyens de bord très réduits, il fallait composer avec la censure (saisies, interdictions, etc.). En 1983, Al Moharrir, qui cartonne toujours dans les kiosques, devient Al Ittihad Al Ichtiraki. Avec le même succès. Car, comme nous l’explique un dirigeant du parti, “payer son journal était un acte de militantisme”. Libération, devenu quotidien, marche bien sous la houlette du “jeune” Mohamed El Gahs. La Chabiba multiplie, elle aussi, les succès, avec son turbulent Annachra. Dans les années 2000, Al Ittihad Al Ichtiraki pique du nez, Libération aussi, et Annachra n’existe plus. C’en est trop. “Il ne faut pas oublier qu’à une certaine époque, la presse USFP avait un certain monopole de la place. Notre crise est aujourd’hui globale, elle déteint fatalement sur notre presse”, résume un ancien de la Chabiba.
La Chabiba, morte et enterrée
Plusieurs leaders de gauche y ont d’ailleurs fait leurs classes : Mohamed El Gahs, Abdelhadi Khaïrate, Mohamed Sassi, Mohamed Hafid, etc. Mais, à l’image de la presse ittihadie, la jeunesse a fait les frais des luttes de pouvoir au sein de la direction. Aujourd’hui, la Chabiba ittihadia ressemble plutôt à une coquille vide. Ses instances sont gelées et, pour la première fois de son histoire, elle ne dispose pas de secrétaire général. Mieux, depuis 2001, elle a connu une succession de chefs aussitôt renvoyés par les bases : Soufiane Khaïrate, Hassan Tarik puis Ali Ghanbouri. Mohamed Mehdi Mezouari, secrétaire général-adjoint, est aujourd’hui aux commandes d’un navire que tout le monde a déserté. Triste destin pour un organe qui faisait la fierté de toute la gauche marocaine. La Jeunesse ittihadie a en effet été créée le 21 décembre 1975, soit trois jours après l’assassinat de Omar Benjelloun. Abdelhadi Khaïrate est désigné secrétaire général, poste qu’il a occupé jusqu’en 1987 avant de passer le flambeau à Mohamed Sassi, ensuite Mohamed Hafid en 1998. C’est la Chabiba qui pouvait dire leurs quatre vérités aux dirigeants du parti, quand ils venaient assister à ses travaux. Un jeune militant d’Ouezzane pouvait par exemple prendre la parole pendant de longues minutes pour fustiger publiquement les défaillances de la direction. A défaut de la domestiquer, les hiérarques de l’USFP l’ont “tuée”. Gagnés par la désillusion, muselés et désorganisés, ses militants ont préféré aller voir ailleurs, grossissant notamment les rangs de la société civile. |
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Conseil national. Le débat, camarades
L’USFP est un parti où toute velléité de débat est devenue de l’ordre du sacrilège. Pendant de longs mois, quelques voix socialistes revendiquaient un retrait du gouvernement pour se concentrer sur la reconstruction du parti. Au jour “J”, soit le week-end du 5 au 6 décembre, lors de la tenue du conseil national à Bouznika, le “parlement” du parti de la rose a évité d’approfondir ce point. “La direction du parti a tout ficelé avant de se présenter devant le conseil national. Aucune surprise n’était à l’ordre du jour”, commente ce jeune socialiste. Mieux, le bureau politique de l’USFP a été mandaté par les militants pour “gérer les étapes suivantes”. Concrètement, la direction reste souveraine pour prendre toute décision qu’elle juge adéquate dans l’avenir. Oublions donc le retrait, ou non, du gouvernement. Passé maître dans le maniement de la langue de bois, Abdelouahed Radi, premier secrétaire, déclarera sans gêne à l’opinion publique et aux siens que “la crise politique au sein du parti est terminée”. “De qui se moque-t-on à l’USFP ?”, réplique un jeune cadre socialiste. Pour notre interlocuteur, les élections législatives de 2007 et les communales de 2009 ont été catastrophiques. “Il resterait à s’attendre au pire en 2012, et ce ne sera pas que de la seule faute de ce que nos camarades appellent Al Wafid Al Jadid (le nouveau venu, soit le PAM, NDLR)”, conclut un autre membre du conseil national. La prochaine session du conseil national de l’USFP se tiendra dans quatre mois. Pour la forme, si l’on ose dire… |
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