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Par Driss Bennani
Hafid Benhachem. Premier maton du royaume
Il a 73 ans et gère d’une main de fer les prisons marocaines. Ses méthodes scandalisent le monde associatif mais confortent les partisans du tout sécuritaire. Qui est-il vraiment ?.
Depuis sa nomination en tant que délégué général de l’Administration pénitentiaire, Hafid Benhachem a régulièrement fait parler de lui. Ses projets pour restructurer les prisons marocaines (et mieux les contrôler) ont fait couler beaucoup d’encre, tout comme ses positions |
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sur le port du hijab par le personnel pénitentiaire ou les fouilles imposées aux familles de certains détenus au statut particulier (salafistes, dealers de drogue, etc.). Aujourd’hui, l’homme se retrouve au centre d’une nouvelle polémique qui l’oppose… à l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH). Au terme d’une réunion avec des cadres de l’Association, Hafid Benhachem leur aurait sèchement rétorqué : “Si vous n’aimez pas ce Maroc que vous critiquez tant, quittez-le !”. Une réaction peu surprenante, selon ce militant associatif qui a eu à fréquenter Benhachem. “C’est un monsieur qui parle cash, qui ne choisit pas toujours ses mots. Comme d’autres sécuritaires, il n’a pas des idées mais des certitudes. Il vient d’un autre monde, celui de la sécurité et de la répression. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a été nommé à la tête de l’Administration pénitentiaire”, conclut notre militant associatif.
Puis soudain, Benhachem…
Cela s’est passé le mardi 29 avril 2008. En milieu de journée, les Marocains apprennent que le roi Mohammed VI a reçu Hafid Benhachem pour le nommer délégué général de l’Administration pénitentiaire et de réinsertion. La surprise est totale. Cela faisait effectivement 5 ans que personne n’avait plus entendu parler de Benhachem, débarqué de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) au lendemain des attentats sanglants du 16 mai 2003. “A l’époque, on s’est dit que le roi avait fini par mettre à la porte l’un des derniers hommes forts du système Basri”, se rappelle un observateur. Mais la surprise ne s’arrêtait pas là. En plus de sortir un vieux responsable du placard (Benhachem était âgé de 72 ans lors de sa nomination), le roi lui accorde une administration débarrassée (pour la première fois dans l’histoire du pays) de la tutelle du ministère de la Justice et dépendant directement du Premier ministre. Exceptionnellement, quatre ministres ont assisté à la cérémonie de nomination de Benhachem. En plus des ministres de l’Intérieur et de la Justice, il y avait le Premier ministre et le ministre des Finances. Un signe qui n’a échappé à personne. Selon notre observateur : “La présence de tous ces responsables signifiait qu’il fallait mobiliser tous les moyens nécessaires, et notamment financiers, pour le bon fonctionnement de l’Administration pénitentiaire”. Mais une question subsistait : comment expliquer le rappel de Benhachem, symbole d’une époque qu’on croyait révolue ? Avec le recul, notre militant associatif croit détenir la réponse. “Benhachem a été nommé suite à l’évasion spectaculaire de neuf détenus salafistes. Il devait remettre de l’ordre dans les prisons et mettre un terme aux passe-droits de tous genres, et d’abord ceux dont bénéficiaient les prisonniers islamistes. L’avantage de Benhachem ? Une connaissance précise du dossier et des différents idéologues du mouvement”, conclut notre militant. Nommé à la tête de la DGSN en 1997, c’est en effet sous Hafid Benhachem que les rafles dites préventives de salafistes ont commencé, quelques semaines après les attentats de septembre 2001 aux Etats-Unis.
Ses premiers pas au sein de l’Administration pénitentiaire l’ont d’ailleurs naturellement mené vers les cellules salafistes, dans différentes prisons du pays. Très vite, Hafid Benhachem leur envoie ses plus proches collaborateurs pour “un dialogue idéologique”. L’espoir de voir certains salafistes quitter la prison renaît mais les semaines passent et les observateurs déchantent. Les détenus islamistes sont systématiquement exclus des fameuses (et tant attendues) grâces royales. En plus, les conditions de leur détention se détériorent. “Benhachem refuse d’accorder un quelconque privilège à ces gens. Avec le recul, on se dit qu’il s’est servi de ses premiers contacts avec eux pour mieux les sonder et donc les mater. Il s’est rendu compte qu’il existait des dissensions entre les détenus, qu’ils n’avaient pas forcément le poids qu’on leur prêtait. Aujourd’hui, du coup, les grèves de la faim répétées l’impressionnent peu. C’est un adepte des méthodes fortes. Il ne sait pas faire autrement”, analyse une source proche des détenus salafistes.
Ces méthodes fortes, Hafid Benhachem les a également appliquées au personnel de sa nouvelle administration. Depuis sa nomination, le salut des couleurs est obligatoire pour tout le monde et le moindre dérapage est sanctionné par des mutations punitives ou des radiations définitives. “Tout, jusqu’à la fouille des visiteurs, est devenu plus strict. Des épouses et proches de détenus se sont par exemple fait contrôler les parties intimes sous prétexte qu’ils y cachent des téléphones portables”, affirme l’un de nos interlocuteurs. Une sévérité presque naturelle chez Hafid Benhachem, qui a fait toute sa carrière au ministère de l’Intérieur, à l’ombre du super-puissant ministre de Hassan II, Driss Basri.
Un basriste pur et dur
Notre homme a vu le jour en 1936 à Boufekrane, une région agricole près de Meknès. Sa famille, les Benhachem, est proche des Alaouites. Ils font donc partie des chorfa officiels du royaume, ce qui explique le titre de Moulay dont hérite le jeune Abdelhafid. Vers la fin des années 60, il intègre les rangs de la police et commence en bas de l’échelle. Le Maroc est alors un Etat fraîchement indépendant. L’administration manque de cadres, tout reste à faire. La progression administrative est donc plus simple. En 1971, Hafid Benhachem est repéré par le ministère de l’Intérieur. Il y officie en tant que chef de cercle, l’équivalent d’un caïd ou d’un pacha. Autant dire qu’à 35 ans, ce jeune policier assiste, aux premières loges, à la vague de répression qui s’abat sur le pays suite aux deux tentatives de putsch contre Hassan II. Rapidement, Benhachem accède au rang de gouverneur et supervise un département névralgique au sein du ministère de l’Intérieur : la Direction des affaires générales, ou la fameuse DAG. C’est cette direction qui centralise les rapports provenant des différentes préfectures du pays, et qui coordonne l’action des différents corps de renseignement et de sécurité relevant de l’Intérieur. “A cette époque, Benhachem s’était déjà fait une sacrée réputation grâce à sa forte capacité de mémorisation et de synthèse. On l’appelait d’ailleurs l’éléphant parce qu’il connaissait par cœur les noms de tous les opposants et de toutes les cellules gauchistes ou islamistes. Avec Basri, dont il est un homme de confiance, ils constituaient un tandem assez redoutable”, se rappelle un militant gauchiste qui a eu affaire à Benhachem à cette période. En ce début des années 1980 en tout cas, les Benhachem font partie de la petite bourgeoisie de la capitale. La petite famille coule des jours heureux au quartier Souissi et accueille en son sein, dès 1978, un enfant nommé… Hicham Mandari, dont les parents passent par des moments difficiles. Les biographies posthumes qui ont été faites de Mandari décrivent cette période comme étant une parenthèse de faste, de pouvoir et d’insouciance.
Reste une question : quel a été le rôle de Benhachem dans la répression qu’a connue le Maroc durant ces années noires ? Mystère. Certes, du fait de sa responsabilité au ministère de l’Intérieur, il a tout suivi de très près. Certains ex-détenus pensent même avoir eu affaire à lui durant certains de leurs interrogatoires dans tel ou tel autre centre de détention. En 2004, à l’occasion des auditions parallèles organisées par l’AMDH, son nom sera cité par l’une des victimes de la répression au Sahara. Idjimi El Ghalia, qui a été enlevée puis séquestrée en 1987 à Laâyoune, affirmait à visage découvert que Benhachem “supervisait les interrogatoires, se présentant comme le bras droit de Driss Basri”.
En 1997, Hafid Benhachem revient à ses premières amours et prend la tête de la DGSN. C’est de là qu’il vit le décès de Hassan II, l’intronisation de Mohammed VI et le limogeage de son complice de toujours : Driss Basri. Hafid Benhachem tente tant bien que mal de s’adapter aux exigences du nouveau règne mais peine à suivre la cadence. La DST relève désormais du général Hamidou Laânigri, militaire de carrière et ennemi juré de Basri. Le ministère de l’Intérieur changeait de main également et un nouveau défi sécuritaire fait surface en septembre 2001 : le terrorisme. “Il se dit que Laânigri a tellement critiqué la sécurité dans les villes, qu’il était scandalisé que des zones entières échappent au contrôle de la DGSN qu’on lui a demandé de s’y coller”, raconte une source interne. Hafid Benhachem se retire alors chez lui… et se fait oublier comme il sait si bien le faire. Aujourd’hui, l’homme prend donc sa revanche. Il livre sans doute également sa dernière bataille professionnelle : celle de mettre les prisons (et les prisonniers) au pas. Et tant pis pour les manières… |
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Zoom. Sécuritaire toutes !
La composition de l’équipe qui entoure Hafid Benhachem est à elle seule révélatrice des nouvelles missions de l’Administration pénitentiaire. On y trouve notamment, Soufiane Ouamrou, directeur chargé de la sécurité des détenus, des personnes et des bâtiments, qui vient directement des corps d’intervention rapide (CMI). L’autre directeur, Mustapha Hilmi, chargé de l’action sociale et culturelle, est quant à lui un magistrat, numéro 2 de l’influente Amicale hassanienne des magistrats. Lors de l’installation de ces trois responsables, le roi Mohammed VI a été très clair. La nouvelle équipe devrait “veiller à assurer la sécurité et la discipline au sein des établissements pénitentiaires et à n'autoriser aucune violation ou transgression des lois, tout en préservant la dignité des pensionnaires”. Dans les couloirs des prisons, on reconnaît quand même certaines réalisations à Hafid Benhachem. “Pour la première fois depuis des décennies, l’Administration pénitentiaire se construit des locaux décents et valorise son personnel. Des prisons sont également en construction pour servir de modèles. De ce point de vue, on ne peut que saluer ce genre d’initatives”, relève un ancien cadre de la direction pénitentiaire. |
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