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Par Ayla Mrabet
“Nous sommes fans du Real Madrid”
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Swel&Imad Noury
Cinéastes (TNIOUNI)
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Antécédents
| 1978. |
Naissance de Swel |
| 1983. |
Son frère, Imad, voit le jour |
| 1996. |
Swel obtient son bac au lycée Lyautey, à Casablanca |
| 1999. |
Réalisent Coupables, leur premier court-métrage |
| 2003. |
Imad assiste à son premier concert de Metallica |
| 2006. |
Sortie (discrète) de Heaven's Doors au Maroc, applaudi quelques mois plus tard au Festival de Berlin. |
| 2009. |
Les frères Noury signent leur deuxième long-métrage, The Man Who Sold The World. |
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Le PV Quand on regarde The Man Who Sold The World, on imagine des réalisateurs à l'image de leur film, du livre (“Un cœur faible”) et de l'auteur (Dostoïevski) qui les a inspirés : torturés et tortueux, tendus et angoissés. Sauf que les frères Noury sont décontractés, beaux et sans costumes. Des lunettes de soleil, des baskets, deux grands sourires et les mains dans les poches. Rien à voir avec Fedor sauf, peut-être, la barbe de Imad. Le cadet est un métalleux qui a connu la scène de la F.O.L et les beaux jours de l'Boulevard, et l'aîné, un amoureux des mots, crâne rasé et surtout bien fait. Lors du FIFM, c'est en bande que la famille Noury se balade. Papa, maman et leurs inséparables enfants ont tous leur rôle dans le film, à l'ombre de la production comme à l'écran. On dirait que tout se décide en famille, des interviews à donner au menu du déjeuner. C'est d'ailleurs sur le portable de maman qu'on peut joindre les fistons. “Un interrogatoire? Ils ont fait quelque chose de mal?”, taquine maman Pilar. Non madame. Ils ont réalisé un film qui a fait jaser ou se pâmer les professionnels et le public présents lors de l'avant-première. Et ça, ça ne peut que faire du bien.
Smyet bakom ?
Hakim Noury... Enfin, c’est son pseudo. Son vrai prénom, c'est Abdelilah.
Smyet Mkom ?
Pilar Cazorla
Nimirou d'la carte ?
On ne le connaît pas par cœur.
Votre mère est votre productrice, votre père joue pour vous. Vous n'êtes pas un peu clanique, dans la famille ?
Swel : Oui et non. Plus oui que non, en fait. Notre famille travaille dans un climat de confiance et de transparence, ce qui est rare dans le milieu du cinéma. L'inconvénient, c'est que quand on est à la maison, on ne fait que parler boulot. Même au petit-déjeuner... ça devient lourd à porter.
Et le recul, dans tout ça ?
Swel : C'est sûr que l'objectivité peut être altérée. Quand on présente un projet à notre mère, elle se lance direct. C'est une maman avant tout. Il n'empêche qu'on a une liberté totale dans ce qu'on fait. La preuve, elle n'a vu le film qu'à Marrakech.
Avec les gueules que vous avez, vous n'avez pas pensé à être devant la caméra ?
Imad : Oui, pourquoi pas. On nous l'a proposé pas mal de fois. Pourquoi, vous voulez faire un film ?
Pourquoi pas ? Après Heaven's doors, The Man Who sold the world, c'est quoi votre trip avec les titres de chansons ?
Swel : La musique est une réelle source d'inspiration pour nous. Là, on voulait faire un clin d'œil au premier film. Pour le troisième, on arrête.
Et votre trip avec le prénom Ney, qui revient dans le premier et le deuxième film ?
Imad : Encore un clin d'œil. C'est des kiffs de réalisateurs, qui ne changent rien à l'histoire. C'est un prénom peu commun, qu'on trouve très musical.
Vous jouiez The Man Who Sold The World, la chanson de Bowie, avec Triskaedek, votre groupe de Metal ?
Imad : Non, mais j'aurais pu faire une bonne cover, en tout cas, même si Nirvana a déjà fait la meilleure reprise du monde. C'est pas mal comme idée...
Quoi, vous allez aussi commencer à faire la bande-son de vos films ?
(Rires) Imad : on aime bien déléguer, quand même. On ne peut pas être bons partout. On fait confiance aux gens qui nous entourent.
Vous avez entendu ce qui se disait sur votre film ?
Swel : On a commencé à avoir des échos, oui. Il ne laisse pas indifférent, et ça nous fait plaisir. Le pire serait de passer inaperçu...
Et vous répondez quoi à ceux qui trouvent votre film prétentieux et hermétique ?
Swel : Je demande à ces gens d'aller voir notre prochain film.
Imad : Je n'y vois aucune prétention. C'est fait avec énormément d'amour et de sincérité.
D'autres disent tout simplement qu'il n'y a pas de propos...
Swel : Là, on peut se protéger derrière le bouclier Dostoïevski. Dire que notre film n'a pas de propos revient à dire que l'œuvre d'un type qui a compté dans l'histoire de la littérature n'en a pas.
The Man Who Sold The World est déjà assimilé à une œuvre qui traite d'homosexualité. Ça vous embête ?
Swel : Il n'y a aucune raison pour que ça nous embête. Après, ce n'est pas du tout le thème. La relation intense et ambiguë est un condensé d'émotions extrêmes, déchirantes et passionnelles, entre deux personnages masculins. Certains préfèrent y voir la partie physique. Ça pourrait être de l'amour, tout simplement.
Imad : De toutes les manières, le film appartient au public. A chacun son ouverture d'esprit, son interprétation, sa manière de ressentir les choses.
Ça ne vous dérange donc pas d'être catégorisés ?
Swel : ça va être difficile, vu que chacun de nos films est différent, un peu à la “A Spike Lee Joints”. Pour The Man Who Sold The World, on est parti sur un trip Dostoïevski, auteur russe un peu torturé. Le prochain va être une comédie et le premier était un truc assez urbain, très casablancais.
Imad : Après, c'est sûr que c'est plus simple de mettre les gens dans des cases.
Et donc, ce troisième film ?
Swel : ce sera une comédie noire tirée de faits réels.
Vous n'avez pas peur de la critique ?
Imad : Au contraire, parfois on lit des choses auxquelles le réalisateur lui-même n'a jamais pensé.
Swel : C'est le droit et le travail du critique de donner différents éclairages à un film.
Votre père est dans votre cinéma, mais vous n'êtes pas forcément dans le sien. Vous pourriez jouer dans l'un de ses téléfilms ?
(En chœur) : Oui, bien évidemment.
Même s'il n'y a aucun lien dans vos deux univers ?
Imad : Le seul lien, c'est nos influences, le cinéma qu'on aime. Mais c'est sûr qu'il n'a rien à voir dans le cinéma qu'on fait. Et heureusement. Comme ça, on ne fait pas doublon.
Saïd Bey, X dans le film, est blond platine. C'est pour lui donner un petit côté grunge ?
Swel : Un petit côté punk décadent, plutôt. Les personnages dans les films marocains se ressemblent tous. Il faut les caractériser, pour leur donner plus de force. C'est ce que les cinémas asiatique et américain font super bien. On est vraiment dans cet esprit-là.
Vous êtes forcément pro-Real Madrid...
Imad : Jusqu'à la mort, oui !
Et entre le Wydad et le Raja ?
Imad : Si on devait choisir, ce serait le Wydad. Mais la vérité est qu'on ne suit pas trop le foot marocain.
Swel : ça fait quand même 16 ans qu'on est partis...
Vous avez dédié votre film à Paul Newman. Pourquoi pas Michael Jackson, pendant que vous y êtes ?
Imad : Newman est décédé une semaine avant qu'on tourne le film. On n'y croyait pas. C'est un homme qu'on admire énormément, une icône pour nous. Le genre de mort qu'on n’a pas envie d'accepter. On a donc décidé de lui rendre hommage.
On vous voit faire des apparitions furtives à l'écran...
(Les deux) Hein? Non, jamais.
... Mais si, mais si. C'est quoi, des auto-clins d'œil à la Hitchcock ?
Swel : Wow, je suis grillé, on me reconnaît même de dos. On voulait déjà faire ça dans Heaven's doors. Et on va mieux le faire dans le prochain film. Pour le coup, dans The Man Who Sold The World, c'est juste parce qu'il n'y avait personne le jour du tournage !
Votre film marocain préféré ?
Quoi que puissent penser les gens de notre réponse, c'est sans hésitation Le facteur (le premier film de Hakim Noury, le papa).
Vous répondez souvent en chœur. Y a-t-il des choses, dans la vraie vie, qui vous distinguent l'un de l'autre ?
Imad : On est vraiment deux personnes totalement différentes. Physiquement déjà...
Quel argument ! Sérieusement, vous êtes toujours d'accord sur tout ?
Swel : Imad a une passion pour le Metal, alors que moi je m'en fous un peu.
Imad : Comme moi je me fous de la littérature en général.
Swel : Parfois, on se dispute à propos d'un joueur du Real Madrid.
Imad : Stop, stop, n'en dis pas plus ! |
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