N° 403
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Politique. Le PJD version 2010

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L'ACTU MAROC



Par Mohammed Boudarham,
envoyé spécial à Bouznika

Politique. Le PJD version 2010

Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD. (TNIOUNI)

Principale force d’opposition avec le PAM, le PJD, qui vient de tenir son conseil national, fait son bilan d’étape et voit grand pour 2010.


Le Parti de la justice et du développement (PJD) a réuni, les 12 et 13 décembre à Bouznika, son conseil national, soit le “parlement” du parti, pour évaluer les différents scrutins qui se sont tenus cette année. Et définir à cette occasion ses défaillances et ses points forts. Lors de cette rencontre, les islamistes ont tenu à rappeler qu’ils constituent un “parti
normal”, attaché aux “fondements du pays”. A entendre le numéro 1 du parti, Abdelilah Benkirane, défendre l’intégrité territoriale du Maroc, on se croirait presque devant un parti docile, normal, tout à fait comme les autres. Ce n’est bien sûr pas le cas. L’énergie du PJD, aujourd’hui, va essentiellement à la “lutte” contre son adversaire déclaré : le PAM de Fouad Ali El Himma, bien sûr, accusé de tous les torts et, en premier lieu, de pervertir le jeu politique.

2009, année faste
A Bouznika, les membres du conseil national ont également entériné une refonte du règlement intérieur du parti et apporté quelques retouches à leurs instances décisionnelles. Le plus gros du débat a été consacré au bilan de l’année 2009, marquée par un long processus électoral qui a pris fin avec le renouvellement du tiers des membres de la Chambre des conseillers. La direction du parti s’est fortement réjouie des résultats des élections communales du 12 juin dernier. Le PJD s’y est classé 6ème, avec 1500 conseillers. En 2003, le parti n’avait remporté que 600 sièges dans les communes. Un vrai bond en avant, avec une marge de progression de 150%.
En 2009, donc, les islamistes sont arrivés en tête dans les municipalités urbaines. Ils dirigent au total 50 communes (au lieu de 17 en 2003) et sont associés dans la gestion de 150 autres, au lieu de 48 auparavant. “Nous sommes très satisfaits de notre prestation lors des communales”, résume Abdelaziz Rebbah, membre du secrétariat général du PJD et député-maire de Kénitra. Devant près de 400 membres du conseil national, Abdelilah Benkirane n’a eu de cesse de faire allusion aux référents islamiques du parti, “gages”, selon lui, de l’intégrité de ses bases. “Pour nous, faire de la politique relève des devoirs que nous impose notre foi”, renchérit un membre de la direction du parti islamiste. Soit, mais la foi n’a pas suffi au PJD pour conserver des fiefs comme Mohammedia ou Nador, qui lui ont échappé aux communales du 12 juin. “C’est le résultat de simples divergences entre responsables locaux et nous allons y remédier”, commente, optimiste, un responsable du parti.

Feu nourri contre le PAM
Autre fait marquant (et prévisible) de ce conseil national : le PAM était omniprésent dans les discours et les discussions des PJDistes. “Les éradicateurs ont un nouveau visage”, s’enflamme un membre de la direction islamiste. Dans son discours inaugural, Abdelilah Benkirane a consacré une bonne partie de son intervention à fustiger, sans toujours le nommer, ce “nouveau parti qui s’est imposé en quelques mois et qui a bénéficié de moyens considérables et d’une connivence sans précédent de l’administration”. Le secrétaire général est revenu sur les cas emblématiques de Rabat et Oujda où les alliances avec le PJD avaient été mises en échec. Les islamistes sont peut-être devenus plus fréquentables, mais pas au point de prendre le pouvoir dans les grandes villes.
Au-delà de sa défaite dans de grands pôles urbains, le PJD ne saurait blâmer le PAM pour son absence dans le milieu rural. Sur ce point, en effet, les islamistes ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Ce que le conseil national a fait, d’ailleurs, via un discours aux accents autocritiques : “Notre volonté d’être plus présents dans les campagnes n’a pas donné de résultats probants et il nous est impératif de rectifier le tir et élargir nos bases dans ces zones”, peut-on lire dans la déclaration finale.
Sinon, le parti se mobilise sur d’autres fronts. L’année 2010, selon le programme arrêté à Bouznika, sera consacrée au renforcement de l’organisation au niveau local et au recrutement de cadres. Le PJD souhaite notamment se doter d’une organisation parallèle (un “secteur” dans le jargon partisan) dédiée exclusivement aux médecins. Ces derniers compteront parmi les cadres du parti regroupés au sein de “l’espace marocain des professionnels”. Pour le reste, le PJD compte investir dans la formation de ses militants, les élus communaux en premier lieu. “Nos élus ont besoin d’être accompagnés, car il y a pire que perdre une échéance électorale : y réussir sans avoir ni vision, ni programmes, ni solutions, etc.”, énumère Abdelilah Benkirane.

PJD-USFP. Demain la normalisation ?
Devenu fréquentable, le PJD trace tranquillement son chemin. Hier ennemis jurés, les islamistes et les socialistes de l’USFP ont initié une “normalisation” de leurs relations au niveau local. “L’alliance (lors des communales, NDLR) avec l’USFP est un acquis pour le pays qu’il faut préserver”, affirme Abdelilah Benkirane devant les siens, citant l’expérience concluante, à l’en croire, de Rabat et Agadir. La capitale a comme maire le socialiste Fathallah Oualalou. Agadir est dirigée par un autre Usfpéiste, Tarik Kabbaje. Dans les deux villes, le PJD est partie prenante dans la gestion des affaires locales. Et dans les autres villes ? “Nous sommes pour toutes les alliances qui pourraient être bénéfiques pour l’intérêt général du pays, mais nous ne mettrons pas notre main dans celle de ceux qui nous combattent par des méthodes d’un autre temps”. Pour être clair : au moins dans un premier temps, il ne saurait être question de signer un armistice avec le PAM. Ni avec le gouvernement. “Nous estimons que 2010 doit être l’occasion d’un grand débat politique national, et nous ne céderons rien quant au suivi de l’action d’un gouvernement qui a déjà montré ses limites”, explique un responsable du PJD.

Stat’. Les frères en chiffres
Conseillers communaux : 1509 (5,34 %)
Membres des conseils préfectoraux et provinciaux : 62 (4,81 %)
Membres des conseils régionaux : 28 (2,3 %)
Membres des chambres professionnelles : 81 (3,72 %)
Députés : 45 (sur 325)

 
 
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