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Grippe A/H1N1. L’heure de vérité
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Par Hicham Oulmouddane

Grippe A/H1N1. L’heure de vérité

(DR)

Alors que la grippe A/H1N1 a atteint le stade de la pandémie, la campagne de vaccination de masse mise en place par le ministère de la Santé a démarré dans un climat d’incertitudes.


Casablanca, 8h30 du matin. Les portes du centre médical Moulay Youssef, à quelques pas de la grande mosquée Hassan II, viennent d’ouvrir. Une vingtaine de personnes, principalement des femmes accompagnées d’enfants en bas âge, s’engouffrent calmement dans la salle d’attente. A l’entrée, un numéro de passage est attribué. “Je ne
suis pas là pour le vaccin contre alkhanazir, c’est pour le vaccin normal que j’ai ramené mon bébé”, nous déclare cette jeune maman. Un vieux monsieur, visiblement asthmatique, peine à gagner le bureau d’accueil. Il reprend son souffle et nous explique qu’il vient de se procurer un certificat médical pour pouvoir bénéficier du vaccin contre la grippe A/H1N1. “Pour désengorger l’hôpital principal, le ministère a préféré programmer l’opération de vaccination dans ce petit centre hospitalier”, nous explique une infirmière. Pour le moment, on ne peut pas parler d’engouement. “Chaque jour, quelque 60 personnes sont vaccinées et la priorité est donnée aux personnes dites à risque, souffrant de diabète ou de problèmes cardiaques ou respiratoires”, souligne cette infirmière, en nous exposant avec zèle le protocole mis en place par le ministère de la Santé pour juguler la pandémie.

Avis de tempête
Depuis le 10 juin, date où le premier cas de grippe a été identifié, le nombre de malades a augmenté de façon exponentielle. On est loin du temps où des portiques de détection étaient installés dans les aéroports pour contrer le virus, considéré à l’époque d’origine étrangère. Passé l’été, les premiers foyers locaux de grippe ont fait leur apparition, confirmant les prévisions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Un jeune homme de 23 ans, admis à l’hôpital Al Farabi d’Oujda, décède le 13 novembre “suite à une affection pleuro-pulmonaire datant de sept jours, dans un contexte fébrile sur un terrain d'obésité très marquée et un diabète révélé lors de son hospitalisation”, dira le communiqué du ministère de la Santé. Ce décès va marquer le début d’une psychose. A l’heure actuelle, le virus a fait 22 victimes au Maroc, où 2527 cas ont été enregistrés, dont 985 en milieu scolaire. Et la campagne de communication de l’Etat bat son plein. “Il ne faut pas se faire d’illusion : comme pour la grippe saisonnière, le Maroc connaîtra des millions de cas de grippe A/H1N1. Le plus important c’est que le dispositif mis en place par le ministère de la Santé fonctionne”, affirme un responsable du centre des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd à Casablanca. Alors que les températures hivernales continuent de chuter, le royaume devrait connaître, selon les spécialistes, un pic pandémique vers la fin du mois de février prochain.

Le ministère contre-attaque
Face à ces prévisions, les autorités publiques commencent à s’organiser. Après une première vague de vaccination visant les pèlerins en route pour l’Arabie Saoudite, le ministère de la Santé a lancé un vaste plan d’action qui devrait à terme toucher pas moins de 60% de la population, en dépit des difficultés d’obtention du vaccin. “Le Maroc dépend aussi des délais de fabrication et de la capacité de production des laboratoires internationaux”, explique Omar El Menzhi, directeur de l'épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé. Suivant les recommandations de l’OMS, le département a décidé de donner la priorité aux populations dites à risque (diabétiques, asthmatiques, etc.). Pour éviter la propagation fulgurante du virus en milieu carcéral, les pénitenciers du pays ont bénéficié, le 12 décembre, de cette campagne. Trois jours plus tard, le plan de vaccination a été élargi pour inclure les personnes atteintes de maladies chroniques (insuffisance cardiaque, coronaropathies, hypertension artérielle sévère, cancers, obésité sévère, etc.). Le 17 décembre, c’était au tour des femmes enceintes d’au moins 4 moins et des nourrissons, âgés de 6 à 23 mois, de se faire vacciner. Et face à l’avancée de l’hiver, le plan du ministère devrait également rapidement toucher les provinces susceptibles d’être enclavées : Errachidia, Khénifra, Azilal, Béni-Mellal, Boulmane, Ouarzazate, Taroudant, Al-Haouz, Chichaoua et Taourirt. Les groupes progressivement ciblés par le plan d’action de l’Etat sont à l’heure actuelle informés par voie de presse.

Un vaccin controversé
Au-delà des problèmes d’approvisionnement, les pouvoirs publics doivent également faire face à la réticence d’une marge non négligeable de la population. Dans le taxi qui nous emmène vers le centre hospitalier Moulay Youssef, le chauffeur ne cache pas son appréhension vis-à-vis du vaccin : “Ma femme a été vaccinée et, depuis, elle a mal à la tête !”. C’est dire la méfiance que soulève la campagne de vaccination publique. “Il faut qu’on nous explique, les gens s’inquiètent”, lance le taximan. Beaucoup ont du mal à se faire une opinion aussi bien sur le danger de la maladie que sur les méthodes de prévention. Les informations, parfois contradictoires, véhiculées par les médias locaux et internationaux, alimentant la polémique sur les effets secondaires du vaccin, accentuent la confusion. “Je n’ai pas envie de me faire vacciner parce que je ne connais pas les effets de ce vaccin à long terme”, lance ce jeune pharmacien. Comme lui, une partie du personnel médical rechigne à se faire vacciner. Ce débat, qui menace d’éclipser le message du ministère de la Santé, a pris d’assaut les forums de discussion sur Internet et les plateaux des télévisions satellitaires. En attendant, la pandémie continue à gagner du terrain.

Arepanrix, l’élu de l’Etat
Pour sa campagne de vaccination, le choix du ministère de la Santé s’est porté sur le Arepanrix, produit par les laboratoires de la firme GlaxoSmithKline. Montant initial de l’opération : 850 millions de dirhams. Pour mener à bien cette opération d’envergure, une première au Maroc, le département de Yasmina Baddou a réquisitionné 1258 centres médicaux à travers le royaume. Pour le moment, l’Etat n’autorise pas les médecins généralistes à administrer le vaccin en cabinet. “Chaque flacon de ce vaccin contient une dizaine de doses. Pour des raisons d’économie et de traçabilité on ne peut pas sous-traiter cette opération à des praticiens de la médecine”, souligne Dr Omar El Menzhi. Face aux inquiétudes soulevées par la présence d’adjuvants (additifs accélérant la réaction immunitaire du corps) pouvant poser des risques pour les femmes enceintes, Fouad Jettou, directeur régional du ministère de la Santé de la wilaya du Grand Casablanca, se veut rassurant : “Les doses destinées aux femmes enceintes en sont dépourvues”.

 
 
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