N° 403
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Egypte. L’outsider qui énerve le raïss
L'ACTU MONDE



Par Nina Hubinet,
correspondance du Caire

Egypte. L’outsider qui énerve le raïss

Mohamed El Baradei est devenu la cible d’une campagne virulente de la presse gouvernementale. (DR)

Mohamed El Baradei décrit l’Egypte comme un pays à la dérive et exige une démocratisation du processus électoral pour participer à la présidentielle de 2011. De quoi embarrasser de plus en plus le régime du raïss Moubarak.


“I l est inutile de se raconter des histoires. L’Egypte a touché le fond”. Interrogé par le journal Le Monde lundi 14 décembre, Mohamed El Baradei n’y est pas allé par quatre chemins. L’ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui vient de
quitter ses fonctions et envisage de se présenter à l’élection présidentielle égyptienne de 2011, décrivait là l’influence perdue de son pays dans la région. Autrefois acteur indispensable de la scène géopolitique moyen-orientale, Le Caire peine aujourd’hui à peser, notamment sur le conflit israélo-palestinien.
Depuis quelques mois, Mohamed El Baradei, 67 ans, ne se prive pas de dire ce qu’il pense des politiques menées dans son pays, qu’il s’agisse de diplomatie, d’économie ou de questions sociales. Courtisé par les partis d’opposition, le diplomate a fait savoir début décembre qu’il ne souhaitait pas intégrer un parti politique existant, mais qu’il exigeait une réforme constitutionnelle pour pouvoir se présenter comme indépendant à l’élection de 2011. La Constitution égyptienne prévoit en effet que tout candidat à une élection présidentielle doit, soit être membre des instances dirigeantes d’un parti existant depuis au moins cinq ans, soit, dans le cas d’un candidat indépendant, recueillir 250 signatures au sein du parlement et des conseils municipaux, largement dominés par le parti au pouvoir. Cette clause, destinée à barrer la route aux Frères musulmans, gêne aujourd’hui l’ex-chef de l’AIEA. “Je suis prêt à agir de manière pacifique et organisée pour changer la Constitution”, a-t-il déclaré au journal égyptien Al Masry Al Youm, la semaine dernière.
El Baradei réclame par ailleurs un contrôle juridique du scrutin, la présence d’observateurs de l’ONU et un accès équitable aux médias pendant la campagne. “Il sait très bien que les conditions qu’il pose ne seront pas réalisées. Tout ce qu’il veut faire, c’est de mettre le régime sous pression”, estime Moustafa Kamel Al-Sayed, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire.
Et ça marche : preuve de l’embarras que suscitent ses prises de position, la presse gouvernementale s’est lancée depuis deux semaines dans une violente campagne anti-Baradei. Elle le qualifie de “candidat importé”, “d’agent des Etats-Unis” et l’accuse de vouloir préparer un “coup d’Etat constitutionnel”. Plusieurs journaux ont même affirmé que Mohamed El Baradei était en fait “suédois”, pour tenter de le discréditer.

Prix Nobel de la paix
Si ses chances de succès en 2011 sont quasi nulles, étant donné la mainmise du pouvoir sur la machine électorale, les prises de position de cet outsider rappellent aussi aux dirigeants occidentaux que leur allié égyptien n’est pas un modèle en matière de démocratie. Car la voix d’El Baradei porte beaucoup plus loin que celle d’Ayman Nour, l’opposant arrivé deuxième lors du scrutin de 2005, avec environ 8% des voix, et emprisonné quelques mois plus tard. Prix Nobel de la Paix en 2005, El Baradei est devenu célèbre en s’opposant à l’administration Bush sur le supposé programme nucléaire irakien, l’une des justifications de la guerre lancée en 2003.
Dans les milieux d’opposition, qui manquent d’un leader d’envergure depuis plusieurs années, Mohamed El Baradei soulève un certain enthousiasme. Des groupes de soutien à sa candidature ont fleuri sur Facebook. “Les Égyptiens ne trouveront pas un meilleur candidat aux élections présidentielles”, affirmait ainsi, lundi, l’écrivain Alaa El Aswani. Certains craignent cependant qu’El Baradei ne serve au contraire le régime, qui pourrait le présenter comme une caution démocratique, tout en manipuluant le résultat des élections, comme à son habitude.

 
 
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