N° 403
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Rappel à l’ordre
Ahmed R. Benchemsi
(ALEX DUPEYRON)

Annoncer des réformes, c’est bien… à condition de les appliquer. C’est le message, sec et sans équivoque, que nous a envoyé l’Union européenne..


Cela fait un an que notre diplomatie s’en gargarise : le Maroc est le premier pays tiers auquel l’Union Européenne a accordé ce qu’elle appelle un “statut avancé”. Concrètement, ce n’est rien d’autre qu’une déclaration de bonne volonté. Message : “Nous, Européens, enregistrons les progrès économiques réalisés par le Maroc, ainsi que la
bonne volonté des pouvoirs publics marocains pour avancer dans la voie de la bonne gouvernance et de la démocratie”. En récompense de ses “progrès” et de sa “bonne volonté”, le Maroc a donc obtenu ce statut, qui lui permet de siéger dans diverses réunions intra-européennes – en tant qu’observateur seulement. Objectif : voir de près le fonctionnement des institutions européennes, et s’en inspirer pour avancer plus vite sur “la voie de la bonne gouvernance et de la démocratie”, jusqu’à ce que le Maroc soit en mesure de signer un accord d’association en bonne et due forme avec l’UE.
Sauf que cette finalité est soumise à une condition essentielle : que les “progrès” continuent et que la “bonne volonté” se traduise en actes. Or, cette année 2009 en particulier, le Maroc a reculé dans quasiment tous les classements internationaux, qu’ils aient pour thème le bien-être de la population, la gouvernance économique ou les libertés publiques (dont la liberté de la presse et la liberté d’association). C’est donc tout-à-fait logiquement que l’Union Européenne, lors de la 8ème session de son conseil d’association avec le Maroc, tenue la semaine dernière à Bruxelles, a solennellement rappelé le royaume au respect de ses engagements démocratiques, notamment contenus dans les recommandations de la défunte Instance équité et réconciliation (IER). A défaut, le statut avancé accordé au Maroc ne se justifierait plus.
Il n’y a eu que peu de réactions officielles à cette véritable gifle diplomatique. Le président du parlement, Mustapha Mansouri, a déclaré : “Le Maroc n'acceptera jamais qu'on lui fasse la leçon au chapitre des droits de l'homme, le pays ayant connu ces dernières années une grande avancée en la matière”. Et de citer… les recommandations de l’IER. Mais il ne s’agit, justement, que de recommandations ! A quoi cela sert-il d’identifier les réformes nécessaires si rien n’est fait pour les accomplir ? Bien sûr que l’Union Européenne nous fait la leçon ! Dès le départ, nous connaissions les conditions liées au statut avancé – l’Europe ne fait aujourd’hui que les faire valoir. La mauvaise foi de M. Mansouri, voix de ses maîtres, est patente. Autre réaction par la bande à la sommation européenne : la Parti authenticité et modernité (PAM), de l’ami du roi Fouad Ali El Himma, a annoncé la semaine dernière qu’il avait “adopté une série d'initiatives visant la mise en œuvre des recommandations de l’IER”. Sans rire - et pourtant, il y aurait de quoi. Comment des chantiers aussi cruciaux que l’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs et, in fine, la réforme de la Constitution (car c’est de cela qu’il s’agit, ultimement) peuvent-ils être mis sur orbite par une “série d’initiatives” de M. El Himma, enfant chéri d’un Makhzen arc-bouté sur un statu quo qui sert ses intérêts ? De qui se moque-t-on ?
Les déclarations d’intention guère suivies d’effet, on connaît bien, au Maroc. On peut les lire chaque jour sur Le Matin, présentées comme autant d’“avancées historiques et déterminantes”. Mais si ces effets de manche fonctionnent encore en interne (quoique…), ils sont, vus de l’étranger, autant de preuves du manque de sérieux des officiels marocains. Que nous, journalistes et autres observateurs indépendants locaux, ne soyons pas dupes, cela n’est pas trop grave aux yeux du régime. Mais qu’une telle appréciation émane d’un partenaire aussi stratégique que l’Union Européenne, voilà qui est, en revanche, beaucoup plus ennuyeux pour un régime qui a fait de son image de “bon élève” des démocraties occidentales, son argument diplomatique n°1. Cela va-t-il pousser les décideurs de ce pays (autrement dit, un petit cercle de gens concentrés au Palais royal) à se remettre en question ? Hélas, rien n’est moins sûr…

 
 
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