N° 403
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

ZB vient de découvrir que la réalité virtuelle était plus importante que le monde réel.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria.
né en 1976 à guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque.


La carte nationale de notre homme
Zakaria Boualem a expiré soudain. C’est donc la mort dans l’âme que le Guercifi a décidé de s’adresser à notre glorieuse administration pour lui demander gentiment de bien vouloir lui en fournir une nouvelle. Il se trouve que la nouvelle carte nationale est plastifiée, moderne, et qu’elle rentre dans les portefeuilles. Notre remarquable administration en est très fière, on dirait qu’ils l’ont inventée. Zakaria Boualem, par pur esprit de contradiction, regrette déjà l’ancien format. L’idée que cet objet mythique soit sur le point de sortir de sa vie a quelque chose de profondément déstabilisant. Il est comme ça, il anticipe sur sa nostalgie future. Il entame tout de même son travail de collecte des pièces administratives pour son nouveau dossier et commence, naturellement, par aller voir son moqaddem pour lui demander un certificat de résidence. Or, il se
trouve que notre légendaire administration a longuement expliqué à Zakaria Boualem que la nouvelle carte allait remplacer le certificat de résidence. Il réalise ainsi que c’est la dernière fois de sa vie qu’il va voir son moqaddem pour lui demander un certificat de résidence, ce qui constitue la plus grande partie des échanges qu’il entretient avec lui… Ce moqaddem, Mustafa de son prénom, risque de disparaître de sa vie - c’est un monde qui est sur le point de s’écrouler. La nostalgie anticipée revient au galop. Il décide d’inviter Mustapha à boire un café, dans une sorte d’élan assez inexplicable puisqu’il n’aura plus jamais besoin de lui. Zakaria Boualem est sur le point de régler l’addition lorsque Mustapha s’interpose entre le serveur et lui : “Donne-moi les huit dirhams de mon café, tu sais que moi je paye jamais…”. Zakaria Boualem le quitte en se disant que cette nouvelle carte nationale est une très bonne initiative.
Pour compléter son dossier, Zakaria Boualem doit se rendre à Guercif parce que l’administration lui réclame un extrait d’acte de naissance provenant de la ville de naissance. J’ai essayé d’écrire la phrase précédente naturellement, comme si elle était logique, mais il est assez clair qu’elle charrie en elle une assez lourde charge d’absurde. Il prend trois jours de congés – voir une carte du Maroc pour plus d’explications – et ramène le fameux papier. Lorsqu’il le présente à notre formidable administration, cette dernière, sagace, découvre qu’il y a un problème. Le numéro d’immatriculation mentionné sur l’acte de naissance n’est pas celui qui figure dans le système informatique. Quelqu’un s’est trompé. La liste des responsables potentiels est assez longue. Il peut s’agir de l’agent de l’état civil qui l’a immatriculé en 1976 à Guercif, ou du policier qui l’a introduit dans le système informatique en 1994, ou encore de l’homme qui a recopié le numéro sur l’extrait cette semaine. En tout cas, l’auteur de l’erreur n’est pas Zakaria Boualem, c’est incontestable. C’est un problème entre notre extraordinaire administration et elle-même. ça n’empêche pas cette dernière de le sommer de retourner à Guercif pour vérifier le numéro en question. Elle est comme ça, notre héroïque administration. Elle crée toute seule des problèmes qui deviennent aussitôt les vôtres. Il paraît qu’il y a d’autres dans le monde qui proposent des solutions par Internet, la nôtre produit des problèmes inextricables et, depuis peu, soyons honnêtes, des campagnes de publicité superbes. Je n’ai même pas la force de continuer à vous raconter la suite de l’histoire, c’est épuisant. Sachez seulement que trois jours de congés plus tard, Zakaria Boualem a bien vérifié que le numéro sur le premier extrait était exact, donc faux. On se contentera, pour terminer, de rappeler la devise de notre valeureuse administration : arrogance et incompétence.

 
 
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