N° 407
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Transports. ONCF Un office qui déraille ?
L'ACTU ÉCONOMIE



Par Youssef Ziraoui

Transports. ONCF un office qui déraille ?

Face à la baisse de ses activités de fret, l’ONCF mise beaucoup sur le transport de voyageurs. (TNIOUNI)

A la veille du lancement d’une grande opération d’emprunt obligataire, la compagnie ferroviaire étatique affiche une santé financière fragile. Décryptage.


Question à un milliard de dirhams : pourquoi l’Oncf a-t-il lancé un emprunt obligataire d’un tel montant ? La réponse de la note d’information de l’Office tient en une phrase : “Pour financer le surcoût lié au raccordement de Tanger Méditerranée et au développement de la
liaison ferroviaire Taourirt-Nador”.

Un train de retard
Ainsi donc, la compagnie ferroviaire a besoin d’une “rallonge”, histoire de boucler une fois pour toute le budget du contrat-programme 2005-2009, qui nécessitait à l’origine une enveloppe de 15,5 milliards de dirhams. Car entre-temps, il y a eu des “imprévus”. L'Office avance une série d’explications, plus ou moins détaillées, plus ou moins convaincantes : changement du tracé initial de la ligne Taourirt-Nador “à cause des doléances des riverains”, intempéries en 2008 qui ont causé “d’énormes dégâts” et provoqué l’arrêt des travaux durant de longs mois, “nature du sol fortement accidenté” pour Tanger Med, etc. Soit, mais ces risques n'auraient-ils pas dû être quantifiés au préalable ? “L’extension du réseau ferroviaire national est un projet d’infrastructure de grande envergure, certains paramètres ne peuvent être prévus avec exactitude avant le stade de l’exécution, et parfois même après l’exécution, argumente la direction de l’Office. Certains choix qui ont été retenus se traduisent par des solutions techniques différentes de celles prévues initialement, impactant le coût du projet”.
Au final, l’Oncf a revu son budget à la hausse, désormais fixé à 18 milliards de dirhams. “Ce différentiel, de près de 2,5 milliards de dirhams, a d’ores et déjà été honoré à hauteur de 1,5 milliard par des lignes de financement nationales et internationales”, détaille le top management de l’Office. Manque donc la bagatelle d’un milliard de dirhams. D’où cet appel public à l’épargne portant sur 10 000 obligations d’une valeur nominale de 100 000 dirhams, cotées et non cotées à la Bourse de Casablanca. Les souscripteurs, attendus le 18 janvier, percevront ainsi un intérêt de 5,12 % (taux du marché sans risque), agrémenté d’une prime de risque de 1%, soit 100 points de base (pbs). Et 100 pbs, c’est plus que ce qu’offrait l’Oncf lors de sa dernière sortie sur le marché en 2006. La prime de risque n’était alors que de 80 pbs. Pourquoi une telle évolution ? Le titre Oncf serait-il devenu un placement plus hasardeux qu’il ne l’était il y a quatre ans, au point que l’Office soit disposé à offrir plus, pour attirer un maximum de souscripteurs ? L’état-major de l’entreprise publique nous répond : “Ce n’est pas le cas. D’ailleurs, nous avons sondé le marché, et le papier Oncf est très demandé”. Notre source conclut : “Les 20 pbs que nous avons ajoutés permettent de compenser une éventuelle hausse des taux d’intérêt. N’oubliez pas qu’il y a très peu de liquidités sur le marché”.

Demain, le bout du tunnel ?
Il reste que ces dernières années, la situation financière des chemins de fer n’a cessé de se détériorer. Les comptes de l’Office font état réalisations nettement moins reluisantes que celles promises par le management en 2006. On est loin, très loin des 777 millions de dirhams de résultat net promis pour 2009. Et pour cause, au premier semestre 2009, l’Oncf enregistre un résultat déficitaire de -372 millions de dirhams. Les charges financières y sont pour quelque chose, elles qui représentent cette année le quart du chiffre d’affaires de l’Office. “Mais que voulez-vous, nous sommes dans un secteur très capitalistique, et puis, nous sommes actuellement en pleine phase d’investissement. Chaque dirham que nous empruntons trouve sa contrepartie en immobilisation…”, avance-t-on du côté de la direction de l’Office. “Par ailleurs, notre ratio d’endettement est de 42%, ce qui le situe à un niveau très acceptable. Des sociétés ayant des activités similaires montent jusqu’à 70% du total passif”.
Pour autant, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Car la rentabilité commerciale de l’Office (résultat d’exploitation rapporté au chiffre d’affaires) s’est elle aussi détériorée, passant de 30% en 2006 à -2 % au premier semestre 2009. La faute à qui ? A des charges d’exploitation qui croissent, auxquelles s’ajoutent des dotations aux amortissements atteignant des montants stratosphériques, mais aussi et surtout à un chiffre d’affaires qui stagne à 3,2 milliards de dirhams depuis 2006. “Crise financière et économique internationale oblige, le trafic des phosphates a diminué en 2008 et 2009 respectivement de -15% et de -23% en termes de tonnages transportés. Ce qui a engendré des écarts par rapport aux prévisions initiales…”, explique-t-on du côté de l’Office. Et le pire est à venir, avec la rupture du contrat liant l’Oncf à l’OCP (Office chérifien des phosphates), si, comme prévu, celui-ci venait à décider d’acheminer ses minerais avec son propre pipeline. Or, les phosphates, c’est, bon an mal an, 1,5 milliard de dirhams de chiffres d’affaires pour l’Oncf, soit 50% des recettes de l’Office. Ce qui nous amène cette fois-ci à la question à 1,5 milliard de dirhams : comment l’Oncf survivra-t-il sans la perfusion de l’OCP ? “L’Etat, actionnaire des deux établissements publics, veillera à la fois à ce que l’OCP puisse atteindre ses objectifs stratégiques sans hypothéquer ceux de l’Oncf”, rassure une source à la direction des chemins de fer, qui semble afficher un optimisme à toute épreuve. “Nous tablons sur une reprise progressive suite à la sortie de crise. Notons par ailleurs que l’activité de transport de voyageurs continue d’enregistrer une progression soutenue en dépit de la conjoncture économique défavorable”. Bref, même s’ils roulent à perte, nos trains ont encore du chemin à parcourir.

Stratégie. Comment inverser la vapeur ?
50millions de voyageurs, c’est l’objectif (ambitieux) que s’est fixé l’Oncf à l’horizon 2015. L’Office promet qu’en 2030, de Tanger à Agadir, et de Casablanca à Oujda, on roulera tous en TGV. Tout en développant l’activité de transport de marchandises, la compagnie ferroviaire mise beaucoup sur le transport de voyageurs, appelé à occuper une place prépondérante dans son chiffre d’affaires à moyen terme. Ce faisant, l’Oncf inverserait la vapeur, et ses équilibres financiers ne seraient plus tributaires du seul acheminement des phosphates et autres matières premières. Cela contribuera aussi au développement du Maroc, “car, empiriquement, il ressort que les régions desservies par des voies de chemin de fer doublent leur PIB à moyen terme”, note-t-on à l’Oncf. Et au train où vont les choses, les chemins de fer pourraient bien devenir une locomotive de la croissance. Mais à quel prix ?

 
 
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