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Par Meryem Saadi
Droits de l’homme. Le forum ne renonce jamais
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La famille de Saïda Menebhi, décédée en 1978, attend toujours des excuses officielles. (DR)
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Avec 10 ans d’existence et un 3ème président à la barre, le Forum vérité et justice (FVJ) n’a pas renoncé à son objectif : faire la lumière, toute la lumière, sur les abus en matière de droits de l’homme.
Le Forum a renouvelé ses instances dirigeantes lors de son congrès national, tenu fin 2009. Mustapha Manouzi est devenu le troisième président de l’organisation, succédant ainsi à Mohamed Sebbar et à feu |
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Driss Benzekri. Si les porte-drapeau du Forum changent, le message est resté le même depuis dix ans : vérité et justice. Deux mots qui continuent de résonner dans les esprits des familles des victimes des années de plomb du règne de Hassan II.
La responsabilité de l’Etat
L’important travail de réconciliation nationale, lancée sous la houlette du nouveau régime, n’a toujours pas abouti. Comme le martèle le Forum, l’ultime nécessité du pardon dans toute démarche de recherche de la vérité ne peut se faire sans une reconnaissance par les instances dirigeantes de notre pays de leur implication dans les exactions. Pour faire simple, des excuses officielles sont indispensables. Or depuis dix ans, pas une année ne se passe sans que les familles de disparus ne montent au créneau pour rappeler cette exigence. Parmi eux, Khadija Menebhi, sœur de Saïda Menebhi, militante des droits de l'homme décédée en 1978 des suites d'une grève de la faim. Plus de 40 ans après sa mort, la famille de la jeune femme réclame encore des “excuses publiques, présentées par le sommet de l’Etat”. C’est aussi l’une des principales revendications du Forum vérité et justice. Un objectif difficile à atteindre ? Sans aucun doute. Mais le Forum tient à aller jusqu’au bout, même si cela doit prendre dix ans de plus. “Ce n’est pas une revendication surréaliste, puisque Mohammed VI a validé et approuvé le rapport final de l’Instance équité et réconciliation, qui recommande à l’Etat de présenter ses excuses aux familles des disparus des années de plomb”, explique Mustapha Manouzi.
Dans l’attente de cette formalité d’ordre historique, le nouveau président du Forum vérité et justice doit se concentrer sur les nombreux chantiers ouverts par l’Instance équité et réconciliation (IER). Force est de constater que près de cinq ans après la publication du rapport de cette commission royale, ses recommandations “pour éviter la répétition des violations des droits de l’homme” sont restées lettres mortes. En 2005, l’instance créée par Mohammed VI et dirigée par Driss Benzekri suggère la ratification des traités internationaux relatifs aux droits civils et politiques, l’adhésion à la Cour pénale internationale, mais également un renforcement de l’arsenal juridique national pour renforcer la protection des libertés individuelles au Maroc. “Il est clair que l’une des priorités du Forum est de faire en sorte que les principales recommandations de l’IER soient enfin appliquées, en particulier celles concernant l'indépendance et l’intégrité du pouvoir judiciaire”, affirme Mustapha Manouzi. Et cela, sans oublier l’amélioration de la situation des prisonniers au Maroc, la promotion de la culture des droits de l'homme ou encore l’encouragement de la “recherche scientifique concernant l'histoire moderne et contemporaine du Maroc”.
Le chemin de la guérison
Au-delà de l’établissement des faits et de la recherche de la vérité, l’organisation de Mustapha Manouzi a également pour ambition de relancer le débat sur l’impunité. Les responsables d’exactions commises pendant les années de plomb devraient-ils être jugés ? Pour la plupart des associations des droits de l’homme, ainsi que pour les familles des victimes, la réponse est évidemment oui. En 2000, bien avant la création de l’IER, l’Association marocaine des droits humains (AMDH) diffusait déjà une liste de personnes présumées responsables de “disparitions, de détentions illégales et de torture sous le règne de Hassan II”. Et en 2004, lorsque l’IER auditionne en public les rescapés, la question fait polémique. Mais les statuts de la commission précisaient que “ses attributions sont non judiciaires et n’invoquent pas la responsabilité individuelle dans les violations”. Aucune poursuite judiciaire n’avait donc été entamée à l’époque. Aujourd’hui, le débat reste d’actualité. Les derniers rebondissements dans l’affaire de la disparition de Mehdi Ben Barka l’ont bien prouvé. “Il est clair que l’Etat est le premier responsable de tout ce qui est arrivé, mais pour que toute la vérité sur les années de plomb soit dévoilée, il est impératif que l’immunité des responsables soit levée”, déclare le nouveau président du Forum.
La reconnaissance du statut de victime garantie par les auditions publiques de l’IER n’est qu’un premier pas vers le chemin de la guérison pour les victimes des années de plomb et leurs familles. Les associations, telles le Forum, sont là pour rappeler à l’Etat qu’il ne saurait faire l’impasse sur une justice réparatrice. Ni d’ailleurs sur le travail de mémoire. “Pour nous, faire en sorte que les nouvelles générations de Marocains n’oublient pas ce qui s’est passé pendant les années de plomb est à la fois une mission et un devoir qui nous tiennent à cœur”, explique Mustapha Manouzi. C’est pour cela que le Forum organise régulièrement, et cela depuis plusieurs années, des caravanes à destination de Kelaât Mgouna, Agdz, Derb Moulay Chrif, Dar Mokri ou encore Tazmamart. Sans parler des veillées à la mémoire des victimes décédées dans ces bagnes, ou encore des disparus des émeutes de 1965 et 1981, événements tragiques loin d’avoir été résolus. Mais aujourd’hui, le Forum veut aller encore plus loin pour s’assurer que le Maroc de demain n’oubliera pas l’une des ères les plus sombres de son histoire. “Nous allons tout faire pour que l’Etat se décide à introduire un chapitre sur les années de plomb dans les programmes scolaires”, promet le président de l’association. Autre objectif du Forum, mettre en place une journée nationale à la mémoire des disparus. Et cela n’aurait pas qu’une portée symbolique. “Ce serait véritablement un grand pas vers la réconciliation entre l'Etat et la société”, poursuit-il. Mustapha Manouzi a donc du pain sur la planche, sans oublier la nécessité de fédérer les militants du Forum issus de partis politiques différents. Dans la même optique, le nouveau président compte également renforcer les liens du FVJ avec les autres associations des droits de l’homme au Maroc, comme l’AMDH ou encore l’OMDH. L’objectif à long terme ? Que toutes ces associations arrivent à organiser enfin une deuxième édition du Débat national sur les droits de l’homme. |
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Bio. Manouzi, “mamfakch”
Du haut de ses 51 ans, Mustapha Manouzi compte bien prouver que le Forum vérité et justice a toujours son mot à dire. “Mamfakinch” (“Nous ne lâcherons pas” en darija), le slogan lancé en décembre dernier lors du congrès national de l’association, n’a donc pas été choisi au hasard. Avant de devenir le troisième président du FVJ, cet avocat, agréé près la Cour Suprême depuis une vingtaine d’années, occupait déjà la fonction de secrétaire général de l’association, fondée en 1999 par les familles des victimes des années de plomb. La disparition en 1972 de son cousin Houcine Manouzi, célèbre syndicaliste, l’avait naturellement amené à rejoindre les rangs du Forum dès sa création. En succédant à feu Driss Benzekri et à Mohamed Sebbar, il hérite d’une association qui a joué un rôle primordial dans le dossier des droits de l’homme au Maroc au début du règne de Mohammed VI, mais que beaucoup considèrent aujourd’hui comme “dépassée”. Pour se débarrasser de cette étiquette, l’avocat, connu pour ne pas avoir la langue dans sa poche, compte tout d’abord fédérer son association autour de lui. Bonne chance, monsieur le président. |
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