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Par Karim Boukhari
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Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)
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Festival de CAN
La plus grosse actualité du moment, en dehors de la catastrophe naturelle qui a frappé Haïti, se rapporte au football. Mais pas seulement au football, comme on le verra plus loin. La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) qui se déroule actuellement en Angola a démarré dans le sang : le 8 janvier, deux bus transportant l’équipe du Togo ont été mitraillés par des rebelles à la frontière entre le Congo et le Cabinda, une province angolaise qui a des aspirations indépendantistes. Bilan : 2 morts et plusieurs blessés. Le Togo a fini par déclarer forfait, refusant |
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de disputer la CAN. Et les officiels du foot africain, après avoir craint le pire (l’annulation de la compétition), ont repris les choses en main. Issa Hayatou, patron du foot africain, a eu cette phrase terrible pour expliquer que le foot devait reprendre malgré le sang : “Il fallait sauver ce qu'il y avait de mieux en Afrique : la CAN”. On n’est plus en territoire de foot, mais ailleurs. La décision de disputer la CAN malgré l’irruption du terrorisme obéit à un double objectif : politique et économique. Politiquement, comme l’a dit Hayatou, le foot est aujourd’hui le premier argument de l’Afrique. Il suffit de rappeler que lorsque la Côte d’Ivoire, il y a encore 4 ans, était pratiquement en guerre civile, il a fallu que ses footballeurs se qualifient pour la Coupe du Monde pour fédérer tous les Ivoiriens et assurer la pérennité du régime en place. A ce point. Politiquement toujours, renoncer au foot parce qu’il y a eu le sang peut être perçu comme une défaite contre le terrorisme. Et ça, même les Américains, si cela se trouve, n’en voudraient pas. Sans parler du gouvernement mondial du foot, la FIFA. En 1972, l’assassinat de plusieurs athlètes israéliens n’a pas empêché les Jeux Olympiques de Munich de se tenir. Car le sport en général est depuis longtemps le premier vecteur de communication politique. Un match gagné, une compétition bien organisée ou une médaille olympique font plus, pour la crédibilité d’un pays, que des élections libres et démocratiques. Ce n’est pas la France blanc-black-beur de 1998 qui dira le contraire. Sarko et les siens savent très bien, d’ailleurs, qu’une victoire tricolore au Mondial 2010 (qui aura lieu en Afrique !) est la seule clé pour passer la crise sur l’identité nationale à la trappe. Maintenant, le maintien de la CAN obéit aussi à des objectifs clairement économiques. Il n’y a qu’à voir la valeur marchande des meilleurs joueurs africains, qui se monte à plusieurs centaines de millions de dirhams, pour comprendre la taille des enjeux financiers. Car derrière, il y a les sponsors, les droits d’image et les contrats de retransmission télé. Et on imagine mal tous ces gens, et la montagne d’argent qu’ils drainent, lâcher le morceau à cause d’un attentat, aussi meurtrier puisse-t-il être.
Mamma Africa
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le Maroc est concerné par le “festival de CAN”. D’abord parce qu’il est africain, ce qu’il nous arrive souvent d’oublier. Ensuite parce que le Maroc vient de se déclarer candidat à l’organisation de cette même CAN, en 2016. Et qu’il a beaucoup à prouver. Il doit surtout comprendre que ce qui vient de se passer en Angola n’est pas une raison de railler l’Afrique et de la prendre de haut. Bien sûr que l’équipe du Togo aurait pu prendre l’avion au lieu du bus, et bien sûr que l’Angola aurait pu éviter d’organiser des matches au Cabinda (s’il l’a fait, c’est pour montrer qu’il contrôlait la situation dans cette zone contestée). Tout cela renvoie, évidemment, à un certain sous-développement de notre continent. Mais cela s’arrête là. Le Maroc aussi est sous-développé, malgré tous ses progrès. Le Maroc aussi a besoin de prouver qu’il est capable d’organiser une CAN, pour commencer. La seule CAN tenue au Maroc, celle de 1988 avec seulement huit sélections africaines (elles sont passées depuis à 16), a été un fiasco populaire. Valeur aujourd’hui, notre pays ne possède même pas l’infrastructure sportive et “utilitaire” (réseaux routiers, hôpitaux, parkings, services) pour organiser ce que l’Angola, malgré ses problèmes au Cabinda, est en train de réussir. Inspirons-nous de la fameuse phrase de Issa Hayatou et prions pour que le Maroc, qui continue de bouder l’Union Africaine, recolle au moins au train de la CAN. C’est ce qui se fait de mieux en Afrique, notre continent. |
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