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Par Youssef Ziraoui
“Mon cœur est marocain”
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Lino Bacco, responsable programmes de Radio Mars (TNIOUNI)
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Antécédents
| 1945. |
Naissance à Casablanca. |
| 1965. |
Décroche son Brevet au Lycée technique de Casablanca.
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| 1989. |
Secrétaire général de la Chambre de commerce italienne. |
| 1991. |
Consultant sportif à 2M. |
| 2005. |
Edite l’Annuaire du football marocain. |
| 2009. |
Responsable de la programmation à Radio Mars, dont il est l’un des associés. |
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Le PV Lino Bacco, Louis Gaspard Lobianco à l’état civil, roule les “r” quand il s’exprime dans la langue de Molière, et ponctue ses phrases de “hamdoullah” quand il parle en darija. Cravate jaune, pantalon ceinturé haut façon Jacques Chirac, physique imposant, le journaliste sportif co-dirige aujourd’hui Radio Mars. Au 14ème étage d’un immeuble du centre-ville, son bureau offre une vue imprenable sur la ville de Casablanca. Sa ville. Le journaliste sportif est un Bidaoui, un vrai de vrai, un “would roche noires” comme il se qualifie, rappelant que sa famille est installée au bled depuis un siècle. Pendant des lustres, le Jean-Michel Larqué marocain a co-animé Planète foot sur 2M, portant un regard critique sur le ballon rond. Sauf quand il s’agit de son équipe préférée : l’AS Roma. Là, le journaliste sportif manque terriblement d’objectivité. Mais n’allez pas le titiller sur ce terrain, au risque de vous prendre un tacle appuyé.
Smyet bak?
François Lobianco.
Ah, ce n’est pas Bacco son nom de famille ?
Lino Bacco, c’est un anagramme de Lobianco. J’étais obligé d’avoir un pseudo à l’époque où je travaillais au Petit Marocain, car j’enseignais en même temps.
Votre vrai prénom, c’est quoi ?
J’ai honte…
Dites quand même…
Louis Gaspard.
Smyet mok ?
Catherine, j’aime bien le prononcer à l’américaine, à la Katharine Hepburn.
Nimirou d’la carte ?
Alors voilà, c’est le BE 17 34 32 (en arabe dans le texte).
Vous avez la nationalité marocaine ?
Non, je ne l’ai jamais demandée. Mais dans mon cœur, je me sens marocain. Quand je vais à Rome, l’une des plus belles villes du monde, au bout de trois jours, je n’en peux plus, je dois revenir au bled.
Comment se passe votre nouvelle vie à la radio ?
Bikher ou 3la Khir. Bon, il y a toujours des réajustements à faire, mais c’est bien parti.
A 65 ans, vous n’avez pas envie de raccrocher ?
Non, c’est impossible. Le sport, c’est ma raison d’être. Quand une Coupe du Monde se termine, j’ai le blues. Pendant la trêve hivernale, c’est pareil, je m’ennuie à mourir.
Le petit écran, ça vous manque ?
Un peu. Mais avec 17 ans à 2M, je me dis “Safi, baraka”.
Vous signez des autographes quand vous faites vos courses ?
A une époque, j’en signais pas mal.
Vous aimez ça ?
Oui bien sûr, certains vous disent ‘oh ça m’embête’, mais je suis sûr que c’est du cinéma, ça fait toujours plaisir, à certaines exceptions près.
Comme quoi ?
Un jour, j’étais avec le boxeur Khalid Rahilou après un match à Casablanca où il venait de remettre en jeu sa ceinture de champion du monde. Un type s’est avancé vers moi et m’a demandé un autographe. Je lui ai dit : “Mais ça ne va pas la tête ou quoi. Vous avez un champion du monde de boxe devant vous, c’est à lui que vous devez demander un autographe !”.
Selon un récent sondage, une grande majorité de Marocains estiment que le Maroc ne retrouvera jamais une dream team à l’image de celle de 1986, avec les Bouderbala & Co. Et vous ?
On n’arrête pas de dire que le Maroc est un pays de foot, qu’on a des joueurs talentueux. Mais la matière humaine ne suffit pas, il faut canaliser tout ça, former des formateurs.
Vous êtes pour l’arbitrage vidéo ?
Oui, mais pas systématiquement. Il faudrait laisser jouer certaines actions et puis donner un challenge aux capitaines d’équipe, comme au tennis. Cela permettra de visionner a posteriori certaines actions litigieuses.
Selon vous, le plus grand joueur de tous les temps est…
Larbi Ben Barek, définitivement. Je l’ai vu jouer à 55 ans lors d’un match d’exhibition. Il se baladait à côté de mecs qui avaient 20 ans de moins que lui. Dans l’ère moderne, je pense que le plus grand, c’est Maradona.
Vous étiez fan de Bouderbala aussi, non ?
Si. Je l’avais emmené faire un essai à l’Inter de Milan… Balle au pied, c’était un génie. Je disais qu’il pouvait dribbler de Casa à Milan.
Parlez-nous d’un autre ami à vous, Saïd Aouita.
Ah, quel champion ! Il a peut-être raté sa reconversion depuis qu’il a arrêté de courir, mais c’est un grand. Je me souviens qu’après sa victoire au JO de Los Angeles en 1984, on a déjeuné ensemble autour d’un bon couscous, on visionnait en boucle son 5000 mètres sur un magnéto importé du Moyen-Orient, qui coûtait horriblement cher (rires).
Vous aimez la chanson marocaine ?
Oui, je suis fan de Naïma Samih, Nass El Ghiwane, Lemchaheb et Jil Jilala.
Le journalisme a fait de vous un homme riche ?
Absolument pas. Je suis un bon commercial quand il s’agit de vendre les autres, mais pas pour moi.
Vous aimez les belles Italiennes ?
Comment ça ?
Les voitures, vous aimez les belles Italiennes ?
(rires) Oui, bien sûr, je roule en Alfa Romeo.
Vous allez au stade ?
Moins qu’avant. Le stade, c’est super, on éprouve des sensations qu’on ne peut pas retrouver chez soi, même avec un écran de 90 pouces et un super-home cinéma. Quand les supporteurs mettent l’ambiance, chantent, l’émotion monte. J’en ai les larmes aux yeux, parfois.
Vous y allez en famille ?
Non, c’est impossible aujourd’hui.
A cause du hooliganisme ?
Oui, c’est une minorité qui mine les stades. Mais attention, ne confondez pas ultra et hooligan. Les ultras sont des supporters qui dépensent des milliers de dirhams pour confectionner leur tifo, qu’ils font coudre par leurs mères, leurs sœurs. Les hooligans par contre sont là juste pour foutre la pagaille.
On scande votre nom dans le stade ?
Oui, les Wydadis citent mon nom dans une de leurs chansons. Les Rajaouis m’ont déjà préparé une banderole en italien qui dit : “Le virage te salue”.
Vous faites encore la java, comme quand vous aviez 20 ans ?
Parfois, je suis prêt à faire des incartades de jeune homme tant j’ai l’impression d’être encore un gamin. A une époque, je faisais la fiesta sans arrêt. J’étais de ceux qui faisaient les nuits casablancaises. Quand je sortais du Petit Marocain avec les collègues, on tapait la pétanque à l’USM, puis on allait dîner, on faisait des tables à 20 personnes, des gens du théâtre, du cinéma. On restait jusqu’à la fermeture, puis on allait en boîte sur la corniche.
Bagarreur ?
Pas tellement. Je me souviens juste d’une baston à la sortie de l’école. J’étais avec un copain et on ne se tenait pas par la main. Pourtant, on s’est fait traiter de ce que vous savez. L’ami en question m’a dit : tu prends celui de droite, moi celui de gauche. C’était parti !
Vous êtes un sportif du dimanche ?
Je fais un peu de jogging, c’est tout. Avant, je faisais du culturisme, du rugby, j’ai même fait un peu de catch. Je me rappelle, on s’entraînait avec les amis dans une salle au Maârif. Les voisines nous épiaient par les persiennes, c’était sympa (rires).
Wydadi ou Rajaoui ?
Sincèrement, les deux.
Couscous ou pâtes ?
Au risque de vous décevoir, les deux.
Vous faites attention à votre ligne ?
Oui, surtout depuis que ma fille me dit : ‘Papa, mes copines trouvent que tu es gros’.
Plutôt dribbleur ou altruiste sur le terrain ?
Altruiste. J’étais ailier gauche. Je me souviens d’une rencontre journalistes contre sportifs. J’avais oublié mes chaussures à crampons. Du coup, je glissais et je feintais les adversaires sans le faire exprès.
Votre insulte préférée ?
Je n’arrive pas à insulter en italien, je préfère la darija, et mon insulte préférée c’est “In3al bouk ou bouh” (rire).
Vous êtes rital et vous le restez, comme dans la chanson ?
C’est clair ! |
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