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Par Meryem Saadi
Reportage. Ma 6T va craquer
Avec ses 300 000 habitants et ses 40 kilomètres carrés, Sidi Moumen est une ville dans la ville. Question : comment
va-t-elle ?
Notoirement célèbre pour avoir produit les kamikazes des attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, Sidi Moumen est aujourd'hui un quartier en mal d’être. L’attention qu’on lui a portée après les évènements s’est tue et les caméras de télévision se sont éteintes, laissant derrière elles des paysages urbains toujours marqués par la misère. Les bidonvilles sont |
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encore là, à perte de vue.
Sans verdure ni culture
“Il ne faut pas se voiler la face, notre situation est aussi précaire qu’avant. L’Etat nous a encore oubliés, tout le monde nous a oubliés”, se lamente Ali, un jeune imam, qui partage avec plusieurs membres de sa famille quelques mètres carrés dans un douar du quartier. Le manque d’infrastructures est criant : l’eau et l’électricité sont une source d’inquiétude au quotidien pour ses habitants et le service de collecte des ordures est clairement insuffisant. Pourtant, entre 2005 et 2007, le ministère de l’Habitat a lancé la construction de logements sociaux. Un effort qui s’est avéré insuffisant face aux 23 000 foyers enlisés dans une précarité qui semble se transmettre de génération en génération. Ici, toute perspective de mobilité sociale paraît illusoire. L’offre d’appartements à bas prix (pour certains à 35 000 dirhams) n’a pas suscité d’engouement. Et de nombreuses familles ont choisi de rester dans les bidonvilles. “Les autorités ne se rendent pas compte de la complexité du problème. Elles proposent un seul appartement pour des familles composées de trois générations, sous prétexte que leurs membres vivent déjà ensemble, explique Yassine, jeune diplômé-chômeur du douar Thomas. Mais il est hors de question pour nous de partir pour nous retrouver à 15 dans un appartement de 85m2”.
Aux côtés des bidonvilles se dressent donc les lotissements bâtis par l’Etat. Autour de cette dizaine de barres de béton, pas ou très peu d’arbres. Les architectes du projet ont manifestement fait l’impasse sur les espaces verts. Idem pour les services culturels et “récréationnels”. “Il n’y a même pas de jardins, ni de bancs pour s’asseoir. Malgré notre nouvel appartement, nous avons toujours l’impression de vivre à douar Thomas”, explique Amina. Cette lycéenne qui vient de s’installer avec sa famille dans un immeuble de Salam 1, un des deux lotissements construits par l’Etat, ne se rend que très rarement dans le centre-ville de Casablanca. Pas étonnant, car il lui faudrait plus d’une demi-heure en grand taxi pour y arriver. Un voyage, ou presque.
Seule alternative pour tromper l’ennui : quelques cafés, une poignée de cybercafés ou des terrains de football improvisés sur la terre battue. Pas de salle de cinéma, de librairie ou de bibliothèque pour les habitants de Sidi Moumen. De nombreux observateurs craignent que ces nouveaux quartiers se transforment, rapidement, en foyers de laissés pour compte.
Stade de foot et cité auto
Mais tout n'est pas gris pour autant. Pour pallier le sentiment d’exclusion des habitants de Sidi Moumen, les associations caritatives s’activent. “Une chose est sûre, les attentats ont poussé la société civile à réagir. Aujourd’hui, il y a plus de 200 associations à Sidi Moumen. Avant 2003, ont pouvait les compter sur les doigts d’une main”, affirme Larbi Zahidi, militant associatif et membre actif au sein du Résaq (Réseau des associations de quartier de Casablanca). Toujours selon Zahidi, la répression menée par l’Etat après les événements de 2003 a facilité l’action sociale des associations : “Les intégristes se font petits, ils nous laissent faire notre travail”. Au moins cela de gagné. Car la partie n’était pas gagnée d’avance. “Lorsque nous avons lancé notre association féminine en 1998, la réaction des hommes de la communauté, intégristes ou pas, était généralement hostile et agressive”, explique Ouarda Jardi, licenciée en droit arabe et fondatrice de l'association féminine Arraidat (Les pionnières). Et d’ajouter : “Aujourd’hui il y a un réel espace de débat, et personne ne remet plus en question notre existence”.
Comme beaucoup d'autres, Ouarda Jardi s’est vu attribuer un local dans le cadre de l’INDH (Initiative nationale pour le développement humain). Depuis les événements de 2003, une moyenne annuelle de 1500 femmes bénéficient de formations dans différents domaines. Certaines apprennent à lire et à écrire sur le tard, d’autres se lancent dans la couture, la coiffure, l’esthétique ou encore la pâtisserie, voire l’informatique. En 2008, une école des métiers du cinéma, dirigéé par l'acteur-réalisateur Hamid Basket, a ouvert ses portes aux jeunes de Sidi Moumen. Autant d’initiatives lancées par la société civile.
De son côté, l’Etat planche sur la construction d’un stade de football et d’une cité automobile. D’une superficie de 190 hectares, ce projet en gestation devrait rassembler des usines de montage équipées selon les normes internationales, des espaces de vente, ainsi qu’un centre de formation aux métiers de l’automobile. De quoi donner un nouveau sens à la vie des habitants de Sidi Moumen. Beaucoup ont envie d’y croire, ils ont juste peur d’être déçus. Encore une fois. |
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Zoom. En attendant 2013
S’il y a une activité qui fait fureur chez les jeunes de Sidi Moumen, c’est bien le football. Tous les jours, des associations organisent des séances d’entraînement et des tournois. Aziz Morjana, la quarantaine, chômeur et grand amateur de ballon rond, encadre une soixantaine de garçons des douars Thomas et Sekouila. Aziz a décidé, il y a quelques années, de se consacrer aux enfants de la communauté. “Heureusement, c’est une association qui prend en charge l'acquisition des ballons et des maillots des enfants”, précise-t-il. Faute de moyens, les apprentis footballeurs foulent le terrain en sandales en plastique. Les espadrilles, ce sera pour plus tard. “Je rêve de jouer avec une vraie tenue, sur un vrai gazon et dans un vrai stade”, lance Rachid. Du haut de ses dix-huit ans, le footeux attend la construction du grand stade olympique de 70 000 places, qui devrait voir le jour d’ici 2013, comme le promet le nouveau schéma directeur de Casablanca. D’ici là, comme tant d'autres jeunes de la cité, Rachid espère simplement trouver un travail et fonder une famille. |
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