N° 407
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

ZB se doutait qu’il fallait au minimum un conflit armé pour envisager le
retour du Maroc à la CAN.


Nom : Boualem
Prénom : Zakaria.
né en 1976 à guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque.


Le monde est devenu un peu débile et tout le monde le sait, même Zakaria Boualem. Ça ne l’empêche pas de venir vous raconter ce qui le révolte chaque semaine, comme s’il pouvait y changer quelque chose. Tenez, par exemple, l’attaque du bus des joueurs togolais dans le nord de l’Angola, une sinistre affaire : des morts, une Coupe d’Afrique qui démarre dans le sang, un long cafouillage organisationnel. Rien de bien brillant, vraiment. Figurez-vous qu’il s’est trouvé chez nous des esprits subtils pour se réjouir de cette affaire, pensant qu’on proposerait à notre valeureuse équipe nationale de prendre la place des Togolais qui nous avaient éliminés sur le terrain. Voilà donc où nous en sommes rendus. Cette attitude confirme ce dont Zakaria Boualem se doutait un peu, à savoir qu’il fallait au minimum un conflit armé pour envisager une éventuelle participation des Marocains à une compétition importante. Mais il y a encore pire. Zakaria Boualem a lu des articles très sérieux
où des journalistes européens s’inquiétaient un peu pour la Coupe du Monde en Afrique du Sud. L’Angola et l’Afrique du Sud n’ont aucune frontière commune, leurs capitales sont distantes de plusieurs milliers de kilomètres mais on s’en fout. Imagine-t-on un instant un journaliste marocain, qu’on ne saurait pourtant soupçonner de stakhanovisme ou d’excès de rigueur, expliquer que le derby milanais est en danger à cause d’attentats dans le métro londonien ?
Ce n’est pas tout. Zakaria Boualem a remarqué que lorsqu’il y a des attentats à New York, les New Yorkais sont des victimes du terrorisme. Lorsqu’il y a des attentats à Londres, les Londoniens sont des victimes du terrorisme. Dans ce cas, les terroristes sont eux aussi anglais mais ça ne modifie pas le statut des Londoniens : ils sont des victimes du terrorisme avant tout. En Afrique, lorsqu’il y a un attentat, les Africains ne deviennent pas des victimes du terrorisme mais des terroristes. Chez les Arabes, c’est encore pire. Après les attentats du 16 mai, nous aurions pu devenir, comme les Etats-Unis, un pays meurtri. Nous aurions pu partager avec nos amis américains la douleur d’avoir été frappés dans notre chair, faire des émissions de télévision ensemble et une chanson ou deux pour emballer toute cette émotion qui déborde. Au lieu de cela, nous sommes devenus louches, collectivement…Bref, Zakaria Boualem est toujours du mauvais côté. Une dernière question pour terminer. Que diriez-vous si un footballeur égyptien, coincé par la police des mœurs en plein dérapage nocturne en dehors des liens sacrés du mariage hétérosexuel, était contraint à faire son mea culpa devant la télévision nationale et à présenter ses excuses au peuple, s’il se retrouvait viré de son équipe pour ce seul motif, et finalement contraint à abandonner son sport sous la pression de la police des mœurs. Un vrai scandale, non ? Vous feriez comme tout le monde, vous invoqueriez le mépris des libertés individuelles, la culture du lynchage, la montée d’un ordre moral fascisant et probablement intégriste, l’hypocrisie et la schizophrénie bien connues des Arabes, elles-mêmes issues de leur culture islamique et de la masse de complexes qu’ils transportent avec eux depuis des siècles.
Eh bien, vous auriez tort, parce que ce sportif est américain. Il s’appelle Tiger Woods, un génie du golf selon les spécialistes. Le reste de l’histoire est parfaitement exact, il suffit de remplacer la “police des mœurs” par “la presse people” et vous obtiendrez un excellent sujet de méditation.
La conclusion s’impose d’elle-même : la vague de débilité qui nous submerge actuellement n’est ni marocaine ni arabe. Elle est mondiale. Cela peut sembler rassurant pour nos egos, mais ne vous y trompez pas : c’est une nouvelle catastrophique. Sur ce, Zakaria Boualem vous remercie.

 
 
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