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Par Aïcha Akalay
Yassir Zenagui. Le golden boy devenu ministre
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Yassir Zenagui fait la
promotion de son secteur
au 2ème Congrès des métiers
du tourisme à Marrakech. (DR)
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Sur le nouveau ministre du Tourisme, on ne sait pas grand-chose. Les informations filtrent au compte-gouttes, et la Toile a été épurée de toute trace de lui. TelQuel a mené l’enquête sur l’inconnu du gouvernement.
“Je préfère rester discret”. C’est tout ce que l’on pourra obtenir de Yassir Zenagui. D’un ton poli, presque désolé, il explique qu’il a un agenda chargé et “qu’une campagne de communication sera lancée en |
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temps voulu”. Le discours est déjà bien huilé, malgré les temps d’hésitation marqués par sa voix fluette de jeune premier. Depuis sa nomination, le 4 janvier, à la tête du ministère du Tourisme et de l’Artisanat, son parcours est l’objet de toutes les interrogations. Mais très peu de réponses sont apportées. Sur Facebook, quelques photos de lui, entouré d’amis, circulaient avant qu’il ne devienne ministre. Depuis, la belle gueule du gouvernement n’apparaît plus sur le Net. Du coup, le seul moyen de percer le mystère Zenagui est de retrouver ceux qui l’ont connu.
Une “genèse” dorée Les amis et anciens collègues interrogés s’accordent tous sur un point : Yassir Zenagui est un “ould nass”. Un gentleman donc, et surtout un homme bien né. Issu d’un milieu aisé, il pousse son premier cri le 12 septembre 1970 à Tanger. Mais c’est à Rabat que petit Yassir deviendra grand. Il étudie au lycée Descartes, où il décroche un bac C (l’équivalent d’un baccalauréat sciences maths), option OIB (langue arabe en niveau avancé). Yassir Zenagui est donc un fortiche en arabe, qualité plutôt rare chez les élèves des établissements de la Mission française. Une fois le bac en poche, Zenagui s’envole pour la ville des lumières où il décroche en 1995 un diplôme d’ingénieur à l’Ecole supérieure d’informatique (ESIEA), option intelligence artificielle. Ses amis parisiens soutiennent que “Yass” n’a pas coutume d’étaler sa vie privée sur la place publique. D’ailleurs, le seul site communautaire auquel il participe est le monde bien fermé de Small world. Un réseau très select auquel n’accède pas qui veut. Il faut être invité par un membre pour faire partie des heureux élus. Sur ce “petit monde”, Yassir Zenagui ne donne aucune information sur son parcours et encore moins sur ses hobbies. Il utilise le site surtout pour le business : on y retrouve six annonces qu’il a postées entre 2004 et 2009. En mars 2008, il est à la recherche de contacts dans l’hôtellerie de luxe ou encore d’architectes/designers de renom basés à Bali. Une année plus tard, Zenagui met en vente un terrain de 360 m? situé dans le Kent, à 30 minutes du centre de Londres. Une transaction qui témoigne de la réussite d’un Zenagui que l’agence officielle MAP présente comme un trader… sans plus de détails.
London Trading
C’est en 1995 qu’il intègre le département trading de la Société Générale à Paris. Il est par la suite muté à la City de Londres avant d’être débauché par la Deutsche Bank qui lui confie le département “trading arbitrage” sur les produits dérivés. D’après certains de ses anciens collègues, il était plus connu à l'intérieur de la Deutsche Bank que par le marché. Il a aussi beaucoup travaillé avec les marchés européens, asiatiques et américains. Dans le milieu bancaire, on parle d’un “financier sérieux, consciencieux, à l’esprit très anglo-saxon”. Ses intimes londoniens, eux, évoquent un personnage “souriant, avenant, avec toujours une barbe bien taillée”. Bref, le benjamin du gouvernement est un vrai golden boy. C’est aussi un entrepreneur qui fait du segment du luxe son dada. En plus d’un restaurant haut de gamme dans les beaux quartiers de Londres, Zenagui a également monté un fonds d’investissement spécialisé dans les resorts de luxe (voir encadré).
Devinette ministérielle
Dernière question et non des moindres : comment le golden boy londonien a-t-il atterri au gouvernement ? Selon les professionnels du tourisme, il aurait eu sa place de ministre grâce à son profil de financier justement. Le roi compterait sur lui pour, entre autres, reconstruire les montages financiers des stations du Plan Azur. Son expérience en banque d’affaires et son réseau professionnel, lui serviraient à attirer de nouveaux investisseurs. Une autre raison, moins rationnelle cette fois-ci, expliquerait sa nomination. Yassir Zenagui aurait été recommandé par la cousine du roi et ambassadrice du Maroc à Londres, Lalla Joumala. Surtout que le courant ne passait apparemment pas entre la princesse et l’ancien ministre Mohamed Boussaïd. Autre version : Zenagui aurait tapé dans l’œil de Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi, lors de rencontres professionnelles. Quoi qu’il en soit, dès son entrée au gouvernement, le ministre du Tourisme a été coloré au bleu du RNI, version Mezouar. Un engagement politique qu’il a l’air de prendre très au sérieux. Contacté par TelQuel, il s’est d’ailleurs excusé de ne pouvoir être joignable, et ce “à cause des réunions de ma famille politique qui occupent une bonne partie de ma journée”. La nouvelle recrue est exhibée avec fierté par les réformateurs du parti. Et ce alors que le jeune Zenagui n’est que très peu politisé. Pas sûr d’ailleurs que ce soit là sa faiblesse. Etre un bleu a aussi du bon. |
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Affaires. Monsieur luxe
Yassir Zenagui est très discret sur ses affaires. Sa compagnie, Sienna Group, n’apparaît nulle part, ni dans la presse ni sur le Net alors qu’elle est impliquée dans des projets stratégiques pour le royaume. Une chose est sûre, avant d’occuper des fonctions officielles, le ministre avait déjà misé sur le segment du tourisme de luxe. En effet, Sienna Group, lancé depuis Londres en 2006, est un fonds d’investissement spécialisé dans les resorts de luxe. En mars 2008, il diffuse une annonce sur le site communautaire Small world : “Je souhaite entrer en contact avec des opérateurs d’hôtels 5 étoiles. Nous développons ce segment sur la côte méditerranéenne marocaine et cherchons des partenariats avec des enseignes de renom international”. L’histoire ne dit pas si l’annonce a été efficace mais une chose est sûre, Sienna Group participe à 4 grands projets d’hôtels de luxe au nord du royaume. Parmi eux, il y a les enseignes GHM, Banyan Tree et Ritz-Carlton à Tamuda Bay. Pour des projets d’une telle envergure, les investissements à réaliser sont considérables et Sienna Group ne peut bien évidemment pas être le seul fonds impliqué. Des rumeurs circulent sur un actionnariat de la famille royale dans ces projets, pour lesquels les autorisations auraient déjà été accordées. Question : Yassir Zenagui se désengagera-t-il de ce fonds d’investissement pour éviter tout conflit d’intérêts avec ses fonctions officielles ? Pas si sûr. Bien avant lui, Adil Douiri (ministre du Tourisme entre 2002 et 2007) a bien su concilier les deux. |
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