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Par Driss Bennani
Islamistes. Vers une IER bis ?
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Les familles de détenus salafistes
ne peuvent plus se raccrocher à l’espoir d’une grâce royale. (AFP)
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C’est l’idée que défend aujourd’hui l’association Annassir pour le soutien des détenus salafistes. Sept ans après les attentats du 16 mai 2003, l’Etat est-il prêt à leur tendre la main ?
Annassir jette un pavé dans la mare. Encore une fois. En marge d’une conférence, tenue le 11 janvier dernier, l’association a appelé à l’instauration d’un “dispositif d’équité et de réconciliation” en faveur des personnes arrêtées, puis hâtivement jugées dans le cadre d’affaires |
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dites de “terrorisme”. Le choix des mots n’est évidemment pas anodin. Le parallèle avec l’Instance équité et réconciliation (IER) est d’ailleurs pleinement assumé par Abderrahim Mouhtad, infatigable président d’Annassir. “L’IER a permis de régler le problème des années de plomb de l’ère passée. Aujourd’hui, nous appelons à une initiative qui nous éviterait de gérer dans le futur de nouvelles années de plomb”, tranche Mouhtad, pour qui “la réconciliation avec certains détenus islamistes reste non seulement envisageable, mais obligatoire”. Mais sept ans après les attentats meurtriers du 16 mai, de qui parle-t-on exactement ? Qui sont ces islamistes qui peuplent encore nos prisons ?
Des détenus (pas) comme les autres
En tout, près de 1000 personnes, condamnées pour “terrorisme”, croupissent toujours dans différentes institutions carcérales du pays. L’essentiel se trouve dans les prisons de Salé (460 détenus) et de Kénitra (200). Le reste est réparti, presque de manière égale, entre les prisons de Fès, Casablanca, Tanger ou encore Agadir. “Le nouveau phénomène, c’est que même les petites prisons accueillent désormais des détenus salafistes. On en trouve à Ben Ahmed, El Jadida ou Béni Mellal”, affirme Mouhtad. Selon des sources au ministère de la Justice (qui ne contrôle plus les prisons depuis 2008), l’Administration pénitentiaire aurait isolé dans ces prisons de moindre importance les éléments les plus turbulents, ceux qu’on désigne comme les instigateurs des mouvements de rébellion ou qui déclenchent ces fameuses grèves de la faim qui font tellement de bruit, aussi bien au Maroc qu’à l’étranger. Et la recette semble marcher. Toujours selon nos sources à la Justice, ces éléments dérangeants bénéficient aujourd’hui de conditions de détention assez exceptionnelles, en échange d’une sorte de paix carcérale. L’exemple le plus éloquent concerne Mohamed Fizazi, détenu à Tanger, présenté comme l’un des idéologues les plus virulents du mouvement salafiste. “La porte de sa cellule est rarement fermée. Il circule avec une relative liberté en prison. Cela n’est certainement pas étranger à sa collaboration régulière avec des officiels qui lui rendent souvent visite pour recouper certaines informations ou pour en recueillir au besoin”, affirme une source à la prison de Tanger. Mais à l’opposé de Fizazi, certaines figures de proue du mouvement salafiste, moins coopératives, vivent un véritable enfer carcéral. C’est, par exemple, le cas de Hassan Kettani, qui vient tout juste de mettre un terme à une grève de la faim de 50 jours, qui a failli lui être fatale. Même s’il est issu d’une grande famille proche du Makhzen, “Hassan Kettani passe désormais ses journées dans une cellule individuelle, coupé du monde et privé de tout, y compris de ses droits les plus élémentaires”, affirment des membres de sa famille. Et il est loin d’être le seul.
Les islamistes sont parqués dans des pavillons spécialement aménagés pour les accueillir. Contrairement aux détenus de droit commun, ils sont privés d’activités sportives et culturelles. Ils n’ont pas non plus accès aux services de la bibliothèque et aucun parmi eux n’a jamais bénéficié de session de formation professionnelle en vue d’une éventuelle réinsertion dans la société. “Avec la nouvelle administration, les choses se sont corsées davantage, affirme un militant de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Les mesures sécuritaires ont été amplifiées dans les prisons, aux dépens de la réinsertion, inexistante pour cette frange de la population carcérale”. L’Administration pénitentiaire ne s’en cache d’ailleurs pas. Son numéro 2 affirme que “les détenus salafistes sont des prisonniers comme les autres, et qu’ils n’ont donc pas de privilèges à réclamer”. Pour une fois, le responsable est pris au mot par les acteurs associatifs. “S’ils sont des détenus comme les autres, pourquoi les exclure systématiquement de la procédure de grâce par exemple ?”, se demande un militant des droits de l’homme. En effet, depuis les attentats de Hay Farah, à Casablanca en 2006, impliquant un salafiste qui avait bénéficié par le passé d’un pardon royal, Mohammed VI n’a plus gracié aucun détenu islamiste. “Il faut se poser les bonnes questions concernant le cas de ce salafiste qui s’est fait exploser. Après sa libération, il avait essayé de se reconstruire une famille, de trouver du travail, mais il a été harcelé par les services de sécurité et a sombré à nouveau”, explique le président de l’association Annassir.
Les enfants aussi
Et, aujourd’hui, la situation est encore plus grave. Selon des sources concordantes, certains enfants de détenus salafistes, âgés de 14 à 18 ans, privés d’une autorité parentale, se retrouvent à leur tour en prison pour différents délits. “Rien ne nous dit ce que ces victimes collatérales feront dans l’avenir. Du fait que la grâce, ultime espoir pour les familles, semble être suspendue, il faut s’attendre au pire”, tranche Abderrahim Mouhtad. Selon lui, seul un dialogue franc et objectif serait à même de désamorcer cette bombe à retardement. “Aujourd’hui, les esprits se sont calmés et ces sept années ont été suffisantes pour juger objectivement de la dangerosité de tel ou tel autre détenu. En plus, les détenus éligibles à ce genre de dialogue ont presque tous reconnu leurs erreurs et introduit des recours en grâce officiels”. Cette nouvelle initiative risque-t-elle d’aboutir ? Cet ultime appel d’Annassir sera-t-il entendu en haut lieu ? “Nous sommes dans notre rôle en proposant des pistes de travail. La situation préoccupe la majorité de nos officiels, à eux maintenant d’avoir le courage d’engager une réconciliation pour nous éviter dans l’avenir un processus lourd et périlleux, mais qui sera inévitable dans quelques années”, conclut Abderrahim Mouhtad. |
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Dilemme. Négocier, mais avec qui ?
Les détenus salafistes constituent un véritable casse-tête pour les officiels en charge de leur dossier. On ne peut d’abord pas parler d’un groupe homogène, avec une idéologie commune, œuvrant sous la bannière d’une organisation unique, comme ce fut le cas pour la gauche des années 1970 par exemple. Dans leur cas, il semblerait que ce soit avant tout les jugements rendus par la justice, au lendemain des attentats du 16 mai, qui les rassemblent. Il faut donc négocier au cas par cas, ce qui rend cette tâche plus difficile et plus hasardeuse. Il faudra également étudier le problème de la partialité des juges ayant siégé dans les procès de “terrorisme”. Plusieurs détenus ont été condamnés à de très lourdes peines pour avoir simplement assisté à une causerie religieuse de tel ou tel autre cheikh salafiste. Il est donc très difficile d’établir une distinction sur la base de la dureté des sanctions. Et enfin, l’Etat devra prendre soin de ceux que l’expérience carcérale a gravement affectés. Beaucoup, dit-on, ont perdu la raison et devraient être transférés dans des hôpitaux psychiatriques. |
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