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Par Nina Hubinet,
correspondance du Caire
Egypte. Noël sanglant pour les Coptes
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Procession funéraire à
Nagaa Hamadi (Haute-Egypte) en hommage aux victimes. (AFP)
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La mort de six Coptes dans une attaque armée relance le débat sur la montée des tensions interreligieuses en Egypte.
Un drame est venu endeuiller les célébrations de Noël en Haute-Egypte. Le 6 janvier, alors que la messe de minuit venait de s’achever, une voiture a surgi devant l’église Saint-Jean de Nagaa Hamadi, une ville à majorité chrétienne orthodoxe située à 60 kilomètres de Louxor (sud), à son bord trois hommes armés qui ont ouvert le feu sur la foule.
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Bilan : sept morts, dont six fidèles coptes, et neuf blessés.
Pour les enquêteurs, cette fusillade serait liée à l’implication d’un jeune Copte dans le viol d’une adolescente musulmane au mois de novembre dernier. Bien que le suspect ait été appréhendé, des magasins coptes avaient été pillés et incendiés à Farshout, un village voisin de Nagaa Hamadi. Mgr Kirilos, l’évêque de la ville, a confirmé cette piste, révélant que plusieurs membres de sa congrégation avaient reçu des menaces sur leur téléphone portable, les avisant que le viol de la jeune femme aurait des conséquences.
Cette attaque, la plus sanglante contre la communauté copte depuis le massacre d’Al Kocheh en 2000 (21 morts), n’est pourtant pas qu’une affaire de vendetta. “Le gouvernement minimise toujours ces affrontements en disant que ce ne sont pas des conflits religieux”, observe Gamal Eid, avocat et directeur du Réseau arabe d’information sur les droits de l’homme, basé au Caire. Il est vrai que le “târ”, code d’honneur qui régit les relations sociales dans le sud, pauvre et rural, conduit souvent les familles, quelle que soit leur confession, à résoudre leurs querelles dans le sang. Mais la construction d’une nouvelle église ou l’organisation de prières dans un lieu “non autorisé” déclenchent aussi, presque systématiquement, des violences. “Il y a un réel problème entre chrétiens et musulmans aujourd’hui en Egypte”, martèle Gamal Eid, qui s’alarme de la réponse uniquement sécuritaire des autorités.
La passivité de l’Etat
Depuis plusieurs années, les Coptes, qui représentent près de 10% de la population égyptienne, se plaignent en effet de discriminations, notamment de la part de l’Etat. La violence à leur encontre est certes plus faible aujourd’hui que dans les années 1990, quand la minorité copte était la première victime des groupes jihadistes qui prospéraient en Egypte. Mais l’impunité des accusés musulmans dans les affaires d’affrontements intercommunautaires, comme l’indulgence des forces de sécurité lorsque des biens coptes sont attaqués, alimentent le sentiment de persécution. “Pendant combien de temps allons-nous regarder le sang de nos jeunes couler sans rien faire ?”, s’exclame Isaac, 62 ans, qui habite le quartier à majorité copte d’Ezbet El Nakhl, au Caire.
Face au regain de tensions entre chrétiens et musulmans, des mesures simples peuvent pourtant être prises. “Il faut commencer par condamner les responsables des violences et indemniser les victimes”, assure Hossam Bahgat, président de l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne. “Ensuite, sur le long terme, il faut réformer le système éducatif, et réviser les discours médiatique et religieux”, prévient-il. Les événements de Nagaa Hamadi ont, en tout cas, réveillé la société civile égyptienne : le 9 janvier, quelque 600 personnes ont manifesté dans la capitale contre les affrontements interreligieux. Un Comité national contre les violences sectaires, regroupant 4 partis politiques, 23 ONG et 60 personnalités publiques, a également été créé. “Ce qui s'est passé est une trahison nationale, qui ne menace pas seulement la relation entre musulmans et chrétiens, mais toute l'Egypte”, déclarait ainsi le cinéaste égyptien Yousri Nasrallah, visiblement ému, lors de la manifestation. |
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