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Par Karim Boukhari
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Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)
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De A à Z
Ali Atmane est un retraité coulant des jours heureux à Meknès. Lecture, marche, télévision, dodo. C’est un militaire. En 1977, on l’appelait “mon capitaine”. En 2010, ça n’a pas changé. C’est qu’il a longtemps calé, bien malgré lui, au grade de capitaine. C’était son plafond à lui. Pourquoi ? Parce qu’il a passé près de 30 ans en prison. Pendant que ses camarades de promotion grimpaient dans la hiérarchie militaire, parfois sans quitter la baie vitrée de leurs bureaux, lui, homme de combat, pilote de chasse, a été définitivement cloué au grade de capitaine. Il était en détention chez l’ennemi. Ali Atmane, vous l’avez |
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sans doute deviné, fait partie des 2252 soldats marocains passés par les bagnes du Polisario. Ces oubliés de l’histoire représentent les dégâts collatéraux de la guerre du Sahara. Et il n’y a pas que leur grade militaire qui a été gelé durant de longues années. Leur vie aussi. Atmane nous raconte tout cela dans le livre qu’il vient de publier à compte d’auteur (Prisonnier de guerre : dans les bagnes de l’Algérie et du Polisario). Difficile, à la lecture de ce texte émouvant, de résister à l’envie de partager un extrait avec vous. “Au lendemain de ma capture, le 24 août 1977, j’ai rapidement eu l’intime conviction que je resterai longtemps en prison. J’ai décidé, pour ne pas trop sentir l’inexorable défilement de mes années d’incarcération, d’appeler l’année comprise entre le 24 août 1977 et le 23 août 1978 l’année 1977-A, celle du 24 août 1978 au 23 août 1979 l’année 1977-B, et ainsi de suite. Le 24 août 2002, je me rappelle avoir dit à mes amis qu’après le 23 août 2003, je n’aurai plus de lettres pour dater ma période de détention car j’en suis arrivé à 1977-Z : les 26 lettres de l’alphabet avaient été consommées !”. Heureusement que la détention du capitaine s’est achevée à la fin de l’année 1977-Z, c'est-à-dire 2003.
Le football club RNI
Les Bleus du RNI, qui se sont incroyablement “déchirés” depuis quelques semaines, tiennent leur conseil national ce week-end à Marrakech. On peut déjà vous annoncer ce qui s’y passera : la destitution du président Mustapha Mansouri et, peut-être, un jour, l’accouchement d’un nouveau hizbicule autour de ce même Mansouri. Ce remue-ménage est un triste condensé d’histoire et de sociologie politique. Sur les 30 dernières années, ce ne sont pas les socialistes de l’USFP ou les conservateurs de l’Istiqlal et du PJD qui ont “régné” mais le RNI. Aujourd’hui encore, alors que l’étoile d’autres partis administratifs brille à son tour, le RNI reste numériquement la 3ème force politique du royaume, derrière le PAM et l’Istiqlal. On lui doit 4 ministres, près de 80 parlementaires, plus de 4000 élus communaux, etc. Excusez du peu. Voyons à présent sur quoi repose la première force politique des 30 dernières années. Le RNI, c’est Hassan II qui l’a conçu. C’est lui qui, au milieu des années 1970, a imaginé un centre pour jouer les tampons entre la droite (Istiqlal et Haraka) et la gauche (USFP et l’ancien parti communiste) et reconfigurer à volonté les équilibres politiques. Pour mener à bien cette entreprise de parti-arbitre, le roi s’était naturellement tourné vers son Premier ministre de l’époque, son beau-frère aussi : Ahmed Osman. Qui en a fait un parti-refuge, un parti-tremplin, que l’on “remplit” en lui adjoignant les noms de personnalités accourues de partout et de nulle part. C’est surtout cela le parti du milieu. Quand un futur ministre est refusé par l’USFP ou par l’Istiqlal, quand il ne veut pas de la Haraka ou du PPS, quand on veut tout simplement faire passer un pur technocrate pour un politique, on le “propose” plus généralement au RNI. Exactement comme on propose un footballeur libre de contrat à Chelsea ou au FC Barcelone. Le RNI, c’est un peu le FC Hollywood. Beaucoup de stars, de l’administration, des affaires, et même de la politique, des gens qui n’ont pas toujours des atomes crochus les uns avec les autres, mais qui se retrouvent sous la même chapelle. Regroupés par une certaine idée du “centre”, certainement animés de bonnes intentions, mais capables de se désintégrer à la moindre secousse... Hassan II est parti, Osman a passé la main, mais le piège est resté le même. Avec ou sans Mansouri pour le conduire, le RNI devra surtout prouver que le centre existe. Et qu’il est possible de rassembler des “stars” sans ressembler à l’armée mexicaine. |
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