N° 409
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Haïti. Les dessous de l’humanitaire
ACTU MONDE



Par Samir Achehbar

Haïti. Les dessous de l’humanitaire

Après avoir supervisé les opérations de secours, les GI’s américains veillent au maintien de l’ordre. (AFP)

Près de trois semaines après la catastrophe, le débat fait rage sur le rôle des Etats-Unis dans l’île sinistrée.


“Il est important que l’effort de reconstruction soit mené par les Haïtiens”. Lors de la conférence des pays donateurs, qui s’est tenue le 25 janvier à Montréal, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a visiblement cherché à rassurer son homologue haïtien et faire taire les nombreuses critiques qui fusent depuis deux semaines sur
“l’interventionnisme” de Washington. Si, sans surprise, on retrouve à la tête de cette campagne de dénigrement les leaders du front anti-américain, à l’instar de Fidel Castro ou encore Hugo Chavez, le ton est aussi monté de l’autre côté de l’Atlantique.
“Les Américains sont extraordinaires, mais lorsqu'on est face à une situation de chaos ils ont tendance à confondre intervention militaire et aide d'urgence, que l'on ne peut confier à des forces armées”, a ainsi déclaré Guido Bertolaso, responsable italien de la Protection civile. La France, non plus, n’est pas restée à l’écart de la polémique. Le secrétaire d’Etat à la Coopération, Alain Joyandet, a énergiquement protesté auprès des autorités américaines leur demandant de préciser leur rôle sur l’île. “Il s’agit d’aider Haïti, il ne s’agit pas de l’occuper”, avait-il notamment affirmé deux jours après la catastrophe. Si Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy se sont sentis obligés de modérer publiquement les propos de leurs collaborateurs, les tensions n’en restent pas moins palpables.
Et même si lors de la conférence de Montréal, le Premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive, a annoncé que “l’Etat (haïtien) est en mesure d’assurer le leadership que la population attend de lui”, personne, sans doute lui non plus, ne croit réellement à la capacité du gouvernement de Port-au-Prince de diriger la reconstruction du pays, qui était déjà, bien avant le drame, confronté à des problèmes de gouvernance. Le chef de l’Etat, René Preval, dont le palais présidentiel s’est écroulé suite au séisme du 12 janvier, s’est installé dans un commissariat de la capitale, où il dirige les réunions de crise, mais il n’a toujours pas pris la parole pour s’adresser directement à ses concitoyens.

Mobilisation sans précédent
En attendant, les GI’s continuent d’affluer sur l’île. 13 000 hommes ont déjà été déployés pour participer aux opérations de secours mais également superviser la distribution de l’aide internationale et assurer la sécurité dans les rues de Port-au-Prince. Un contingent de 7000 soldats supplémentaires, initialement sur le départ pour l’Afghanistan, devrait rallier la capitale dans les prochains jours. Les Etats-Unis, qui ont débloqué une enveloppe de 100 millions de dollars d’aide d’urgence, ont pris le contrôle du port et de l’aéroport. Cette mainmise sur les deux principaux points d’entrée de l’île crée des tensions entre les acteurs humanitaires, notamment entre les Etats-Unis et l’ONU. Officiellement, une convention a été signée entre le gouvernement haïtien et l’organisation internationale, lui assignant la coordination de l’aide et de la sécurité. Mais sur le terrain, les Casques bleus de l’ONU disposent de moyens dérisoires face à la démonstration de force américaine.
Loin des débats politiciens, les Haïtiens eux continuent d’enterrer leurs morts. Le bilan provisoire a dépassé la barre des 150 000 victimes. Les autorités estiment, par ailleurs, que près de 200 000 corps se trouveraient encore sous les décombres. Pour les sinistrés, peu importe d’où vient l’aide, du moment qu’elle peut sauver des vies.

 
 
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