N° 409
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Reportage. Dans la peau de Faouzi Bensaïdi
Panorama. Le langage du corps
LE MAG CULTURE



Par Aicha Akalay

Reportage. Dans la peau de Faouzi Bensaïdi

Sur le plateau, Faouzi Bensaïd
revêt la double casquette
d’acteur et réalisateur. (DR)

Après Mille mois et WWW.What a Wonderful World, Faouzi Bensaïdi revient avec un 3ème long-métrage. TelQuel a assisté, à Casablanca, aux derniers claps du tournage.


10h Cité El Hank. Face à la mer, l’un des immeubles délavés du quartier est assiégé d’intrus. Normal, ça tourne. Caméra, travelling et matériel de prise de son ont investi les lieux. Les habitants sont à leurs fenêtres et certains d’entre eux font office de figurants. 40 secondes de gloire
suffisent à changer l’humeur d’habitude cafardeuse du quartier. Ça bouge dans tous les sens. Les femmes jouent les pleureuses dans leurs pyjamas et jellabas. Hommes et enfants font comme dans la vraie vie, s’attroupant autour des comédiens. Faouzi Bensaïdi, pour une fois, n’est pas derrière la caméra. Dans cette scène, il fait l’acteur. L’équipe technique vérifie les décors, le linge est étendu sur les balcons et les figurants sont en place. ça y est, la lumière de cette journée d’hiver est prête à être captée.
“‘Ala bal al ikhwan…ça tourne !”, s’écrie le premier assistant réalisateur, Amine Lamriki. Un homme est arrêté à son domicile. Inspecteur et détenu déboulent les escaliers. Les voisines supplient, hurlent à l’injustice. “Coupez !”. Amine peut enfin se remettre à tortiller ses dreadlocks, tout heureux de confier les rênes à Faouzi Bensaïdi. Le cinéaste s’engouffre dans un box improvisé aux allures de navette spatiale. Il visionne la séquence, attentif à chaque mouvement de la caméra, et tranche : “A refaire !”.
Les “sabotages” se multiplient au fil des prises : des figurants fixent la caméra et la saluent, le muezzin se rappelle la prière, etc. Les figurants ne cessent de remonter et de descendre les étages. Certains, rattrapés par la fatigue, oublient les paillettes et la “gloire”. Ils s’énervent. Comme cette figurante qui réclame d’être payée 500 dirhams au lieu des 100 prévus. Une autre, par contre, se réjouit que tous ces désordres lui donnent “l’occasion de maigrir malgré elle”. Après la 15ème prise, Faouzi semble enfin satisfait. Ouf !

Kurosawa, Hitchcock et les autres
15h Pause déjeuner. C’est l’heure pour tout ce beau de monde de respirer un bon coup. Mais la déception guette le plateau de tournage : les techniciens n’auront pas droit au buffet prévu. Déjeuner standard, les tables sont dressées et l’odeur de poisson s’empare des lieux. Le réalisateur, lui, affiche un flegme à toute épreuve. Aucune once de stress ne transparaît sur son visage. En mangeant son poisson, il explique que ce film est une histoire d’amitié et de trahison, et se lance dans moult définitions de la psychologie de ses personnages. On comprend vite que l’homme aime les nuances et les zones d’ombre. Entre deux bouchées, il confie qu’il a chopé le virus du cinéma il y a de cela une éternité. Les univers d’Akira Kurosawa, Orson Welles, Alfred Hitchcock et Federico Fellini l’ont contaminé à vie. Un badaud l’interrompt pour lui réclamer un peu d’eau. Faouzi Bensaïdi partage son eau, ses idées avec une simplicité et une humilité étonnantes. Ses aficionados reconnaissent en lui l’empreinte des grands. Lui est à la fois flatté et détaché des compliments qu’on peut lui adresser. A quoi il carbure ? “Simplement à la vie”, sourit-il.
Bensaïdi aurait aimé disposer de plus d’argent : “En tout et pour tout, j’ai eu droit à 8 millions de dirhams, soit 30 % en moins que pour mes films précédents”. Mais il s’en accommode, comme il s’accommode des vicissitudes du tournage : les décors repérés finalement impossibles d’accès, ou encore l’hostilité de certains quartiers voisins. Un tournage n’est définitivement pas un lit de roses, mais les accidents heureux sont toujours là. Comme ce chien qui s’est improvisé acteur sur la scène d’El Hank. “C’est celui qui a le mieux joué”, balance Faouzi d’un air taquin.

La putain respectueuse
8h45 Le lendemain. Dernier jour de tournage. Des camions blancs obstruent une petite ruelle perpendiculaire au boulevard Lalla Yacout, dans le centre-ville. Sur les trottoirs, l’équipe du film s’entasse pour prendre son petit-déjeuner. Odeur de croissant et fumée de café chaud attirent les curieux. C’est dans l’un des immeubles de la rue que sera réalisé le chaînon manquant du film : une scène de viol dans une pension minable.
Les têtes d’affiche arrivent une heure après l’équipe technique. Le trio Fehd Benchemsi - Fouad Labied - Mohcine Malzi est enfin là. Fouad est d’une grande timidité, alors que Fehd et Mohcine sont plus causants. Ils s’accordent tous à vanter les qualités de leur patron. “Faouzi dirige ses comédiens en leur accordant une marge de liberté pour pouvoir créer eux aussi (…) un comédien fonctionne beaucoup avec son ego, et Faouzi fait tout pour maintenir cet ego à flot”, nous expliquent les comédiens.
Puis c’est au tour de la filiforme Imane El Mechrafi d’arriver. Au café du coin, elle finit de siroter son thé et esquisse un sourire mutin. Son rôle est sûrement l’un des plus difficiles. “Parce qu’on est au Maroc, et parce que je joue le rôle d’une prostituée”, explique-t-elle. Après chaque scène, elle se demande toujours ce que les spectateurs vont penser. Ses seins ont été “doublés”, mais elle n’est pas rassurée pour autant. Aujourd’hui elle stresse, son personnage se fera violer. Elle se rassure comme elle peut, se tortillant les doigts : “Faouzi Bensaïdi étudie chaque détail et le résultat ne sera pas vulgaire, j’en suis convaincue”. Le réalisateur, lui, est sur le plateau du dernier clap : un décor intérieur exigu où trône un lit miteux. Plus de place pour les yeux intrus, Death for sale est attendu pour début 2011.

Pitch. Mort à vendre
“Le film démarre sur un ton de chronique, il vire par moments au burlesque, et ce qui paraît être anodin bascule vers la tragédie”. Voilà comment Faouzi Bensaïdi définit Death for sale. C’est l’histoire d’un trio de jeunes paumés qui traînent des blessures communes : des problèmes familiaux, une insertion sociale difficile et une envie de s’inventer un autre destin. Les trois décident de braquer une bijouterie. Deux autres losers gravitent autour de la bande : une jeune prostituée et un inspecteur ripoux interprété par Faouzi himself. Initialement écrit pour être filmé à Tanger, le scénario a été “déplacé” à Tétouan, cette ville, dixit Bensaïdi, “écrasée entre une colline et une montagne. Bref, un lieu qui ne peut permettre de grands destins”. La promesse est donc celle d’une tragédie moderne sur fond de crime et de polar. Un véritable film noir.

 
 
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