| Par Nina Hubinet, correspondante au Caire Egypte. CAN de consolation | Dès le coup de sifflet final, les Caïrotes sont descendus dans les rues pour célébrer la victoire des Pharaons. (AFP) | Malgré la troisième victoire consécutive de leur équipe nationale à la Coupe d’Afrique des Nations, les Egyptiens ont du mal à accepter leur absence au prochain Mondial. Dimanche 31 janvier. Dans les rues piétonnes du quartier de “Borsa”, dans le centre du Caire, un hurlement de joie retentit : le milieu de terrain Mohamed Nagy, dit “Geddo”, vient d’ouvrir le score contre le Ghana, en finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Quelques minutes plus tard, une foule en liesse envahit la place centrale de la | | capitale égyptienne, bientôt paralysée par un joyeux embouteillage : les Pharaons règnent à nouveau sur l’Afrique. “Masr ! Masr ! Masr !”, scandent les groupes de jeunes en agitant le drapeau rouge et noir, et en dansant au son des tambours. La fête aura duré une bonne partie de la nuit, les concerts de klaxons répondant aux chants patriotiques. Mais l’événement a un air de déjà-vu : c’est la troisième fois consécutive que l’Egypte remporte le tournoi du continent (2006, 2008, 2010), et la septième fois de son histoire. Être champion d’Afrique, c’est presque une habitude pour les Egyptiens. Mais même si tout le pays a festoyé dimanche soir, la joie semblait presque plus grande le 28 janvier, lorsque les Pharaons ont pris leur revanche sur les Algériens, en demi-finale de la CAN. “1, 2, 3 et 4 zéro !”, s’époumonaient alors les supporters égyptiens survoltés, soulignant le score sans appel infligé à “l’ennemi” algérien, qui avait éliminé l’Egypte de la course au Mondial dans un contexte belliqueux en novembre dernier. Les hostilités entre les deux pays se sont d’ailleurs brièvement prolongées lors de cette dernière rencontre : les médias algériens ont fustigé un arbitrage favorable aux Pharaons, les joueurs de Rabah Saâdane ayant récolté 3 cartons rouges et fini le match à 8. L’arbitre béninois qui officiait lors de cette demi-finale a finalement été suspendu de ses fonctions par la Confédération africaine de football. Mais, paradoxalement, c’est pour sa clémence envers le gardien de but des Fennecs, Faouzi Chaouchi, qu’il a été sanctionné. L’Algérien avait en effet pris à parti l’arbitre après le penalty réussi de l’Egyptien Hosni Rabo - qui avait stoppé sa course avant la frappe - mais n’avait reçu qu’un carton jaune. Malgré la joie de la revanche sur les Algériens, les Egyptiens sont toujours loin d’avoir digéré leur énième échec à se qualifier pour la Coupe du Monde (leur dernière participation à la compétition remonte à 1990). D’autant que l’Egypte est à nouveau apparue comme la meilleure équipe du continent en ce début d’année. “C’est fou quand même. Les quatre dernières équipes qu’on a éliminées pendant la CAN (Nigeria, Cameroun, Algérie et Ghana) sont qualifiées pour le Mondial, et pas l’Egypte !”, enrage Karim, 22 ans, étudiant en informatique et supporter des Pharaons devant l’éternel. D’après l’entraîneur adjoint de la sélection égyptienne, Shawki Gharib, ce paradoxe s’explique simplement : “Lors de la CAN, nous avons tous nos joueurs pendant plusieurs semaines. C'est pour cela que nous avons du succès”. Alors que pendant les matchs de qualification au Mondial, les meilleurs joueurs égyptiens sont peu présents dans leur pays, privilégiant leurs clubs européens. Toujours est-il que dans les rues du Caire, la déception est grande. “Notre génération n’a jamais vécu la participation de l’Egypte à la Coupe du Monde, se lamente Hassan, 21 ans. Dans quatre ans, inchallah”. En attendant, la victoire sur l’Algérie et ce nouveau parcours sans faute de l’Egypte lors du tournoi africain ont regonflé le sentiment national égyptien : une aubaine pour le régime du président Moubarak, qui n’a pas manqué d’accueillir chaleureusement l’équipe victorieuse lors de son retour au Caire. | |