| Par Karim Boukhari | Karim Boukhari k.boukhari@telquel.info (DR) | Trois-quarts En examinant l’édition du 3 février de notre confrère Le Matin (du Sahara et du Maghreb), on peut s’arrêter sur une Une aux trois-quarts royale. Quand ce n’est pas le roi lui-même, c’est l’un des princes qui est mis en exergue. Notre confrère, que l’on aime bien lire par ailleurs, ne serait-ce que pour sonder la température dans certains milieux, trouve ainsi le moyen de titrer un article relatant la vie et la mort de Monsieur arabisation (l’ancien Premier ministre Azeddine Laraki) de la manière suivante : “SAR le prince Moulay Rachid aux obsèques du regretté Azeddine Laraki”. Le même sujet est décliné en page intérieure avec, | | une nouvelle fois, un titre royal : “Message de condoléances de Sa Majesté le roi à la famille du regretté Azeddine Laraki”. A ce niveau, c’est étourdissant. Finalement, le seul espace non royal, non princier, de cette Une du 3 février est un article de bas de page consacré au TGV (le train, pas le cocktail). Comme un rescapé, ou un cheveu dans la soupe, venu perturber le cortège royal… Notre intention, ici, n’est pas de railler un confrère dont la mission est d’abord d’accompagner les activités royales et de donner à voir et à entendre le son de cloche officiel des actualités du royaume. C’est une mission utile, il y a tout à fait de la place pour. Le Matin est d’ailleurs l’un des rares titres étiquetés old school à ne pas avoir subi une forte érosion de son lectorat. C’est méritoire, même s’il est difficile d’établir une causalité directe entre le royalisme du quotidien et son succès commercial. Maintenant, quand on accepte de “triper” ou de s’extasier sur les activités royales, ou les angles de vue royaux, on doit pouvoir accepter que d’autres publications, aux missions différentes, décryptent à leur tour, à leur manière, tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la monarchie. En toute sérénité. Bob Pas Dylan ou Kennedy, mais Jamaï. En faisant un crochet par la conférence de presse du fondateur du Journal hebdomadaire, surtout par un soir de pluie, on est pris d’un sentiment de nostalgie. Comme Kalima, ou Lamalif, le journal, ce journal, on le regrettera. Parce qu’on l’a tous, un jour ou l’autre, forcément aimé. Parce qu’il charrie une belle histoire et beaucoup d’histoires. Parce que plein de choses. Et puis comment ne pas s’arrêter devant cette phrase de Bob Aboubakr Jamaï : “Un bon journaliste est celui qui écrit ce qu’il pense, pas ce qu’il croit être la vérité”. Belle phrase, beau parti pris. Contestable mais intéressant, intelligent, différent, courageux. C’est peut-être cette phrase, et l’inépuisable débat qui la sous-tend, que l’on retiendra de la tumultueuse histoire du journal. C’est sûr, on en reparlera. Masculin/féminin Il y a des livres dont les intitulés, déjà, vous prennent littéralement à la gorge. Le tout nouveau Abdessamad Dialmy en fait partie. Cela s’appelle Critique de la masculinité au Maroc et cela vient tout juste d’être publié chez les éditions Saâd Warzazi. Le sociologue s’y livre, comme à son habitude, à un travail de terrain touchant de près à une série de tabous : la masculinité, donc, et tous ses pendants, à commencer par la sexualité et ses différentes représentations. Le résultat des enquêtes effectuées dès l’année 2000 sur différentes villes du royaume vous renvoie dans les cordes. Non, désolés, nous n’y sommes pas. Les Marocains sont plus nombreux à vouloir maintenir la polygamie (43% contre 42% favorables à son interdiction), à refuser le partage des biens après le divorce (49% contre 34%), à criminaliser l’avortement (64% contre 21%), et à refuser qu’une femme ait une activité sexuelle avant le mariage (56% contre 8%). Ce n’est pas tout puisque 14% considèrent que l’homme ne peut pas être stérile, 15% confondent stérilité et impuissance…et 23% considèrent qu’il est important de choisir le sexe du médecin-accoucheur. |
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