N° 423
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Banques. Toujours plus riches
L'ACTU ÉCONOMIE



Par Mehdi Michbal

Banques. Toujours plus riches

Une récente étude réalisée par Bank Al-Maghrib révèle que les banques marocaines sont les plus chères
de la région. (AIC PRESS)

Malgré un contexte économique difficile, les banques marocaines gagnent toujours autant d’argent qu’auparavant, sinon plus. Voilà pourquoi.


Les banques marocaines sont riches. Très, très riches. Les huit établissements que compte la place ont réalisé durant l’année 2009 un bénéfice net agrégé de 9,5 milliards de dirhams, soit quasiment le même pactole qu’en 2008. C’est l’équivalent de la capitalisation boursière du mastodonte de l’immobilier de luxe Alliances, ou encore
celle de la première compagnie d’assurance, Wafa Assurance. Ces gains faramineux découlent d’un produit net bancaire (PNB) de 40 milliards de dirhams. Des revenus qui progressent de 12% par rapport à 2008, assurant au secteur un niveau de marge pour le moins confortable : 24% en moyenne !
Mais toutes les banques ne sont pas logées à la même enseigne. Avec un résultat net part du groupe de près de 4 milliards de dirhams (en croissance de 26%), la banque royale Attijariwafa bank reste, et de loin, le premier contributeur à la capacité bénéficiaire du secteur. Elle est suivie du groupe Banques populaires qui engrange quelque 2,8 milliards de dirhams de bénéfice, soit pratiquement le même niveau que celui de 2008. La troisième place revient cette année, et c’est une première, à la filiale marocaine du géant français BNP Paribas. Avec un bénéfice net de 747 millions de dirhams, la BMCI distance pour la première fois la banque d’Othman Benjelloun (384 MDH), qui recule à la sixième position devant le Crédit Agricole du Maroc (345 MDH) et le CIH (99 MDH). Les deux autres filiales de groupes français, Société Générale et Crédit du Maroc, se maintiennent en milieu de tableau avec des bénéfices respectifs de 745 MDH et de 421 MDH.
Premier à bénéficier de cette moisson : l’actionnaire. Le taux de distribution du secteur (du moins des entités cotées) se situant à 43,5%, les porteurs des titres bancaires devraient récupérer pas moins de 2,56 milliards de dirhams de dividendes, soit 200 MDH de plus par rapport à l’année dernière.
En somme, mis à part le faux bond accusé par la BMCE Bank et le CIH, le secteur bancaire conserve encore et toujours un niveau de rentabilité assez élevé, comparé à d’autres secteurs de l’économie. Question : qu’est-ce qui fait que les banques marocaines gagnent autant d’argent et, surtout, qu’elles en gagnent davantage d’une année à l’autre ?

Le n’tiriss messieurs !
Le principal gagne-pain des banques reste sans conteste la marge d’intérêt. A fin 2009, cet agrégat qui représente la différence entre la rémunération des comptes d’épargne et les taux d’intérêts des crédits distribués tutoie les 28 milliards de dirhams. Soit près de 70% de l’ensemble des revenus du secteur (PNB). Hormis le CIH, dont la marge sur intérêt s’effrite de 9% d’une année à l’autre, toutes les autres banques marquent des évolutions positives sur ce plan, avec une progression moyenne de 6%. Un bond honorable mais qui n’a rien à voir avec les taux de croissance à deux chiffres alignés il y a même pas deux ans. “Les banques ont dû gérer une période difficile. Au moment où les taux des crédits stagnent, la rémunération des dépôts ne cesse d’augmenter, faute de liquidités”, signale cet analyste financier. Petit exemple : la rémunération des dépôts à terme sur 12 mois a flirté pour certains clients avec les 4,5%, voire plus pour quelques gros bonnets. En face, les banques s’engagent sur des crédits immobiliers (sur 25 ans) à un taux fixe dépassant à peine les 6%. Résultat des courses : une petite marge de 1,5 point. “C’est insuffisant pour une banque, qui a des charges de fonctionnement colossales, des investissements à opérer et des actionnaires à rémunérer”, tonne ce cadre dirigeant d’une banque de la place. Pour s’en sortir, les établissements bancaires ont dû lever le frein sur la collecte des dépôts rémunérés, pour concentrer leur effort commercial sur les comptes chèques qui ne produisent aucune rémunération pour le déposant. Autre parade : la diversification des sources de financement. Au lieu de se contenter de la seule collecte des dépôts, la quasi majorité des banques s’est rabattue sur le marché monétaire à coup d’émissions de certificats de dépôts (CD pour les intimes). Une sorte d’obligation à court terme et à moindre coût qui leur permet d’alléger leur charge d’intérêt. L’art de la finance n’a pas de limite !

La pompe à fric
Deuxième source de revenu des banques : la marge sur commissions. C’est en bref tout ce qu’un client paie pour ses opérations courantes de virement, de retrait au guichet, d’encaissement de chèques ou de change de devises. Une manne qui a rapporté aux banques durant l’année 2009 quelque 6 milliards de dirhams, soit 6% de plus que l’année dernière… et quelque 15% du PNB du secteur. Un montant plantureux que plusieurs observateurs trouvent exagéré, limite scandaleux. “Une récente étude de benchmarking avec les pays du pourtour méditerranéen réalisée par Bank Al-Maghrib a révélé que les banques marocaines sont les plus chères de la région”, confie ce professionnel du secteur. Ce n’est pas donc un hasard si la banque centrale a appelé à la gratuité pour une quinzaine de services bancaires de base. Les équipes de Bank Al-Maghrib seraient même en train de trancher sur un projet de circulaire dans ce sens, lequel devrait entrer en application d’ici la fin de l’année. En attendant, la pompe à fric fonctionne à merveille.
Pour boucler la boucle, les banques s’éloignent de leur cœur de métier et partent à la chasse d’une autre nature de revenus : les opérations de marché. Ce sont toutes les opérations que les banquiers mènent sur le marché boursier pour leur propre compte. Actions, produits de taux, devises… tout y passe. En 2009, ces “coups” financiers ont rapporté au secteur pas moins de 5,1 milliards de dirhams, contre 3,2 milliards seulement en 2008. Une progression de 52% dont le champion bancaire, Attijariwafa bank, est le premier contributeur avec des gains de 3,1 milliards de dirhams. En cause : la plus-value générée en fin d’année par la cession au Crédit Agricole France de 24% du Crédit du Maroc via Wafa Assurance et 15% via Wafasalaf.
Une opération qui a permis à Attijariwafa bank de mettre la main, en échange, sur les cinq filiales africaines du géant européen de la banque et de la finance. C’est ce qu’on appelle un deal royal !

Zoom. L’autre face de Janus
On serait tenté de croire que le secteur bancaire, de surcroît protégé par l’absence de nouveaux agréments octroyés par Bank Al-Maghrib, est devenu ce “pot à millions” de Balzac où l’on gagne à tous les coups. C’est totalement faux. Le secteur est confronté, plus que jamais, à une problématique de taille : celle de la montée du coût du risque. La banque d’Othman Benjelloun en sait quelque chose, elle qui a vu ses bénéfices fondre comme neige au soleil, passant de 830 MDH à seulement 384 MDH. A l’origine : un dossier de crédit “pourri” nommé Legler Maroc sur lequel la BMCE Bank était engagée à hauteur de 800 MDH. Autre problématique et non des moindres : l’assèchement des liquidités. Un phénomène qui va en s’aggravant, obligeant toutes les semaines la banque centrale à voler au secours des banques à coups de dizaines de milliards de dirhams. Des injections de cash massives qui ne semblent rien résoudre au problème. Preuve en est de la dernière (et énième !) baisse du taux de la réserve obligatoire à 6%. Un taux qui était, il y a encore deux ans de cela, fixé à 16,5%. Alors pompe à fric, oui. Mais…

 
 
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