| Par Karim Boukhari | Karim Boukhari k.boukhari@telquel.info (DR) | Pas nous, pas nous Question : quel est le point commun entre Ahmed Zaïdi, Khalil Hachimi Idrissi, Jamaleddine Ennaji et Fayçal Laraichi ? A priori aucun, si ce n’est que les quatre sont des hommes des médias (le plus politique de la bande, Zaïdi, a été journaliste télé avant de devenir député) et qu’ils prennent régulièrement part au débat actuel sur la presse, qui a cours à l’intérieur du parlement. Revenons à notre question : qu’est-ce qui peut bien unir ces fort respectables personnalités ? Réponse : les quatre essaient de nous dire, chacun à sa manière et par tous les moyens possibles, que, contrairement à ce qui a été rapporté par un quotidien | | arabophone, ils n’ont jamais demandé…à écourter le temps dédié aux activités royales dans les journaux télévisés. On ne compte plus les communiqués, les interviews, les articles et même les apartés concédés par les uns et les autres en quelques jours seulement. Pour nous dire encore et toujours la même chose : non et non, il n’a jamais été question pour eux de songer, de quelque manière que ce soit, à réduire ce qu’on peut appeler le “droit d’image de Sa Majesté”. Il est même question, d’après ce que nous dit Ahmed Zaidi (lire p. 12), de donner une suite à cette affaire : en la portant devant la justice et en tentant de sanctionner le journal “fautif” ? Possible, possible. Maintenant, entre nous, on voit bien que cette “affaire” ressemble à une tempête dans un verre d’eau. Peut-être que l’article incriminé repose sur une information fausse, ou déformée. Peut-être qu’il y a eu erreur ou manipulation. Et peut-être que tout cela mérite une mise au point. Et un petit rappel à l’ordre. Ce n’est pas tout à fait à cela que l’on assiste depuis quelques jours, mais plutôt à une alerte générale. Un vent de panique et d’effroi semble souffler à bord de l’Instance du dialogue national “médias et société”, qui débat du sort de la presse au parlement. Nous avons l’impression que nos quatre confrères et amis ont été outrageusement diffamés. Oui, diffamés, parce que l’objet du litige (la vraie-fausse information) porte, vous l’avez deviné, sur quelque chose que l’on ne discute pas : le temps imparti aux activités royales à la télévision. Des activités royales Parlons-en justement, de ce sujet tabou. Sans panique, ni désarroi, sans surtout cette indescriptible tétanisation des esprits qui s’empare de quiconque ose aborder le sujet. Les activités royales. Il est temps de les considérer à leur juste titre, c'est-à-dire comme un sujet de pure consommation télévisuelle. Quelque chose que l’on peut critiquer, réduire, relooker, ne pas aimer et le dire clairement et simplement. La dimension propagandiste n’est pas du tout en adéquation avec notre temps. C’est le propre des nations arriérées et nettement sous-développées, où il y a peut-être besoin, à force de matraquage audiovisuel, de rappeler au “peuple” que le chef de l’Etat est là, qu’il est partout, qu’il fait tout et qu’il n’y en a que pour lui. Cette malheureuse façon de faire a longtemps sévi au Maroc. Matraquage et propagande ont peut-être servi à quelque chose que l’on ignore. Ce que l’on sait, c’est que ces pratiques nous ont coupés de notre télévision. Mais c’était hier, et personne n’y pouvait rien. Aujourd’hui que le pays a quand même évolué sur certaines questions sensibles, que la télévision a des impératifs de chiffres, d’audience et de performance, et que les standards en matière de consommation d’images sont devenus nettement plus exigeants, il est temps de procéder au “scan” des activités royales sans basculer dans le délit de lèse-majesté. Bien sûr que la retransmission de ces activités gardera la dimension protocolaire et politique qui sied à tout chef d’Etat moderne. C’est à peu près tout. En tapisser un téléjournal est une erreur. Un anachronisme indigne du nouveau Maroc. Demandez aux téléspectateurs, c'est-à-dire aux Marocains, ce qu’ils en pensent. Demandez aussi aux annonceurs et aux professionnels des médias : dédier systématiquement le prime-time aux activités royales est une aberration économique. La majorité que nous sommes a quand le droit de le penser et de le dire. Les “activités” durent-elles plus qu’il n’en faut ? Méritent-elles vraiment le prime time ? Sont-elles bien filmées ? Quel pourcentage représentent-elles dans la durée moyenne d’un téléjournal ? Quel est leur score d’audience ? A coup sûr, ces questions méritent d’alimenter le débat actuel sur la presse. Et pas à huis clos s’il vous plaît, ne serait-ce que pour éviter les fuites et les manipulations. |
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